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Je n’ai pas voté

April 9, 2014   

Je n’ai pas voté.

Et je l’assume. Je suis même convaincu d’avoir raison de ne pas l’avoir fait.

Je vous entends rugir d’ici.

Vous rugissez la même chose chaque fois que je le dis, c’est pour ça que je ne le dis pas trop fort, d’habitude.

Mais pas cette fois.

Vous me rugissez que le vote est un devoir citoyen et que c’est le pouvoir que nous avons sur la démocratie.

Je crois que vous vous racontez des histoires.

Je crois que rien n’a changé, hier. Que les façades de marbre sont différentes, mais que les véritables maîtres du temple demeurent.

Ceux qui avaient du cash hier en ont encore aujourd’hui, et ils se réjouissent de nous voir nous complaire dans une illusion de contrôle. Ils se frottent les mains derrière un écran de fumée.

Vous me rugissez aussi que certains pays du monde n’ont pas ce droit et que beaucoup de gens sont morts au cours de l’Histoire pour que nous puissions nous exprimer.

Je crois que vous avez raison en partie mais que, là encore, vous vous racontez des histoires.

Je crois que la démocratie meurt chaque jour. Elle meurt chaque fois que nous acceptons que des étrangers entrent dans notre maison, notre écran ou notre compte en banque et nous disent ce que nous devons acheter, aimer ou croire. Aller voter ou non n’a rien à voir dans cette mort, arrêtez de me raconter le contraire.

Alors, je n’ai pas voté.

Et je l’assume.

Je préfère poser des gestes politiques.

Chaque jour.

Je crois que les menaces réelles à la démocratie et à la justice sont l’indifférence et l’argent.

Nous sommes indifférents les uns aux autres. We don’t care. Nous sommes prisonniers de nos solitudes. Nous nous laissons mener par des impératifs invisibles et nous diluons nos valeurs dans un rythme de vie qui n’a rien à voir avec notre nature profonde.

Ne nous étonnons pas que la politique reflète cette dérive.

Je crois que je pose un geste politique chaque fois que je salue un inconnu dans la rue, que je choisis de mettre des heures dans un gymnase avec des adolescents plutôt que dans n’importe quel endroit qui me rapporterait davantage d’argent. Je crois que mon métier de psychologue est profondément politique dans son idéologie et ses valeurs.

Je crois que je pose un geste politique chaque fois que je me préoccupe davantage des gens que du cash, chaque fois que je combats l’indifférence au nom de l’être humain.

Je n’ai pas voté. Je ne voterai pas tant que je ne serai pas certain que mon vote sera pris en compte et pourra refléter mes valeurs, peu importe le gagnant. Je peux vous jurer que, le jour où le scrutin proportionnel sera mis en vigueur au Québec, je voterai.

D’ici là, je m’abstiens. L’absurdité abyssale de cette campagne électorale me confirme que j’ai raison de le faire.

Vous m’aimez quand même, je le sais.