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J’veux (encore) changer le monde

October 7, 2017

Je suis pas cynique.

Je croyais que c’était une affaire de dizaine.

Qu’en changeant de gang décennique, je deviendrais rapidement blasé/défaitiste/fataliste.

J’vois plein de gens blasés autour de moi.

Et j’ai de foutues bonnes raisons de l’être aussi.

Le monde tourne Orange, on va pas se mentir.

Je lis moins le journal qu’avant pour faire semblant que ça existe pas.

Et parce qu’il y a plus vraiment de journal.

Juste des click-bait et des gens qui recopient des nouvelles en salivant de l’encre.

Bref.

Je lis moins le journal mais je reste convaincu qu’on est mal barrés.

Même que je pourrais vous écrire une phrase pléonasmée digne des meilleures intro de philo 1, au cégep:

Dans notre société contemporaine d’aujourd’hui…

Ça va mal en esti.

En plus ça rime. Ça me donne des points en français, ça, au cégep?

Ça existe encore, le français et la philo, au cégep?

Bref.

Je vois des gens micro-blasés partout.

Frustrés et impuissants dans leur milieu de travail ou leur famille.

Qui ont décidé que rien ne pouvait changer à l’intérieur ou à l’extérieur d’eux-mêmes.

Ils ont pris le chemin des plaintes corrosives et redondantes qui donnent le goût au chum ou à la blonde de crisser son camp.

C’est un chemin insidieux, qui se trace lentement, sans que ça paraisse vraiment au départ.

Et un jour, tu te réveilles avec un goût amer dans la bouche et tu sais pas comment c’est arrivé.

Tu te plains avant le premier café.

Tu décourages les initiatives, tu ridiculises l’idéalisme et tu entraves même la nouveauté et le changement.

T’es micro-blasé.

Je vois des gens macro-blasés aussi.

Certains que la race humaine est une vidange égocentrique qui court (rapidement) à sa perte.

Convaincus que les initiatives écologiques, de justice sociale et d’entraide ne sont que des panacées sucrées autour d’une fin du monde programmée.

Ils ont pris le chemin du biais de sélection, celui par lequel on accorde systématiquement plus d’importance relative au dernier Tweet d’Orange qu’au projet humanitaire qui sauve des milliers de vie.

C’est un chemin insidieux, qui se trace lentement, sans que ça paraisse vraiment au départ.

Et un jour, tu te réveilles avec un vide dans le ventre, un trou dans le sens de la vie, une peur maladive de pas survivre à la fucking stupidité de la race humaine.

Tu te dis que ça te sert à rien de te casser le cul au boulot ou d’être fin avec une vieille madame parce qu’un dégénéré, quelque part, est probablement à deux doigts d’appuyer sur un gros bouton rouge avec une tête de mort dessus.

T’es macro-blasé.

T’es cynique.

Moi aussi, des fois.

Souvent.

Mais j’veux encore changer le monde.

J’ai pas envie d’accepter d’être fataliste.

J’veux me rouler dans l’idéalisme et ressortir avec des sparkles d’espoir partout sur le corps.

J’ai le goût de travailler, d’écrire, d’aimer, de démarrer des projets et de faire des plans d’avenir. J’veux avoir des enfants et leur garantir qu’ils vont être en sécurité dans ce monde improbable.

Je décide d’être micro-optimiste.

J’veux être vraiment vieux et en santé à cause de technologies badass, voir la première femme noire présidente, m’émerveiller devant des cossins dont je comprendrai pas le fonctionnement, raconter des histoires anciennes de modem téléphonique, de Super NES et du temps où on conduisait nous-mêmes les voitures.

Je décide d’être macro-optimiste.

Et je vais participer à tout ça. Un p’tit morceau qui va disparaître et se faire oublier dans l’éternité, mais un p’tit morceau quand même.

C’est mieux que rien, j’pense.

Je sais pas comment.

Je pense que je sais même pas pourquoi.

Sauf que j’veux encore changer le monde, et que je ferai pas ça tout seul.

J’accepte les C.V. pour qui veut me donner un coup de main et/ou me montrer comment.

Optimisme un atout.

Cyniques s’abstenir.

Aucune expérience requise.

 

 

Les milléniaux, Patrick Lagacé et le travail

June 4, 2017

Patrick Lagacé a publié la chronique “Lettre ouverte aux milléniaux” dans La Presse du 3 juin. 

____

Salut Patrick,

T’as écrit une lettre ouverte à ma génération cette semaine et j’avais envie de te répondre.

Tu me liras probablement pas, mais ça fait rien.

Je te fais ça gratis, c’est chill.

Je t’écris parce que je suis partiellement d’accord avec toi.

Moi aussi, je trouve que c’est un peu ridicule de demander à un employeur de rédiger une pub au lieu d’une offre d’emploi.

Solution creator, vous êtes sérieux, les amis?

Moi aussi, je me dis qu’on a l’air de penser, à tort, qu’on est plus smart que nos prédécesseurs juste parce qu’on a Google dans nos poches et l’univers au bout des doigts.

Faut dire que je suis un peu à cheval entre deux générations, je pense.

Quand j’ai connu les zinternets, elles faisaient un bruit de connexion étrange qui coupait le téléphone au grand désespoir de ma mère.

J’attendais toute une soirée pour télécharger UNE toune sur Limewire.

J’ai demandé des ASV sur MIRC et j’ai utilisé feu-MSN Messenger, Dieu ait son âme. L’échantillon d’humains qui connaissent ces trucs-là est limité, j’te jure.

Alors, j’ai 30 ans, je suis un early millenial qui invente des termes comme early millenial en anglais pour que ce soit plus cool et je me sens déjà déphasé devant les vingtenaires aux man bun et autres tempes rasées qui se pointent le bout du nez dans le monde des adulescents.

