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Les sacs d’épicerie

May 11, 2014

C’est la fête des Mères.

Ma maman est en voyage. Elle réalise un rêve.

Je lui souhaite bonne fête des Mères en espérant qu’elle ait 1000 choses plus intéressantes à faire que de recevoir ce souhait.

Je sais que c’est le cas, alors c’est à vous que je vais parler, à la place.

Que vous soyez des mamans ou non.

J’ai fait mon épicerie cette semaine.

Je sais, vous ne voyez pas le rapport. Un peu de patience.

J’ai fait mon épicerie pour trois semaines. Je fais toujours ça.

Je me dis: “Bon, une petite visite au supermarché, pour quelques jours seulement”.

Je ressors avec une cargaison alimentaire digne d’une famille de huit.

Je vis seul. Ça manque de logique, vous avez raison. Mais les steaks étaient en spécial.

Le stationnement de mon appartement est à environ 100 mètres de mon bloc.

Je vis au troisième étage.

J’ai trois portes à ouvrir jusqu’à destination.

Mes sacs  font concurrence à mon propre poids et réquisitionnent chacun de mes membres.

Bref, le retour de l’épicerie, pour moi, c’est un parcours du combattant.

Étrangement, c’est le moment de ma vie où je me sens le plus seul.

Je dois me contorsionner pour attraper chacun de mes sacs, prendre mes clés dans ma bouche, élaborer de nouvelles techniques de gestion de la marchandise.

Deux voyages? Pas question. Je suis un mâle, un vrai. Je vais me débrouiller.

La vérité, c’est qu’il n’y a personne pour m’aider, et ça me fait de la peine. Je me sens seul.

C’est là qu’elle intervient, ma maman. Même à l’autre bout du monde.

Je ne suis jamais vraiment seul.

Je sais qu’elle se précipiterait pour m’aider si elle était là. Comme tant de mamans attentionnées, douces et remplies d’un amour inconditionnel pour leur enfant.

Je sais qu’elle sera toujours dans un coin de ma tête et de mon coeur pour prendre quelques-uns de mes sacs d’épicerie quand j’en aurai besoin.

Mon fardeau alimentaire s’allège, quand j’y pense.

Pourtant, je crois que ce n’est pas son plus grand exploit.

Je suis convaincu que ma maman savait que j’aurais à porter mes sacs d’épicerie seul, un jour.

Qu’elle a eu le courage de ne pas me protéger en tout temps. De me laisser avoir mal, avoir de la peine et avoir peur.

Pas super mal, super triste ou super peur. Juste assez. En se tenant pas loin, comme un phare, comme un repère.

En me faisant assez confiance pour me laisser me casser la gueule, des fois.

En me laissant porter mes sacs d’épicerie sans les prendre à ma place, des fois.

Quel incroyable cadeau.

 

Je vais tout de même terminer en lui parlant à elle, si vous le permettez.

“Mom, j’espère que tu as les pieds dans l’eau.

Que tu profites des moments comme toi seule sait le faire.

Je sais que tu vas pleurer quand tu vas lire ce texte.

Je te connais. Je sais même que tu vas aimer ça, pleurer en lisant ce que je t’écris.

J’aurais pu t’écrire juste à toi, mais t’es au courant, des fois j’aime ça quand les autres savent comment je me sens.

Alors j’avais envie de le dire à plein de gens aujourd’hui.

De leur dire quelle maman extraordinaire tu es.

De leur dire à quel point je suis chanceux d’être ton fils.

De te dire que mes sacs d’épicerie, je les porte un peu seul, un peu avec toi.

Et que pour ça, je ne te remercierai jamais assez.

Je t’aime.”

Fils xxx

 

2 Comments
Julie
May 21, 2014 at 9:17 pm

Je suis une maman de 3 fils adolescents… Je suis émue aux larmes de lire ton texte; ça me touche en plein cœur. J’en suis là, à vraiment les laisser faire leurs choses, se planter entre autres…; c’est difficile, mais tes propos me disent que c’est nécessaire. Merci!

    victor_morasse@hotmail.com
    May 22, 2014 at 12:35 pm

    Merci pour ton commentaire, je suis content que ça puisse avoir du sens pour d’autres mamans que la mienne!

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