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Il lit toujours mon blogue

May 24, 2013

Sur mon site précédent, j’ai amorcé un dialogue avec Lui. Je me suis dit qu’il devait se sentir un peu seul, dernièrement, alors je remets ça. Donnez-Lui le nom que vous voulez, ça n’a pas vraiment d’importance, même si 3000 ans d’Histoire nous disent le contraire.

 

– (LegrandV) Je suis là! Je suis de retour!

– (Lui) Tu étais parti?

– Bin…oui. Depuis pas loin de trois ans. T’avais pas remarqué?

– Tu sais, trois ans…

– C’est un peu comme une seconde, pour toi. D’accord, d’accord, j’ai compris. Je ne pèse pas très lourd dans l’Éternité, c’est ce que tu me dis?

– C’est ce que tu sembles avoir entendu.

– T’as pas vraiment changé, tu sais. Toujours incapable de répondre à une simple question. Demande-toi pas pourquoi c’est le bordel en bas.

– Le bordel?

– Bin oui, les trucs habituels. La guerre, la mort, la haine. Le ridicule, l’intolérable et l’insensé. T’es un peu difficile à suivre, tu sais.

– Tu sembles avoir oublié une chose ou deux, depuis trois ans.

– Non, j’ai rien oublié. J’ai juste de la misère à accepter.

– Tu peux être plus précis?

– Pas vraiment, mais je peux essayer. J’ai de la difficulté à accepter que t’as rien à voir dans tout ça. Que ce que l’on fait de beau et d’affreux ne concerne que nous. De la difficulté à accepter que l’on n’a jamais eu autant de moyens de se voir, de s’entendre et de s’aimer. De la difficulté à croire que malgré ça, on dirait qu’on ne s’est jamais moins vus, entendus, aimés. Comme si le progrès se payait notre tête en ton nom. Comme si on avançait à tâtons en essayant de te trouver un remplaçant.

– C’est une critique?

– Je sais pas. Des fois, j’aimerais juste ça avoir un peu plus de certitudes. Pas passer mon temps à me demander si ma direction est la bonne, si ce que je fais en vaut la peine. Y a des jours où j’aimerais ça te trouver.

– Et tu ne le fais pas…

– Non. Ce serait trop simple. J’ai besoin de me casser la tête, tu sais bien.

– Oui, je me souviens de ça.

– Forcément, c’était il y a une seconde.

– Oui et non…

– Tu m’énervessssssss!

– Je sais.

– Ça m’angoisse de te parler sans savoir si t’existes. Comment ils font, tous les autres?

– Je ne serais pas là si je le savais.

– T’as bien raison. Tu veux que je te dise, je t’ai trouvé cette semaine. Un petit morceau, en tout cas.

– Où ça?

– Sur YouTube.

– Oui, ça m’arrive d’aller y faire un tour.

– C’était l’histoire de Zach Sobiech. Il avait dix-sept ans, mais ça paraissait que t’avais mis un bout d’Éternité à l’intérieur de lui. Un cancer incurable avec une âme en diamant. C’est ton genre de truc, j’crois.  Il est mort le 20 mai, j’espère qu’il est pas trop loin de toi.

-Ça te ferait du bien de le savoir?

– Oui. C’est pour ça que tu ne me diras rien.

– Tu as peut-être appris une chose ou deux, au fond.

Qu'en pensez-vous?