Mais je crois quand même que t’as raison, Patrick, quand tu dis qu’on devrait peut-être arrêter de penser que notre coupe de cheveux à la mode fait de nous des experts du design web, du neuromarketing ou d’un autre domaine de la connaissance qui n’existait pas la semaine dernière.

Qu’on devrait mettre du temps, beaucoup de temps, pour apprendre le real shit, faire des erreurs à la tonne, développer une expertise, construire un réseau de contacts et finir par ressembler à un être humain, ou à tout le moins un employé, mature.

Mais je suis aussi en désaccord avec toi, Patrick.

J’pense qu’il y a des restes de judéo-chrétien dans ton paradigme (points boni  associés à l’utilisation d’un mot que tu détestes, Pat, pour te taquiner gentiment).

Un peu de religion et une goutte d’amertume dans ton raisonnement.

J’pense que t’as tort quand t’écris que ça devrait être de la marde, ce boutte-là.

Une sorte de chemin de croix ou de purgatoire, je sais pas trop, j’étais en morale au primaire.

Qu’on devrait souffrir, rater des beaux bouts de vie, mettre constamment le travail à l’avant-plan, oublier de voyager, de rêver, de respirer, esti, qu’on devrait oublier de vivre pendant 10 ans pour satisfaire aux critères d’employabilité de ceux qui nous précèdent.

Parce qu’au fond, c’est un peu ça que vous nous reprochez, je crois, de prendre le temps de vivre alors que vous vous êtes fait chier solide pour vous retrouver là où vous êtes.

Ça vous écoeure d’avoir passé 10, 20, 30 ans à travailler comme des dingues et d’arriver à 40, 50, 60 ans, d’avoir soudainement du temps et de l’argent et de pas savoir quoi faire avec.

Ou de ne jamais pouvoir les utiliser parce que vous tombez malades à force de n’avoir pas su écouter votre corps ou appris à respecter vos limites.

C’est la partie amertume, je crois.

Le paradis du cash et du temps, les Champs-Élysées de l’expérience, le Nirvana de la retraite, c’est pas toujours aussi beau que ce qui était prévu dans les Écritures.

Je sais pas trop ce qui était prévu dans les Écritures, Patrick, j’étais en morale au primaire, tu te rappelles?

Ce que je sais, c’est que nous, les milléniaux, on est probablement un peu imbus de nous-mêmes et assez cons pour croire que d’être down pour un défi c’est suffisant pour le relever.

Mais qu’on est aussi un peu brillants de réaliser tout de suite que la vie ça passe juste une fois (yolo, tsé) et que maintenant c’est un foutu bon moment pour la vivre.

Je ne compte pas mes heures de travail, je ne l’ai jamais fait, mais j’aime profondément ce que je fais et c’est pas nouveau. Je n’ai jamais accepté de quart de travail de merde, par contre j’ai souvent joyeusement consenti à être payé moins en regardant plus loin devant moi. J’écoute beaucoup et j’essaie d’apprendre sans arrêt, t’as encore raison quand tu dis que c’est important.

Je n’ai pas beaucoup de REER mais j’ai pas mal de souvenirs impérissables. Je travaille fort mais je fais pas juste ça, je pense vraiment que c’est possible. Je suis pas encore tout à fait la personne ou l’employé que je voudrais être mais j’en suis pas si loin non plus. J’me prends en main, pour de vrai.

J’aimerais ça être spécial mais je sais bien que je ne le suis pas encore.

Laisse-moi un peu temps, Patrick.

Et surtout, pardonne-moi si j’ose résister à l’assaillant judéo-capitaliste qui me demande de puncher pour être heureux.

Il faut me comprendre, j’étais en morale au primaire, yo.

 

 

 

Je n’écrirai pas sur l’amour

February 14, 2017

C’est la St-Valentin et je n’écrirai pas sur l’amour.

Pourtant, ça fait 20 ans que j’écris.

Et je réalise que non, je n’écris jamais sur l’amour.

Alors je ne le ferai pas aujourd’hui non plus.

Parce que si j’écrivais sur l’amour, j’aurais peur d’avoir l’air faible ou trop sensible. J’aurais la chienne de laisser tomber deux ou trois morceaux de mâlitude. Je serais presque convaincu de vous ennuyer.

Si j’écrivais sur l’amour, je devrais d’abord essayer de le définir et de le comprendre. Il m’échappe dans son fond et sa forme, l’amour, parce qu’il refuse les conventions de la logique et transforme des humains intelligents et raisonnables en organismes unicellulaires avec un peu de bave su’l bord de la bouche.

Si j’écrivais sur l’amour, je devrais arrêter de passer par la bande en parlant seulement d’amitié et de famille. Je devrais m’attarder à l’amour romantique, à l’amour qu’on recherche, celui qu’on n’a pas reçu, celui qu’on découvre, celui qui vibre, celui qui s’agite à l’intérieur du ventre et sur le pourtour des prunelles. Je devrais vous parler de tendresse, d’entraide, de compassion et d’engagement. Je devrais vous parler de l’amour sous toutes ses formes et ça me ferait peur en esti d’ouvrir cette boîte de chocolats en forme de coeur de Pandore.

Surtout, si j’écrivais sur l’amour ça me forcerait à vous parler de moi. À vous écrire que l’amour m’enrage, que l’amour m’échappe, que l’amour me fascine, que l’amour m’étourdit, que l’amour me détruit, que l’amour me manque. Je devrais bien vous confier que, parfois, je n’y comprends rien, à l’amour.

Ça m’amènerait à vous parler de mes doutes. Des moments où je crois que l’amour est inaccessible ou qu’il n’est pas pour moi. Des souvenirs dorés qu’il évoque et de ces bulles de bonheur qui m’apaisent quand il fait trop noir.

