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Ceci n’est pas un texte sur la mort

May 20, 2013

Ça m’a sauté dessus un matin. Un jour tu es invincible, l’autre tu ne l’es plus.

Un jour tu ne mourras jamais, l’autre… bin si, comme tout le monde.

Un constat banal, d’accord.Pour vous, moi et les autres, c’est la fin du programme principal. À moins d’une avancée technologique majeure au cours des 50 prochaines.

Peut-être à cause de mes cheveux gris. Je suis une vieille âme, avant le temps. Ça ne vous fait peut-être pas peur.

Moi, ça me terrifie.

J’ai peur de mourir en réalisant que je suis passé à côté de ma vie, peur de mourir dans les souliers d’un autre que moi.

Peur de mourir sans avoir saisi l’essence de qui je suis, peur de mourir vide, seul et sans voie.

Je vous ai dit que ceci n’est pas un texte sur la mort. J’ai menti. Un peu.

Menti parce que je sais que personne n’aime lire sur la mort. Parce qu’elle vous terrifie autant que moi mais que vous préférez ne pas y penser. Vous travaillez douze heures par jour pour ne pas y penser. Vous vous entraînez douze fois par semaine pour ne pas y penser (et pour ne pas la voir). Vous migrez vers le sud douze fois par année pour ne pas y penser. Vous faites même des dépressions et des burn-out pour ne pas y penser.

Alors j’arrête d’en parler.

Bon, je vous mens encore un peu, c’est vrai.

Parce que si je veux écrire sur la vie, la vraie, je dois écrire sur la mort. Parce que je crois qu’il est difficile d’exister pleinement sans cette conscience aiguë, douloureuse et immuable que nous servirons tous de fertilisant pour les jonquilles à court/moyen/long terme.

J’écris sur la vie pour parvenir à saisir le jour, à le faire avec entrain et extase, à le faire avec un soupçon d’ironie et une parcelle d’espoir. J’écris sur la vie avec des attentes modestes mais des plans démesurés. J’écris sur la vie pour traverser le monde comme une goutte d’eau parcourt l’océan. J’écris sur la vie pour goûter à tout, oublier les limites et plaquer les interdits. J’écris sur la vie avec l’angoisse du temps, le désir d’être aimé et la terreur d’être oublié. J’écris du sens pour m’assurer d’en avoir. J’écris du beau pour remplir mon réservoir.

Ceci n’est pas un texte sur la mort. Je vous l’avais dit. Je vous ai menti un peu quand même, ne m’en voulez pas trop.

Soyez un peu indulgents avec ma petite goutte d’eau.

Qu'en pensez-vous?