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Journal d’un psy, chapitre 2 – Je vois des processus partout!

March 18, 2014   

À l’instar de Haley Joel Osment, qui voyait des gens morts partout dans le Sixième Sens, et bin moi…

Je vois des processus partout!

Processus, c’est un mot à la mode, chez les psys. C’est souvent une sorte de fourre-tout dans lequel nous plaçons tout ce que nous ne comprenons pas vraiment.

C’est-à-dire, pas mal de choses.

J’essaie de vous expliquer, mais ce n’est pas facile. Un peu comme vous détailler des fantômes que je suis le seul à voir.

Des plans pour qu’on m’interne.

Le processus, c’est ce qui se passe en filigrane de l’action et des mots. C’est ce qu’on ne peut pas voir ou nommer du premier coup d’oeil, c’est ce qui émerge lorsqu’on s’éloigne des conventions sociales et c’est souvent ce qui provoque le malaise sans que l’on sache vraiment pourquoi. En psychologie, on distingue souvent le processus du contenu.

Exemple 1.

Tu viens de dire à ta blonde que tu vas aller voir le match de hockey avec les boys. Tu lui demandes si c’est correct. Elle te répond: “Oui oui, pas de problème”.

Contenu: “Oui oui, pas de problème”.

Sur le chemin du match, tu te sens vaguement mal à l’aise. Tu penses à ses sourcils froncés, au long soupir qui a précédé ton départ et à sa position foetus renfrogné enroulé dans une couverture au moment où tu l’as embrassée avant de sortir.

Processus. “J’aurais préféré que tu restes avec moi”.

Plutôt simple, jusqu’à maintenant. Le processus serait une simple distinction entre les mots et le fameux non-verbal-que-c’est-tellement-important dont nous parlent tous les pop-psys de la planète.

Amen.

Mais c’est plus que ça.

Exemple 2.

Dans une réunion de travail, les employés sont invités à exprimer leur opinion à propos d’un problème. Disons, à propos de l’horaire. Alors voilà, émission d’opinions, mains levées, échanges de points de vue.

Contenu: Discutons de l’horaire de travail

Et soudainement, tu te sens mal. Tu ne sais pas pourquoi. Tu as des sueurs froides, tu ris nerveusement, tu fais une blague pour diminuer la tension. Quelqu’un fait dévier le sujet. Quelqu’un d’autre exprime son incompréhension ou son insatisfaction. Et tout le monde a l’air de retraiter dans son coin.

Processus: Il y a quelque chose qui cloche. La situation fondamentale et les émotions associées ne sont pas nommées. Les employés sont en colère ou en détresse et personne ne le dit. Un tremblement de terre est en train de se produire, mais nous ignorons les vases qui se fracassent au sol et les maisons qui s’effondrent autour de nous.

Nous préférons passer le malaise sous silence et nous enfuir vers la sécurité.

Un grand classique de l’Humanité.

À mon grand désespoir, je vois des processus partout. Avec des amis et des inconnus. Sur l’heure du lunch et dans la file d’attente. Je fais de moins en moins attention au contenu, à l’action et aux mots. J’observe ce qui se passe dans les coulisses de nos esprits et de nos coeurs. Parfois je ris, souvent je pleure.

Ça fait de moi un public attentif mais un peu détaché. J’oublie de répondre aux questions, je me retire et j’observe. J’aime encore être au milieu de l’action, mais c’est de moins en moins une nécessité.

Et parfois, juste de temps en temps, je parle de ce que je sens bouillir par en-dessous. Je vais à la pêche au non-dit. Je nomme le processus.

Oh. Shit.

Malaise assuré. Essayez pour voir. Une bombe au napalm sociale.

Sauf que c’est un pas vers la vérité et l’authenticité. C’est une mise à nu et un coup de fragilité, mais c’est tellement plus beau et utile que les réactions robotiques dans lesquelles nous nous empêtrons sans cesse.

Il suffit d’apprendre à dire. Et pour ça, je vous le jure, il faut d’abord apprendre à écouter.

Gros programme. Je m’y mets tout de suite.

On se voit au chapitre 3.

 

Journal d’un psy, chapitre 1 – Je ne suis pas si bon que ça, finalement.

March 4, 2014   

Je n’ai pas écrit depuis longtemps.

Je suis occupé à devenir un psy.

Ça fait longtemps que je suis occupé à devenir un psy.

Et là, ça achève. Enfin, je crois.

Je vous écrit parce que devenir un psy, ça revire plein de choses à l’intérieur. Parce que je me fais des commentaires à moi-même sans arrêt et qu’aujourd’hui c’est à vous que j’ai envie de les faire.

Qui que vous soyez.

Alors – spoiler alert – je vais parler de moi. Je n’aime pas beaucoup ça, mais je n’ai pas le choix. Vous savez quoi faire si ça ne vous plaît pas.

Voici donc le  journal d’un psy, avec sa première réflexion à propos de ce drôle de métier.

 

#1 Je ne suis pas si bon que ça, finalement.

J’ai travaillé sur moi. J’ai essayé, en tout cas. J’ai passé pas mal de temps à gratter là où ça fait mal et à m’assaisonner les enjeux personnels avec du gros sel et du jus de citron.

On dit que c’est essentiel pour ce job.

Les résultats sont mitigés.

Je crois que je suis plus près de qui je suis vraiment. C’est déjà ça de gagné.

J’ai arrêté de m’inventer des histoires (je m’en raconte encore, vous en faites pas), je suis plus près de mes sentiments (tant que je n’ai pas l’air trop faible) et j’essaie de m’en tenir à l’essentiel (avec une nouvelle machine à café, quand même). Vous voyez, j’ai progressé.

Mais là où j’étais convaincu que j’étais bon, grand et fort (on appelle ça des défenses narcissiques, c’est plus cool), je suis maintenant obligé de voir la réalité en face.

Hey, je ne suis pas si bon que ça, finalement.

Dans plein de choses différentes, je ne suis pas si bon que ça. Je suis même très ordinaire.

Je ne suis pas si bon que ça en psychologie. Je ne suis pas si bon que ça en relations interpersonnelles, je ne suis pas si bon que ça dans les sports, je ne suis pas si bon que ça en auto-discipline, en amour et en amitié.

Je l’assume. Mais ça fait encore mal, à trois heures du matin.

Je n’ai pas dit que j’étais mauvais. Ce que je fais n’a rien à voir avec le coup de marteau sur la tête. Des forces, j’en ai, ne vous inquiétez pas pour moi.

Je ne me troudecuse pas.

Mais je constate qu’à un paquet d’endroits, dans un paquet de domaines où je devais jadis me comparer avantageusement aux autres pour maintenir mon ego…

Eh bin, je ne peux plus le faire.

Parce que je sais que ce serait de la frime. Du vent. Un écran de fumée.

Merci, connaissance de Soi!

Mon ego est un peu flétri, bien sûr, mais il me remercie chaque jour de ne pas lui infliger cette chirurgie plastique psychique qui ne rime à rien d’autre qu’avec la peur de me montrer tel que je suis.

Je ne suis pas si bon que ça, et c’est plutôt agréable.

Vous devriez essayer.