Si j’écrivais sur l’amour je devrais aussi écrire sur la solitude, sur ma solitude. Sur ce sentiment terrible d’être isolé du monde et de ne pouvoir rien y faire. Je vous en parlerais parce que je serais assez convaincu de ne pas être le seul à le ressentir. J’aurais envie de savoir que ça vous arrive aussi, parfois.

Si je prenais le risque, la chance, le pari d’écrire sur l’amour, je ne pourrais passer à côté de l’espoir. Je devrais bien vous dire qu’il brille à l’intérieur de moi, quelque part. Qu’il s’éveille par moments et pas seulement pour l’amour de ma vie, pour l’amour dans ma vie, mais pour l’amour au sens large, il faut bien que j’y revienne.

Parce que je suis convaincu que c’est notre seule raison d’être ici. L’amour est l’emballage sucré de notre survie et de notre évolution. Nos cerveaux, nos corps et nos esprits sont construits pour s’entrelacer. Nous ne sommes seuls que pour nous protéger des ravages que l’amour peut faire à l’âme.

Je m’assume le cheesy, l’amour est notre salut. Parce qu’il implique l’empathie, l’accueil et la chaleur. Parce qu’il combat l’ignorance, la peur, la haine et le froid. Nous avons davantage besoin d’amour maintenant qu’à n’importe quel autre moment de l’Histoire des humains.

Il y a 1000 façons d’aimer, avec ou sans mots, avec ou sans gestes. Il y a 1000 façons de laisser une trace, de marquer d’une empreinte, de rassurer et de protéger. Il y a 1000 façons de contrer l’isolement, d’oublier les vieilles querelles et de reprendre contact.

Voilà tout ce que je vous dirais si je prenais le risque, la chance, le pari d’écrire sur l’amour.

Mais je ne le ferai pas, oh non.

Je n’écrirai pas sur l’amour.

 

J’ai 30 ans

December 8, 2016

J’ai 30 ans.

En fait, j’écris en direct de mes dernières minutes de vingtaine.

J’aurai 30 ans dans moins de trois heures.

Et comme, pour moi, c’est un big deal, j’ai envie d’écrire un texte en buvant du vin.

Un mardi soir, bin oui.

C’est ma fête, j’ai le droit.

***

J’ai 30 ans et je ne sais pas trop quoi penser de ma vie.

Les directions claires ne sont pas vraiment pour moi.

Les décisions d’adulte me paraissent souvent étranges.

Les REER me parlent mais je ne leur réponds pas toujours.

Mes cheveux blancs me rappellent que le temps est le luxe des vivants.

 

J’ai 30 ans et j’aime ma job.

Je ne pense pas que je vais arrêter de l’aimer.

Alors que vous êtes si nombreux à vous lever chaque matin avec la peur du jour.

Alors que vos dimanche sont parfois remplis de peur et de doute.

J’aime crissement le métier que j’ai choisi.

Je le trouve rempli de sens, de beauté et de calme.

En plus j’suis mon propre boss.

Je marche 1 minute pour aller au bureau.

Je décide de mon horaire.

Et j’ai du plaisir, chaque jour.

Je dis pas ça pour vous emmerder.

En fait, je dis ça pour vous emmerder juste un peu.

Pour que vous réalisiez que faire un travail que vous n’aimez pas peut vous gâcher la vie. Et que toutes les excuses que vous trouvez pour continuer à le faire ne sont que partiellement valables.

 

J’ai 30 ans et j’ai peur.

J’ai peur du monde dans lequel je vis.

Parce que je fais partie de la première génération qui peut legit se demander si c’est correct de faire des enfants au coeur d’une Humanité qui aura de la difficulté à survivre aux 100 prochaines années.

J’ai peur que mes futurs kids vivent dans des grosses flaques, qu’ils n’aient rien à manger et doivent se battre pour de l’eau potable.

J’ai peur à cause du 9 novembre 2016, de nos pouvoirs toujours plus grands pour notre empathie toujours plus défaillante.

J’ai peur de nos ignorances et de nos illusions, de ces secondes qui claquent sur l’horloge de notre survie d’espèce sans que nous le réalisions pleinement.

 

J’ai 30 ans et je passe trop de temps sur mon cellulaire.

À regarder les vies rêvées, les sourires figés et les corps parfaits d’être humains qui souffrent autant que moi quand la caméra s’éteint.

À me distraire, à m’engourdir, à me comparer, à perdre mon temps et à tromper ma solitude et mon ennui à travers le réseau social, notre nouvel empereur.

À me dire que je n’en fais pas assez, pas assez vite, pas assez haut, pas assez performant, pas assez successful, pas assez musclé, pas assez confiant, pas assez n’importe fucking quoi. Parce que c’est exactement ce à quoi servent ces images et ces mots. À entretenir l’envie, la honte et le désespoir dans un effort systémique et pandémique pour nous proposer de posséder, d’être et de faire davantage.

Je me suis laissé prendre. Shit.

 

J’ai 30 ans et j’aime les gens qui sont dans ma vie.

Mes amis et ma famille réchauffent mes pas.

Même si la vingtaine m’a appris que ce que je croyais immuable est en fait complètement volatile.

Et que ma solitude n’a pas de remède universel.

J’aime tellement les gens qui m’entourent.

Les coachs qui m’invitent à la maison à Noël.

La maman qui me sert dans ses bras en me disant d’écouter mon coeur.

Le papa qui s’inquiète encore quand j’ai l’air fatigué.

Les amis qui m’empêchent de me bullshitter moi-même et ceux qui me font toujours payer des verres au lieu des pintes.

Les adolescentes qui investissent leur temps et leur coeur dans une équipe de Basketball.

Les cousins que j’ai toujours hâte de voir.

S’il y a bien une chose que j’ai apprise dans la décennie des 2, c’est que rien n’a plus de valeur que cette connexion unique et indescriptible entre les êtres humains, celle qui crée une chaleur impossible à définir et la certitude paisible que it’s gonna be allright.

