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Les portes

May 30, 2013   

On me répète cette phrase depuis que je suis tout petit:

“Quand une porte se ferme, il y en a une autre qui s’ouvre quelque part.”

Merci, maman.

Dans cette certitude tranquille, il y a le destin, la fatalité et l’ordre cosmique.

Il y a la croyance en une sorte de justice universelle.

Cette phrase me protège des intempéries depuis toujours. Elle crève la panique et distille l’angoisse. Elle suture mes illusions lorsqu’une porte me claque au visage.

“Bonjour, j’ai le regret de vous annoncer que votre milieu d’internat pour l’an prochain est annulé.”

CLAWKKKKKKK!

Une porte en béton armé, une porte en acier trempé, une porte sournoise que je n’avais pas vue arriver.

Dans mon univers, l’équivalent d’une explosion thermonucléaire.

Où est le bouton panique? Ah, voilà, appuyons frénétiquement.

Trois heures d’auto-destruction, de masochisme et de désespoir. Trois heures à ne voir que la porte à quelques centimètres de mon nez. Trois heures à me dire que les solutions n’existent pas.

Puis la phrase: “Quand une porte se ferme, il y en a une autre qui s’ouvre quelque part”.

Pfffff (soupir de soulagement). Merci, maman.

Pour le filet de sécurité. Pour la confiance en la vie, pour cette drôle d’idée que les choses n’arrivent pas pour rien. Le plus étrange là-dedans:

Je n’y crois pas vraiment.

Trop de contre-preuves. Trop d’exemples frappants que nous sommes des créatures en quête de sens dans un monde qui en est singulièrement dénué. Cette idée des portes qui s’ouvrent et se ferment, c’est génial, mais je suis presque convaincu que ça ne vaut rien, dans l’absolu.

Sauf que.

48 heures plus tard, tout est réglé. Ou presque. Je préfère ne pas me mouiller trop vite, mais des portes se sont ouvertes là où je ne les attendais pas.

J’ai cogné. J’ai tourné la poignée. J’ai mis le pied dans la porte. J’ai pris le contrôle. J’ai refusé de demeurer figé devant un verrou. J’ai botté le derrière du destin.

Du moins, j’ai essayé.

Alors, je continue de croire – sans y croire vraiment – à une justice cosmique qui ouvre les portes pour moi si j’y mets assez de temps et d’effort. Ça m’empêche de m’immobiliser devant la peur et le vide. Ça me permet de dormir sans m’écraser sous le poids d’un monde qui ne veut rien dire.

Vraiment… merci, maman.

 

Il lit toujours mon blogue

May 24, 2013   

Sur mon site précédent, j’ai amorcé un dialogue avec Lui. Je me suis dit qu’il devait se sentir un peu seul, dernièrement, alors je remets ça. Donnez-Lui le nom que vous voulez, ça n’a pas vraiment d’importance, même si 3000 ans d’Histoire nous disent le contraire.

 

– (LegrandV) Je suis là! Je suis de retour!

– (Lui) Tu étais parti?

– Bin…oui. Depuis pas loin de trois ans. T’avais pas remarqué?

– Tu sais, trois ans…

– C’est un peu comme une seconde, pour toi. D’accord, d’accord, j’ai compris. Je ne pèse pas très lourd dans l’Éternité, c’est ce que tu me dis?

– C’est ce que tu sembles avoir entendu.

– T’as pas vraiment changé, tu sais. Toujours incapable de répondre à une simple question. Demande-toi pas pourquoi c’est le bordel en bas.

– Le bordel?

– Bin oui, les trucs habituels. La guerre, la mort, la haine. Le ridicule, l’intolérable et l’insensé. T’es un peu difficile à suivre, tu sais.

– Tu sembles avoir oublié une chose ou deux, depuis trois ans.

– Non, j’ai rien oublié. J’ai juste de la misère à accepter.

– Tu peux être plus précis?

– Pas vraiment, mais je peux essayer. J’ai de la difficulté à accepter que t’as rien à voir dans tout ça. Que ce que l’on fait de beau et d’affreux ne concerne que nous. De la difficulté à accepter que l’on n’a jamais eu autant de moyens de se voir, de s’entendre et de s’aimer. De la difficulté à croire que malgré ça, on dirait qu’on ne s’est jamais moins vus, entendus, aimés. Comme si le progrès se payait notre tête en ton nom. Comme si on avançait à tâtons en essayant de te trouver un remplaçant.

– C’est une critique?

– Je sais pas. Des fois, j’aimerais juste ça avoir un peu plus de certitudes. Pas passer mon temps à me demander si ma direction est la bonne, si ce que je fais en vaut la peine. Y a des jours où j’aimerais ça te trouver.

– Et tu ne le fais pas…

– Non. Ce serait trop simple. J’ai besoin de me casser la tête, tu sais bien.

