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Je vais parler de TDAH et vous n’aimerez pas ça

October 22, 2014   

Octobre, paraît-il, est le mois de la sensibilisation au TDAH (trouble du déficit de l’attention avec/sans hyperactivité), alors j’ai décidé d’en parler un peu.

Mais vous n’aimerez pas ça, parce que je ne dirai pas ce que vous entendez partout à la télé, dans les journaux, sur internet et dans le bureau du médecin.

Je préférais vous avertir, au cas.

 

Vous entendez que vous avez un TDAH. Navré de vous décevoir.

Le TDAH, c’est quelque chose que l’on fait. Pas quelque chose que l’on a.

J’ai un TDAH parce que je suis constamment distrait, j’ai de la difficulté à me concentrer et j’oublie souvent mes clés dans l’auto.

Je suis constamment distrait, j’ai de la difficulté à me concentrer et j’oublie souvent mes clés dans l’auto parce que j’ai un TDAH.

C’est un raisonnement circulaire, comme un chien qui court après sa queue.

La seule preuve qui existe de ce que vous “avez”, c’est une liste de symptômes qui correspondent à ce que nous décidons, en tant que société, de définir comme un déficit de l’attention.

Mais pour vous convaincre que c’est vraiment quelque chose que vous “avez”, on vous dira que c’est un trouble neurobiologique.

Ça, c’est toujours gagnant, parce que ça sonne médical et scientifique.

Alors, demandez à votre médecin de vous fournir un “scan” de votre cerveau qui localiserait le TDAH, qui vous permettrait de voir comment le vôtre fonctionne différemment de celui des autres êtres humains.

Demandez-lui un test de sang, un test d’urine, une biopsie, un échantillon de neurones.

Demandez-lui ce que vous voulez, mais il sera toujours forcé de se référer à des observations externes de vos capacités et de vos comportements pour réaliser son diagnostic.

Ça restera toujours quelque chose que vous faites.

Pas quelque chose que vous avez.

 

DING!

C’est le moment où j’ai l’air d’un monstre sans compassion.

Tout le marketing est fait pour ça. Pour que les gens qui essaient de vous dire que vous n’êtes pas malade aient l’air d’une gang de théoriciens du complot.

Tant pis, je poursuis quand même.

 

Je crois que certaines personnes vivent difficilement avec des difficultés d’attention et de concentration.

Qu’elles perçoivent et comprennent le monde d’une manière différente de ceux qui ne vivent pas ces difficultés.

Qu’il existe des moyens pour les guider et les outiller.

Que leur condition ne doit jamais être minimisée ou ridiculisée.

Je ne crois pas qu’elles sont malades, ni même qu’elles “ont” un trouble quelconque.

Mais que ça ne signifie pas qu’on ne peut pas les aider.

 

Je crois que, dans un remarquable effort de publicité, l’on tente en ce moment même d’élargir le plus possible la clientèle de ce “trouble”.

Que les enfants sont diagnostiqués plus souvent et plus jeunes.

Que les adultes découvrent soudainement qu’ils “ont” probablement un TDAH depuis toujours.

Que la liste des symptômes est si vague et générale que n’importe qui peut s’y identifier.

Que les gens qui gèrent les cordons de la bourse pharmaceutique se frottent les mains devant ces nouvelles opportunités d’affaire.

 

Je crois que notre système d’éducation est brisé.

Qu’il glorifie certaines habiletés en négligeant toutes les autres.

Qu’il n’accepte que la conformité, la standardisation et le talent “académique” en négligeant la créativité et la pensée divergente.

Que l’on fait porter le chapeau de cet échec éducationnel aux étudiants qui n’entrent pas dans le moule, qui pensent différemment.

Qu’à cause de cela, des milliers de personnes croient à tort qu’elles ne sont pas intelligentes et même qu’elles sont malades ou troublées.

 

Enfin, je crois que notre façon d’aborder ce qu’on appelle le TDAH est fondamentalement erronée.

Qu’une fois de plus, des questions de société sont évacuées sous la forme de symptômes à traiter au plus vite.

Que des intérêts financiers l’emportent sur le bien-être des humains.

Que la définition de ce qui est “normal” s’amincit chaque jour au profit de ce qui est un problème médical que l’on doit traiter.

Que nous nous mettons la tête dans le sable sans même le savoir.

Que l’on manipule les mots, les idées et les gens pour faire passer la pilule.

Que c’est une forme de crime qui demeurera fort probablement impuni.

 

Je m’arrête ici. J’en aurais encore long à dire, mais ce sera pour un autre jour.

Je vous avais dit que vous n’aimeriez pas ça.