 

J’ai 30 ans et je ne sais pas quoi penser de l’amour.

Qui fait des aller-retours étranges dans ma vie sans vraiment m’avertir.

Qui prend des formes inconnues, emprunte des chemins radicaux et refuse de se laisser définir.

Qui me fait mal et me questionne sur sa pertinence, son utilité et son existence.

J’ai 30 ans et je me dis que l’amour passera bien un jour et que je ne m’en rendrai peut-être pas compte.

Parce que j’attendrai un conte de fées rempli d’aventures torrides et que ce sera un samedi matin à boire du café au lait.

Ou un visionnement en 3D de trouver Doris avec des kids qui hurlent.

 

J’ai 30 ans et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’une petite partie de ce futur qu’on m’annonçait avec enthousiasme est déjà derrière moi, pour ne plus jamais revenir.

Que, avec un peu de chance, des millions de secondes demeurent devant, mais que rien ne ramènera celles qui sont déjà égrénées.

J’ai 30 ans et ça me terrifie de penser ça, vous avez même pas idée. C’est une peur du temps qui fuit, du temps qui part, du temps qui ne revient pas. Une peur qui me suit depuis je sais pas combien de temps, depuis trop longtemps. C’est une peur universelle, une peur existentielle, une peur humaine, une peur ultime. Nous avons tous peur de mourir mais on dirait que je suis né avec un extra on the side.

En fait, j’ai pas peur de mourir. J’ai peur de rater ma vie. La seule que j’ai en stock.

Alors, j’ai 30 ans et je fais tout ce que je peux pour éviter ça. Des fois je réussis, des fois non.

Et je demeure rempli de doutes, d’incertitudes et de peurs.

Mais aussi de moments d’extase, de petites éternités, de chocolats fondants, de sommets du Kilimandjaro, de show de Half Moon Run, de permis de psychologue et de verres de vin le mardi soir.

J’ai 30 ans et je suis heureux d’être Victor-Olivier Hamel-Morasse, même si c’est long en esti comme nom, que je saurai pas comment appeler mes enfants et qu’il y a des jours où je suis pas fier de moi.

J’ai 30 ans live et je pense que c’est peut-être correct d’être juste moi, quoi que vous en pensiez.

J’ai 30 ans et je serais pas quelqu’un d’autre, je crois.

Et je me dis que je ne ferais pas autre chose du temps que j’ai à ma disposition.

Et c’est une bonne chose, parce que, comme le dit Gandalf:

“All we have to decide is what to do with the time that is given to us”.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus de gens comme toi, Monsieur Pas-de-dents

July 24, 2016

Ça fait deux fois que je te croise.

Pendant mon jogging.

En fait, je te croise à la fin de mon jogging, au moment où la grâce et l’athlétisme ont quitté mes foulées.

Quand mon corps a mal et que ma face en témoigne.

La première fois, tu attendais l’autobus. Tu m’as vu arriver de loin et tu m’as souri.

Avec pas beaucoup de dents.

C’était pas un beau sourire et en même temps c’était magnifique.

Je voudrais bien t’expliquer comment c’est possible, Monsieur Pas-de-dents, sauf que je suis pas certain que tu comprendrais.

Je t’ai vu quelques secondes seulement, mais je suis pas mal convaincu que tu fit pas totalement dans le moule.

Que les métaphores et les figures de style, c’est pas trop ton genre.

C’était peut-être ton grand sourire pas-de-dents, ton sac-banane ou juste quelque chose dans tes yeux, je sais pas.

C’était peut-être simplement le fait que tu me saluais sans me connaître, que tu m’encourageais gratuitement en levant ton pouce dans les airs sans te préoccuper de ma réponse ou de ce que j’allais penser de toi.

Tous ces indices qui m’ont porté à penser que tu faisais partie de la gang de ceux qu’on appelle différents, quand on veut être polis.

En passant à côté de toi, je t’ai souri aussi. J’étais content, t’as fait ma journée.

Je m’en foutais un peu que t’aies pas beaucoup de dents.

 

Je t’ai revu aujourd’hui, à la fin de mon jogging, Monsieur Pas-de-dents.

Mon corps avait encore mal, ma face en témoignait plus que jamais.

Fa chaud, esti.

Et tu m’as reconnu.

Tu m’as pointé au loin en sautillant sur place.

Tu as levé le pouce.

Cette fois, je savais à quoi m’attendre.

En passant près de toi, j’ai levé ma main au ciel, et on s’est fait le plus beau high five de l’histoire des high five, j’suis pas mal certain.

T’as encore fait ma journée, et on se connaît même pas.

J’ai couru mon dernier 100 mètres comme si je venais de gagner le marathon de Boston, en saluant une foule invisible.

 

Je devrais te trouver un autre nom, parce que Monsieur Pas-de-dents, ça te rend pas justice.

Ça dit pas à quel point t’as compris quelque chose qu’on s’acharne à oublier.

Ça dit pas de quelle manière t’es capable de faire une différence dans ma vie sans qu’on échange un mot.

Ça dit pas comment tu refuses de mettre en place toutes les défenses sociales qui nous paralysent, nous isolent et nous désespèrent.

Ça dit rien de notre tendance stupide à te placer dans la gang des différents en refusant trop souvent d’apprendre de toi.

 

La semaine dernière, j’ai écrit que les tueries, les attentats et les non-sens, ça ne s’arrêterait pas.

Je pense que j’ai raison et tort à la fois.

Je crois que s’il y avait plus de gens comme toi, Monsieur Pas-de-dents-à-qui-j’ai-pas-encore-trouvé-de-meilleur-nom, ça pourrait s’arrêter.

Parce que notre moment, c’était pas juste un sourire, un thumbs up et un high five.

C’était des petits bouts de compassion, d’empathie, d’affection, de plaisir et d’enthousiasme.

