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À propos de la fierté (lettre à mon doctorat)

June 28, 2014

Salut doctorat,

Je pense que c’est important que je t’écrive aujourd’hui.

Parce que c’était la dernière journée de mon internat, alors j’en ai pas mal fini avec toi.

 

Ça fait un bout de temps qu’on se connaît, toi et moi.

Avant même qu’on soit officiellement en relation, j’ai pensé à toi longtemps.

J’ai essayé d’accumuler des ostis de A+ pour te séduire.

Pendant beaucoup trop longtemps.

Parce que je croyais que j’avais besoin de toi pour faire ce que j’aime dans la vie.

C’était vrai et pas vrai en même temps, mais ce serait un peu long de t’expliquer pourquoi.

De toute façon, c’est pas de ça dont je veux te parler.

Je veux juste te dire, doctorat, que j’ai écrit un texte sur la honte il y a quelques semaines.

Et que j’y parlais de toi par la bande. Un peu.

Pas mal.

Parce que je pense que, de bien des manières, t’es une sorte de machine à honte.

C’est tellement facile à produire, c’est du cheap labor émotif. T’as aucun mérite.

Mais c’est pas de ça non plus dont je veux te parler, doctorat.

Je veux te parler de la fierté, qui est le seul remède contre la honte.

Et qu’on met aux vidanges tellement souvent.

On met la fierté aux vidanges parce qu’on imagine que c’est de la vantardise, de la condescendance ou du narcissisme.

On intimide la fierté comme on intimide un kid trop petit, trop bon en maths et/ou trop roux à l’école.

On la ridiculise en se disant qu’elle ne mérite pas sa place au panthéon des sentiments.

On met aussi la fierté aux vidanges pour se montrer, se faire shiner dans tous les moments insignifiants de notre existence.

Pour se mettre en scène et prouver à l’univers que notre vie vaut la peine d’être vécue.

La fierté, doctorat, elle n’a souvent rien à voir avec ton profil Facebook.

Un peu, des fois, mais pas tant que ça.

La fierté n’est pas une image, une glorification ou une opération de marketing.

C’est plutôt un partage, un chemin à parcourir et un état d’âme.

La fierté part de ce que l’on fait pour se transformer en ce que l’on est.

Doctorat, je pense que c’est ça qui est arrivé depuis que je te connais.

Ce que j’ai fait s’est transformé en ce que je suis, et je suis pas mal fier de ça.

J’ai le droit, ok?

Alors maintenant que je t’ai terminé, je veux prendre quelques lignes de mon blog pour la partager, ma fierté.

Ça aussi, j’ai le droit.

Depuis 4 ans, je te côtoie chaque jour sans trop m’en rendre compte.

Je me suis séparé et j’ai vécu à quatre endroits différents pendant notre relation, doctorat.

J’ai passé à travers chacun de mes stages en essayant d’être le plus près possible de moi-même et en faisant tout ce que je pouvais pour m’améliorer.

Je suis devenu entraîneur de Basketball juvénile division 1.

J’ai publié un roman.

J’ai atteint le sommet du Kilimandjaro pour la Société canadienne du cancer.

Tout ça en complétant un doctorat en psychologie.

J’ai bin peur de péter de la broue en te disant ça, doctorat.

Parce que la fierté fait peur, autant que la honte.

Mais je le dis quand même, parce que je crois que c’est la seule façon de la combattre, justement, la honte.

Et que c’est en la combattant qu’on accomplit des choses qui ont vraiment de la valeur.

Alors ce soir, je te remercie de m’avoir fait autant suer, de m’avoir endetté, de m’avoir réveillé la nuit, de m’avoir fait croire que je ne viendrais jamais à bout de toi.

Parce que je suis là, aujourd’hui. Je suis assez. J’ai terminé.

Et je suis fier de moi.

 

 

 

 

 

 

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