– Oui, je me souviens de ça.

– Forcément, c’était il y a une seconde.

– Oui et non…

– Tu m’énervessssssss!

– Je sais.

– Ça m’angoisse de te parler sans savoir si t’existes. Comment ils font, tous les autres?

– Je ne serais pas là si je le savais.

– T’as bien raison. Tu veux que je te dise, je t’ai trouvé cette semaine. Un petit morceau, en tout cas.

– Où ça?

– Sur YouTube.

– Oui, ça m’arrive d’aller y faire un tour.

– C’était l’histoire de Zach Sobiech. Il avait dix-sept ans, mais ça paraissait que t’avais mis un bout d’Éternité à l’intérieur de lui. Un cancer incurable avec une âme en diamant. C’est ton genre de truc, j’crois.  Il est mort le 20 mai, j’espère qu’il est pas trop loin de toi.

-Ça te ferait du bien de le savoir?

– Oui. C’est pour ça que tu ne me diras rien.

– Tu as peut-être appris une chose ou deux, au fond.

Ceci n’est pas un texte sur la mort

May 20, 2013   

Ça m’a sauté dessus un matin. Un jour tu es invincible, l’autre tu ne l’es plus.

Un jour tu ne mourras jamais, l’autre… bin si, comme tout le monde.

Un constat banal, d’accord.Pour vous, moi et les autres, c’est la fin du programme principal. À moins d’une avancée technologique majeure au cours des 50 prochaines.

Peut-être à cause de mes cheveux gris. Je suis une vieille âme, avant le temps. Ça ne vous fait peut-être pas peur.

Moi, ça me terrifie.

J’ai peur de mourir en réalisant que je suis passé à côté de ma vie, peur de mourir dans les souliers d’un autre que moi.

Peur de mourir sans avoir saisi l’essence de qui je suis, peur de mourir vide, seul et sans voie.

Je vous ai dit que ceci n’est pas un texte sur la mort. J’ai menti. Un peu.

Menti parce que je sais que personne n’aime lire sur la mort. Parce qu’elle vous terrifie autant que moi mais que vous préférez ne pas y penser. Vous travaillez douze heures par jour pour ne pas y penser. Vous vous entraînez douze fois par semaine pour ne pas y penser (et pour ne pas la voir). Vous migrez vers le sud douze fois par année pour ne pas y penser. Vous faites même des dépressions et des burn-out pour ne pas y penser.

Alors j’arrête d’en parler.

Bon, je vous mens encore un peu, c’est vrai.

Parce que si je veux écrire sur la vie, la vraie, je dois écrire sur la mort. Parce que je crois qu’il est difficile d’exister pleinement sans cette conscience aiguë, douloureuse et immuable que nous servirons tous de fertilisant pour les jonquilles à court/moyen/long terme.

J’écris sur la vie pour parvenir à saisir le jour, à le faire avec entrain et extase, à le faire avec un soupçon d’ironie et une parcelle d’espoir. J’écris sur la vie avec des attentes modestes mais des plans démesurés. J’écris sur la vie pour traverser le monde comme une goutte d’eau parcourt l’océan. J’écris sur la vie pour goûter à tout, oublier les limites et plaquer les interdits. J’écris sur la vie avec l’angoisse du temps, le désir d’être aimé et la terreur d’être oublié. J’écris du sens pour m’assurer d’en avoir. J’écris du beau pour remplir mon réservoir.

Ceci n’est pas un texte sur la mort. Je vous l’avais dit. Je vous ai menti un peu quand même, ne m’en voulez pas trop.

Soyez un peu indulgents avec ma petite goutte d’eau.

4 étapes faciles pour faire (et éventuellement réussir) quelque chose (n’importe quoi!)

May 17, 2013   

Vous voulez faire quelque chose, j’en suis certain.

Tout le monde veut faire quelque chose. N’importe quoi. Des petites et des grandes choses, des rêves fous et des moments remplis de rien.

Il y a toutefois de bonne chances que vous ne soyez pas en train de le faire. Pensez-y une seconde…

Voilà, j’avais raison.

Pour remédier à ce problème, j’ai mis sur pied un guide simple qui propose 4 étapes faciles pour faire quelque chose. Ça vous donnera peut-être un coup de main.

C’est parti.

1.Décider

Pour faire quelque chose, n’importe quoi, il faut décider de le faire. Ça semble simple, mais ce ne l’est pas tant que ça. Pour prendre réellement une décision, il faut avoir une intention. Comme nous sommes habitués de répondre à des commandes, d’obéir aux ordres ou de ne faire que le nécessaire, une grande part de nos actions sont dépourvues d’intention.

Décidez de faire quelque chose que personne ne vous demande de faire. Décidez de le faire parce que vous en avez envie. Décidez de le faire pour d’autres mais pas pour les autres. Décidez pourquoi vous allez le faire, découvrez l’intention derrière l’action avant même qu’elle ne se produise.