T’es entré en contact avec moi sans réfléchir pis ça m’a fait du bien.

S’il y avait plus de gens comme toi, on arrêterait peut-être d’avoir peur de l’autre et d’essayer de s’en protéger.

On se ferait tous des high five dans la rue en se rappelant que c’est l’fun en criss de partager quelques secondes avec un inconnu qui nous ressemble.

S’il y avait plus de gens comme toi, je suis convaincu qu’on serait tous moins stressés, anxieux, déprimés et seuls.

Qu’on aurait des vies plus joyeuses, remplies de sens et de petits moments de plénitude.

Alors prépare-toi, Monsieur Pas-de-dents.

Parce que si on se recroise, notre high-five va battre des records.

Je vais aussi m’arrêter pour te demander ton nom et te dire merci.

T’as fait ma journée, deux fois, sans un seul mot.

Je vais avoir besoin de tes conseils.

 

 

 

 

Ça ne s’arrêtera pas

July 17, 2016

Arrêtez de penser que ça va s’arrêter.

Arrêtez de mettre des filtres sur vos murs.

Arrêtez de croire que l’espoir est suffisant pour combattre la peur, l’ignorance et la haine.

Parce que ça ne s’arrêtera pas.

Les tueries, les meurtres, les attentats, les folies et les non-sens.

Ce n’est que le début.

Dans leur nombre, leur fréquence, leur intensité et leur violence, ces moments d’horreur ne sont que des prémisses.

Ce sont des moments que nous cultivons et que nous entretenons chaque jour sans même le réaliser ou le vouloir.

Ce ne sont pas des moments politiques ou religieux.

Ce ne sont pas des moments fanatiques.

Ce ne sont pas des moments inhumains, bien au contraire.

Ce sont des moments de peur, d’ignorance et de haine.

Et ces trois tissus s’entremêlent dans chacun de nous comme des racines.

Comme des réflexes de survie aussi sauvages et intolérables que nécessaires et automatiques.

Nous sommes tous Charlie, Nice, le Bataclan, Orlando, Columbine, Newtown, le 11 septembre et tous ces moments dont nous n’entendons même plus parler, ailleurs.

Ceux qui parsèment nos bulletins de nouvelle sans nous émouvoir, sans nous remuer, sans nous ébranler.

Ça ne s’arrêtera pas parce que c’est en nous.

Nous sommes conditionnés à la peur, l’ignorance et la haine.

Et les moyens que nous avons pour exprimer ces horreurs d’humains sont plus nombreux, plus puissants et plus accessibles que jamais.

Ils s’enflent et se multiplient à coups de technologie et de progrès, nos prouesses techniques évoluent bien plus rapidement que notre empathie et notre compassion.

Et nous ne savons pas comment utiliser les armes véritablement utiles pour mener ce combat.

La peur se combat par la sécurité.

Pas la sécurité des aéroports, des policiers, des matraques et des caméras de surveillance.

La sécurité des parents qui prennent soin de leurs enfants, des humains qui se supportent, des communautés qui s’entraident, des nations qui se rejoignent.

L’ignorance se combat par le savoir.

Pas le savoir des corporations, des marges de profit, de la recherche appliquée et de l’avidité.

Le savoir de la culture, des erreurs du passé, de la nature et de la terre, de ce qui fait de nous des hommes plutôt que des bêtes.

La haine se combat par l’amour.

Pas l’amour de l’image, du pouvoir et de l’ego.

L’amour de soi et des autres, la douceur du contact, le réconfort de cesser de se défendre, l’amour comme remède à la méfiance.

Mais nous avons construit un système économique, politique et social qui alimente la peur, l’ignorance et la haine plutôt que la sécurité, le savoir et l’amour.

Qui liquide notre compassion dans le loisir et le divertissement.

Qui construit des castes, des strates et des étages dans nos tours d’ivoire et nos bas-fonds humides.

Qui nourrit l’indifférence, l’égocentrisme et l’inconscience dans un bien-être temporaire et artificiel.

Qui laisse le monde devenir hostile et toxique à grands coups de balles de semi-automatiques mais aussi de gaz à effet de serre, de privatisation sauvage et de candidats républicains.

Alors, ne pensez pas que ça va s’arrêter.

Les fusillades, les tueries, les meurtres, les folies et les non-sens.

Ce ne sont pas des moments hors du monde, ce sont des symptômes directs de notre manière de vivre.

Nous n’avons pas besoin de réformes, elles ne suffisent plus.

Nous avons besoin de révolutions.

De la profonde compréhension que notre mode de vie conditionne ces instants.

Et que ça ne s’arrêtera pas.

 

C’est difficile d’écrire

March 3, 2016

Je n’écris plus.

Depuis le 29 septembre 2015, pas un seul article sur ce blog.

Je vous manque, je le sais.

Avouez, allez.

J’ai commencé des textes qui sèchent doucement dans la rubrique des brouillons.

C’est un drôle de mot, brouillon, mais ça exprime bien ce que ça veut dire d’être un texte inachevé, mal défini, peu inspiré, découragé et décourageant.

Un mélange de bouillon et de brouillard.

Ils doivent être un peu tristes, ces bouts d’idées, en réalisant qu’ils ne seront jamais terminés, publiés ou lus.

J’ai de la peine pour eux et en même temps ils me font chier, ces bouts-là, parce qu’ils sont remplis de mes trous de courant artistique, des ratés de mon flux créatif.

Ce sont des trous du flux.

Et leur existence m’amène à une conclusion inévitable:

C’est difficile d’écrire.

Difficile en criss.

J’ai toujours la semi-impression de perdre mon temps, quand j’écris.

Une phrase, un tour dans le réfrigérateur. Ouin, rien de nouveau là dans les dernières 5 minutes on dirait.

25 pas en rond, un mot ajouté, une phrase lue à voix haute, asti ça fit pas pentoute. Un mot supprimé.

