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J’ai peur

July 23, 2013   

Dans moins de deux semaines, je m’envolerai pour l’Afrique. Je m’envolerai vers son plus haut sommet. Le Kilimandjaro culmine à 5895 mètres d’altitude à Uhuru Peak, le Sommet de la Liberté.

Je prépare ce voyage depuis deux ans. J’ai hâte. Terriblement hâte.

Mais,

J’ai peur. Terriblement peur.

Peur d’être incapable de dépasser mes limites, de ne pas être assez solide mentalement pour affronter la douleur, l’imprévu, l’inconfort, le danger et l’incertitude.

Peur que mon corps me laisse tomber et ne me permette pas d’accomplir mon rêve. Peur qu’une chose aussi futile qu’un groupe de muscles, d’os et de nerfs refuse de me porter sur toute la distance.

Peur de devoir accepter mes limites, d’être dans l’obligation de reconnaître que je ne suis ni grandiose, ni éternel, ni invincible.

Peur de ne pas parvenir à assumer un rôle de chef, de leader, de meneur et d’exemple.

Ce sont mes peurs d’avant, celles qui ne me mènent pas au sommet après deux années de préparation, d’activités de financement et de sacrifices. Celles qui cultivent les regrets et l’amertume.

Mais j’ai aussi peur du sommet.

Peur que 5895 mètres ne soient pas suffisants.

Peur de courir toute ma vie pour atteindre l’extase, la fierté et la plénitude, en vain.

Peur que chaque nouvelle entreprise, chaque nouveau rêve ne soit qu’une course vers moi-même qui ne m’y mène jamais vraiment.

Peur d’atteindre le sommet pour les autres plutôt que pour moi-même, pour les photos sur Facebook plutôt que celles dans mon salon.

Peur d’être incapable de vivre les moments qui méritent de l’être avec les gens qui sont importants pour moi.

Ce sont mes peurs de réussite et de succès, celles qui jalonnent mes nuits de doute et d’angoisse.

Mais j’ai aussi peur du retour.

Peur que la vie de tous les jours perde de son éclat, que le prochain sommet soit trop éloigné pour me mettre en mouvement.

Peur de ce qu’on dira de moi si je ne réussis pas.

Peur de regretter toute ma vie de ne pas avoir atteint le Sommet de la Liberté.

Ce sont mes peurs du quotidien, de l’ordinaire et du banal. Mes peurs du regard extérieur qui façonnent celui que j’ai envie d’être.

J’aimerais terminer ce texte avec une morale salvatrice, un bouclier contre la peur, une carapace à l’épreuve du doute.

Je n’ai rien de tout cela. Je fais face à mes peurs comme on fait face au vent.

Le 3 août, j’aurai l’air solide comme le roc.

Je serai terrifié.