Simple, non?

Cochez l’étape 1.

2.Détruire les objections

Si vous n’êtes pas en train de le faire, il y a des raisons. Elles prennent probablement la forme de phrases bien ficelées et faciles à utiliser: “Je n’ai pas le temps”, “je ne suis pas bon là-dedans”, “je vais avoir l’air ridicule” ou “qu’est-ce que les gens vont penser?”.

Ne me dites pas le contraire, c’est bien ce que vous faites.

Ces phrases sont des peurs et des angoisses, elles sont nos limites et nos doutes qui se glissent dans un manteau de mots. Des mots toxiques. Des mots qui brûlent et qui piquent.

Écrivez-les quelque part. Oui, ce bout de papier convient parfaitement. Écrivez-les et prenez quelques minutes pour réfléchir. Vous verrez à quel point ces mots sont absurdes, au fond. Qu’ils viennent de vous ou de ceux qui vous entourent.

D’accord, ça ne fait pas moins peur parce que c’est écrit et que c’est absurde. Ça a au moins le mérite d’être clair. Si vous parvenez à mettre ces objections de côté, vous êtes prêt à passer à l’étape suivante.

Cochez l’étape 2.

3.Faites-le!

La partie simple, vous dites?

Faux.

Le faire implique d’échouer. Le faire implique de voir revenir en version tsunami toutes les phrases venimeuses remisées au placard. Le faire signifie de prendre le temps, de réaliser que c’est important, de ne pas passer tout de suite au prochain appel.

Pour le faire, il faut laisser le 21ème siècle derrière pour un instant ou deux. Parce que si c’est important, ça n’arrivera pas tout seul et ce ne sera probablement pas rapide. Ce sera peut-être même douloureux à l’occasion.

C’est ce qui fait que ça en aura valu la peine.

Alors ne généralisez pas, accordez-vous une chance. Vous n’êtes pas une personne sans valeur parce que vous n’avez pas réussi. Rien ne garantit que vous serez aussi mauvais la prochaine fois.

C’est même le contraire. Et c’est la beauté de la chose. Ça s’appelle s’améliorer, vous devriez essayer.

Le faire. Répéter. Le faire. Répéter. Le faire. Répéter. Si ça brûle un peu à l’intérieur, c’est bon signe, vous en faites pas.

Cochez l’étape 3, ça se passe plutôt bien!

Étape 4. Impliquez quelqu’un d’autre

Le faire, c’est bien. Mais le faire seul, ça peut être moche à la longue. Peut-être pas, remarquez. Question de perspective.

Ce qui est certain, c’est que ça a moins de portée. Si ce que vous faites vous apparaît suffisamment important, trouvez un moyen de le communiquer, de l’apprendre, de le partager à d’autres. Faites-en le véhicule de votre âme, le souffle de votre vent.

Faites-en votre goutte d’eau dans l’océan, qui répandra des ondes partout autour d’elle au moment de se mêler à l’infiniment grand.

Cochez l’étape 4.

4 étapes simples pour faire quelque chose qui compte. Tout de suite.

Allez.

 

 

Au sommet de ses rêves

May 16, 2013   

J’étais dans un autobus, au Costa Rica.

En pleine crise existentielle, ne me demandez pas pourquoi.

Il y avait quelque chose d’étranger dans ma façon de poser un pied devant l’autre. Quelqu’un d’inconnu vivait dans mes souliers, quelqu’un que j’avais l’impression de connaître un peu moins à chaque jour.

Alors, j’ai décidé de gravir le Kilimandjaro, j’ai décidé d’atteindre le sommet de la plus haute montagne d’Afrique. J’ai décidé de combattre le cancer – au figuré, nous amassons des fonds pour la Société canadienne du cancer – à 5895 mètres d’altitude. À ce moment précis.

Ne me demandez pas pourquoi non plus.

Près de deux ans plus tard, je ne sais pas si cet étranger qui vivait dans mes souliers s’y trouve toujours. C’est le premier grand mensonge de l’expérience. Petit, je pensais que j’en saurais davantage en vieillissant. Que les réponses l’emporteraient sur les questions.

Je n’ai jamais eu aussi tort.

J’ai plus de questions, d’incertitudes et de doutes aujourd’hui que jamais auparavant. Je visite des parties de moi-même et du monde qui m’étaient inconnues. Je m’émerveille devant les possibilités et soupire face à l’ampleur de la tâche.

Depuis deux ans, je m’évertue à gravir le Kilimandjaro en espérant que les pas que je pose devant moi sont les miens. Je cherche la lumière et j’essaie de suivre le vent. Uhuru Peak, c’est le Sommet de la Liberté. C’est la fin d’un cycle. C’est une goutte d’eau dans l’océan.

Ma goutte d’eau.