Bin ça fit encore moins.

Shit.

Frigidaire. Rien à signaler, les poivrons se tiennent tranquilles. Je retourne à l’écran.

Assis, debout, assis. Grattage de tête, tournage sur moi-même, regardage par la fenêtre d’un air mélancolique, musique triste, musique joyeuse, pas de musique.

Frigo. Les pommes vertes n’ont pas bougé, comme prévu.

Puis deux phrases de suite. Elles s’enchaînent, se conçoivent bien et s’énoncent clairement, comme la pub ou le proverbe, je sais plus.

Là ça va bien, j’ai un best-seller en chemin. Stephen King tremble dans sa tombe même s’il est pas mort, c’est vous dire à quel point c’est bon.

Je relis. Le même mot deux fois de suite, c’est atroce.

Synonyme, synonyme, synonyme.

Jouissif au lieu d’exutoire, ça marches-tu?

Magnifique au lieu de superbe?

Horrible à la place d’atroce?

Ça marche pas dans le contexte.

Backspace. Backspace. Backspace.

Congélateur.

Crème glacée? Why not, c’est réconfortant, pis le réconfort est à la création ce que la formule 1 est au pilote de formule 1, comme disait Beaudelaire ou Dumbledore. Y a des pépites de chocolat dedans en plus, peut pas faire de mal.

Puis vient l’éclair. Le moment de grâce. Ça arrive pas souvent alors je le chevauche.

Bin oui, je chevauche l’éclair de la création.

C’est beau, ça, hein?

L’éclair, c’est quand t’as la chance de pouvoir t’asseoir et juste écrire. Sans trop réfléchir au fond ou à la forme, laisser la place aux idées que tu multiplies, que tu couches sur papier (sur écran, ok) et que tu embellis juste à y penser. C’est ton talent qui s’exprime avec le bon rythme, la justesse des mots, la beauté de liquéfier ton esprit et de le rendre catchy pis un peu poétique, des fois.

L’éclair, c’est quand tu touches les gens qui lisent ce que t’écris, quand tu sais que t’as mis un p’tit morceau d’humanité dans des lettres sur un clavier. Quand la connexion existe avec des gens que tu connais même pas. C’est fou, tu connectes avec quelqu’un sans avoir conscience de son existence. Y a quelque chose de métaphysique ou de spirituel ou un mélange fucké des deux là-dedans, je saurais pas dire. Une sorte d’univers parallèle qui s’ouvre quand tu chevauches l’éclair de la création.

Frigidaire, prise 1000. Ou peut-être le garde-manger pour des craquelins santé, pas des chips ça beurre le matériel juste à les regarder. Pis je veux être un écrivain slim, autant que possible, et j’ai déjà fini la crème glacée.

Parce qu’un éclair, par définition, ça dure pas longtemps. L’autre 99% du temps, écrire, c’est de la marde. C’est du temps, c’est s’asseoir pis se relever, boire du café frette, mettre du beurre de pinotte sur la touche enter. C’est être lu par personne, avoir peur de ce que l’univers va penser de tes mots, angoisser à propos d’une phrase.

Mais c’est beau. Pis c’est l’fun. C’est un coin d’espoir, de tristesse, de joie, de peur pis d’imagination que personne peut t’enlever parce que c’est juste à toi.

Alors si tu veux écrire, bin écris. Pitch ça dans le monde après même si ça te fout la chienne. Si quelqu’un rit de toi, propose-lui un rap battle, juste pour voir.

J’te jure que ça vaut la peine.

J’vais finir là-dessus, l’éclair vient de passer.

Le frigidaire m’attend, juste à côté de mon café frette.

 

 

 

728 et la première pierre

September 29, 2015

Stéfanie,

Avant hier je t’appelais matricule 728, comme beaucoup de gens. J’ai écouté ton entrevue à Tout le monde en parle en m’attendant à ce que tu te fasses piéger.

J’veux dire, tout le monde se fait piéger à Tout le monde en parle.

Tu pourras jamais dire ce que tu veux, comme tu le veux. Tu seras coupé et monté, peu importe de quoi tu viens parler.

Si, en plus, ça adonne que tu es la personne devenue le symbole de la répression policière du printemps érable, t’as déjà quelques prises dans la mitte.

Tu vas te faire condamner par le haut tribunal populaire de la télévision nationale, sans possibilité de libération conditionnelle avant la fin de l’entrevue.

Je ne sais pas ce qui s’est passé pendant que j’écoutais ton entrevue, Stéfanie, c’était bizarre à l’intérieur.

 

D’un côté, je sais qu’on ne s’entendrait pas si bien, toi et moi.

T’es un peu trop rigide.

Je le dis même pas dans un sens négatif. T’appliques les règlements à la lettre, sans nuance, parce que c’est ça que t’as appris et que ça te permet de traverser ta vie efficacement.

C’est juste pas comme ça dans la mienne, même que ça me cause des problèmes, des fois.

T’es sûrement pleine de préjugés à propos des carrés rouges et des gratteux de guitare.

Moi aussi je suis plein de préjugés, mais ils ont d’autres thèmes. J’essaie de m’en défaire, mais ils me suivent comme une ombre, pas moyen de me sacrer patience.

On s’invente des histoires et on se cache la face pour des affaires différentes, mais sur ce point on se ressemble un peu, toi, moi et le reste de l’univers.

Je crois toutefois que je suis peut-être un peu plus introspectif que toi, que je me remets plus souvent en question.

Mais c’est une déformation professionnelle, de la même manière que tu dois être crissement plus naturelle que moi quand ça brasse.

Moi j’me cache quand ça brasse. J’aime pas ça la chicane, bon.

Tout ça pour dire qu’on serait pas des grands chums si on se rencontrait sur la rue, mais que ça change rien à ce que j’ai pensé de ton entrevue.

 

T’es quand même pas devenue Sainte-728 après Tout le monde en parle.

J’ai pas fini par me dire qu’ils l’avaient mérité, ces estis-là, quand tu leur as spouché du curcuma extra-spice dans les yeux.

J’ai pas pensé que les citoyens devenaient des criminels quand ils te sautaient dans le dos.

Stéfanie, je sais même pas s’ils t’ont sauté dans le dos, j’étais pas là! J’ai vu des clips mais, comme tu l’as dit, c’est rien que des p’tits bouttes de vérité, tout ça.

Pis des p’tits bouttes de vérité mis ensemble, ça fait pas tout le temps une plus grosse vérité. Des fois ça fait un p’tit mensonge. Alors je préfère douter.

J’ai tout de même trouvé que tu t’étais vraiment bien débrouillée dans ce gros piège en forme de studio, que t’avais jamais été K.O. même si c’était un royal rumble à 12 contre 1.

T’as même souri 2-3 fois. Ça avait l’air naturel, presque chaleureux. J’étais vraiment surpris.

J’ai pas envie de débattre sur la légitimité de tes actions, c’est un débat sans fin et c’est pas ça mon point.

 

Mon point c’est qu’on a tous été tellement rapides à te lancer la première pierre (ceci est une référence religieuse, même si j’étais en morale au primaire)

Qu’on a diffusé en boucle des images de toi.

Qu’on t’a ridiculisée dans tous les médias et à toutes les sauces possibles.

En se disant que nous, on aurait réagi différemment.

Que nous, on aurait été tellement plus raisonnables, plus pacifiques, plus en contrôle.

On t’a condamnée sans même t’entendre dire un seul mot.

Et dimanche soir à la grand-messe, on s’est offusqués quand les officiants t’ont mise au bûcher.

Un peu surréaliste de nous entendre critiquer la suffisance de Patrick Huard alors qu’il personnifiait parfaitement ce qu’on dit de toi depuis 2012.

 

Stéfanie, si j’avais été dans ta situation, j’aurais peut-être réagi de la même manière.

Je le sais pas et je le saurai probablement jamais. J’ai vraiment pas le même genre de job.

Mais nos violences d’humains ne sont pas conditionnelles, ça je le sais.

En 2012, j’ai fait comme tout le monde et je t’ai lancé la première pierre pour ne pas penser que j’étais probablement un peu comme toi.

Pour ne pas me rappeler que moi aussi, quand je suis en tabarnak, j’utilise des mots pas fins pour parler des gens que je trouve pas fins.

Pour ne pas croire que j’aurais pu assaisonner ces manifestants ou ramasser le gars qui buvait sa bière, moi aussi.

Je crois que c’est ça qui s’est passé pendant ton entrevue, hier.

J’ai passé trois ans à me dire que t’étais une folle, une dangereuse, une pas comme moi.

T’es pas parfaite, ça c’est sûr, et t’es visiblement remplie de colère et d’amertume.

Mais t’es une humaine.

Pis ça adonne que moi aussi.

 

 

 

 

 

J’ai laissé mon ego à San Francisco

August 15, 2015

Je venais de finir d’écouter the Avengers.

Ça m’avait plu, même sur un écran de quelques pouces.

Je me dirigeais vers la Californie avec confiance, recroquevillé dans un siège compact, merci Air Canada.

Après tout…

Qu’est-ce qui pourrait arriver de pire?

J’allais atterrir à Los Angeles, prendre la navette vers le bureau de location de voiture, leur présenter ma réservation avec mon permis de conduire…

Shit.

Mon permis de conduire.

Je l’ai pas.

Bin non tabarnak.

Je l’ai pas.

J’en ai besoin pour louer une voiture.

Pis je l’ai pas.

Je vous épargne les détails techniques de l’histoire. En fait, je me les épargne à moi-même.

Toujours est-il que j’étais à Los Angeles sans mon permis de conduire au moment où j’en avais le plus besoin.

“How do you forget your driver’s license?” me dit Ernesto d’un ton navré au kiosque de location.

Vois-tu Ernesto, je sais pas trop comment te dire ça mais, “I have no fucking idea.”

Je peux même te le dire en français québécois si tu veux: “J’en ai aucune criss d’idée”.

Mais regarde, Ernesto, ma copine, la plus belle du monde, elle l’a, son permis de conduire.

Peux-tu nous louer une voiture quand même, Ernesto? Steplaît, tu serais bin smat.

 

Eh bin, Ernesto a fini par nous en louer une, voiture.

Pas mal plus cher que prévu, of course.

Parce que quand t’oublies ton permis de conduire à Los Angeles, c’est toujours plus cher que prévu.

C’est un genre de loi non-écrite, j’pense.

“But you know, it’s the best we can do right now.”

I know, Ernesto. Kin, vla ma carte de crédit. Paye-toi la traite. Pay yourself the treat, comme ils disent.

 

Alors, je me suis fait conduire en Californie.

Je m’étais imaginé au volant, mâle alpha et tout le reste, en train de décider de chaque tournant.

Mange de la marde, GPS, c’est par là qu’on s’en va.

Je connais un raccourci plein d’ours que je vais pouvoir combattre à mains nues.

J’suis un homme, GPS, donne-moi les chemins les plus dangereux.

Mais ça s’est pas passé comme ça, parce que j’avais oublié mon permis de conduire, est-il nécessaire de le rappeler.

J’ai bien essayé de me le faire livrer, mais même UPS était contre l’idée.

Il a perdu mon permis quelque part entre Trois-Rivières et Los Angeles.

Chapeau, les gars en brun.

 

Ça faisait mal, au début.

Le siège passager me piquait l’ego.

Chu dont bin épais.

À quoi j’ai pensé?

Je nous ai mis dans la merde.

Et autres considération utiles du genre.

Sauf que c’est beau, la Californie.

Vraiment beau.

Et que je sais très bien que ces idées pourries avaient le pouvoir de ternir mes deux semaines au pays du surf et du vin (avec une légère préférence pour le vin de mon côté).

Alors j’ai mis mon ego dans le coffre du char avec du tape sur la bouche.

Je l’y ai laissé jusqu’à San Franciso, où on déposait la voiture avant de partir.

Ça m’a fait tellement de bien que j’ai décidé de le laisser là, mon ego.

Le gars de la location a dû faire le saut en faisant le ménage.

 

Mon ego me tue, jour après jour.

Il m’empêche de faire les choses que j’ai envie de faire.

De connaître les gens que j’ai envie de connaître.

De dire les choses que j’ai envie de dire.

Au nom de ce dont je dois avoir l’air, de l’image que je dois maintenir, de la distance que je dois respecter.

Sur le siège passager en Californie, sans mon ego, j’ai vu ce que je n’aurais jamais pu voir.

Et fait ce que je n’aurais jamais pu faire.

 

Pas mal certain qu’UPS va finir par me le renvoyer en courrier prioritaire.

Et que ce paquet-là ne se perdra pas dans la malle, évidemment.

Mais pour l’instant, j’ai laissé mon ego à San Francisco.

Et je lui demande gentiment de me sacrer patience pour encore quelques jours.

Le temps de savourer ces quelques moments passés sans lui.

 

 

 

 

 

 

À propos de l’échec

June 15, 2015

Samedi, j’avais une audition.

Une audition pour une conférence, je précise.

Trois minutes pour me faire valoir.

C’était très important pour moi, une occasion unique à saisir.

Je me suis préparé du mieux que j’ai pu.

Révisé chaque phrase dans ma tête au moins deux cent fois.

Raffiné chaque aspect de ces trois minutes au meilleur de mes capacités.

Samedi matin, je me suis réveillé tôt.

Une dernière répétition.

Parfait. J’étais prêt.

Une heure et demie de route.

Je suis entré dans la salle.

J’ai commencé ma présentation.

Et je me suis planté.

Complètement.

J’ai oublié mon texte. Deux fois. J’ai figé et baissé les yeux, rempli d’une honte presque palpable au toucher.

Et, les trois minutes fatidiques continuant à défiler à une vitesse folle, l’une des personnes devant moi est gentiment venue à ma rescousse en me posant quelques questions.

Une autre m’a apporté une chaise pour ensuite s’asseoir au sol près de moi en signe de support.

Je me suis assis, complètement sonné. J’ai répondu aux questions.

La tête vide et pleine à la fois. Étrange sensation.

Ils étaient si gentils, si remplis de compassion, chacun d’eux.

Ça me réchauffait et me mettait en criss en même temps et je ne comprenais pas pourquoi.

On m’a demandé si j’avais des questions.

J’ai répondu que non. Je devais sortir au plus vite, shame on me.

Juste avant que je déguerpisse, on m’a dit de cocher ce moment comme une réussite.

Je ne l’ai pas fait.

Je l’ai coché comme un échec.

 

48 heures plus tard, je n’ai pas changé d’avis.

Je ne crois pas que les émotions de tristesse, de colère et de honte associées à l’échec devraient être balayées du revers de la main.

Je crois qu’elles devraient être pleinement vécues.

Que ces moments où l’on tente de réussir quelque chose sans y parvenir devraient être appelés par leur nom.

Epic. Fail.

Si c’était important au départ, pourquoi minimiser l’ampleur du cassage de gueule une fois qu’il est survenu?

Je me sens tout croche depuis deux jours et c’est correct comme ça.

Pendant 10 minutes, j’ai été fragile et petit, j’ai baissé mes défenses, j’ai arrêté d’être parfait.

10 longues minutes.

C’est le prix à payer quand je prends un billet aller-simple en-dehors de ma zone de confort.

Souvent, ça marche. C’est vraiment l’fun, ça me rend fier.

Des fois, ça marche pas. Je suis pas spécial, finalement.

C’est un feeling épouvantable.

Mais je n’ai pas envie de le chasser.

Je veux que ça brûle.

 

Ça sonne un peu masochiste.

Well, je crois que ça l’est.

Mais ça sert à quelque chose.

Ça sert à prendre le temps de faire la différence entre subir un échec et être un échec.

C’est vraiment important.

J’ai de la difficulté à vous expliquer comment.

Mais la seule raison qui fait que je n’arrêterai pas d’essayer des trucs différents, des trucs avec un certain potentiel de coup de pelle au visage…

C’est que je sais que je ne suis pas mes échecs.

Je crois que si je mettais de côté les émotions de marde que je vis depuis 48 heures, elles finiraient par me revenir en pleine gueule et se poser à l’intérieur de moi, tout le temps.

Elles finiraient par faire partie de moi.

Et j’ai pas envie de ça.

 

Alors je prends quelques jours.

Disons 3 ou 4, c’est quand même pas la fin du monde.

Quelques jours pour me sentir tout croche.

Pour digérer l’échec en continuant de l’appeler par son nom.

Pour me dire à quel point je m’en veux de ne pas avoir été à la hauteur.

D’avoir raté une occasion qui ne reviendra plus.

Je prends même un peu de temps pour partager tout ça avec les gens importants pour moi, histoire de ne pas laisser la honte isoler mon coeur.

 

Après, j’émerge.

Mes échecs deviennent réellement des expériences et des apprentissages.

Ils me permettent d’être meilleur, d’accepter d’être vulnérable, de ne pas répéter mes erreurs.

Ils s’expulsent par eux-mêmes de ce que je suis pour redevenir une petite partie de ce que je fais.

Après, je me sens mieux.

 

Après.

Là, je me sens tout croche.

Epic. Fail.

Je suis pas spécial.

Et c’est correct comme ça.