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Les dangers de la perfection (et un remède efficace)

November 27, 2014

J’ai envie de parler de cette jeune médecin qui s’est suicidée.

J’ai envie de parler des dangers de la perfection et de l’hypocrisie d’un système qui n’acceptera jamais la fragilité.

J’ai envie de parler de tous les articles qui dénonceront la détresse naufragée de ces humains isolés avant que tout ne recommence de la même façon, la semaine suivante.

J’ai envie de vous dire que ça n’existe pas qu’en médecine.

 

La perfection est dangereuse parce qu’elle isole.

Parce que la force, la connaissance et la maîtrise de soi sont souvent des remparts contre les humains que nous sommes tous, au fond.

Parce que la perfection nous demande de cesser de partager ce que nous avons de petit, de sensible et de vulnérable.

Parce que chaque craque dans ce masque devient un terreau fertile pour la honte, la peur et la rage.

Et que ces émotions sont à la racine même de l’anxiété, des idées noires et des sentiments dépressifs.

 

Notre système d’éducation et de travail nous demande d’être parfaits et performants.

De ne pas nous plaindre.

De réussir l’examen.

D’avoir la bonne réponse.

De remplir les objectifs.

D’avoir du succès.

De décrocher le diplôme.

D’être l’employé du mois.

Et de recommencer.

Encore et encore.

 

On nous dit que “c’est ça, la vraie vie”.

Get used to it.

Je ne suis pas d’accord.

Je crois que toute cette organisation de la pensée, que toute cette conception de la réussite est une farce monumentale.

Que bien trop souvent, réussir dans la vie signifie qu’on ne parvient pas à réussir sa vie.

Que chaque fois que l’on nous demande d’être parfaits et performants, on s’adresse au masque, à la ligne de défense, à l’armure polie que nous mettons trop de temps à construire.

La perfection est l’ennemie #1 des relations humaines. Comment peut-on partager la peine, la fragilité et la peur d’une personne qui semble invincible?

Comment peut-on s’identifier à elle autrement que par une admiration gonflée aux stéroïdes, le mirage flamboyant de ce que nous ne serons jamais?

 

Les médecins et tous les autres parfaits en construction vivent une pression gigantesque à cause de ce qu’ils n’apprennent jamais à dire.

On leur apprend à répéter je sais, je peux et je comprends.

Personne ne leur apprend des termes comme je ne sais pas, j’ai peur et je suis désolé.

Ils n’ont pas droit à ces mots.

Cette intolérance totale à l’échec et à la fragilité est justement l’échec le plus complet et le plus inhumain de l’éducation moderne, peu importe le domaine.

 

Le titre de ce texte promettait un remède efficace.

Il n’est pas parfait, mais c’est ce qui le rend si beau.

La seule solution aux terribles dangers de la perfection est d’accepter la fissure dans l’armure au lieu de la redouter.

De le faire pour soi et d’accepter que l’on fasse de même autour de nous.

De se montrer sous un jour nouveau, un jour honnête, un jour craquelé et imparfait.

De modifier, juste un peu, les fondations d’un monde qui ne convient pas aux humains que nous sommes.

De créer des liens véritables avec des gens importants pour éviter de se perdre dans les exigences surnaturelles de l’expert, du connaissant, du super-héros.

Ça s’appelle de l’empathie. La capacité d’écouter ce qu’une personne a de fragile et d’imparfait et de dire:

Well, je suis passé par là moi aussi. Ça doit être tough.

Je sais que ça semble difficile, même improbable, mais entre vous et moi…

 

Nous n’avons pas le choix.

 

Voici donc en bonus 5 propositions pour laisser craqueler doucement l’armure sans que ça fasse (trop) mal:

#1 Demandez à une personne en qui vous avez confiance ce qu’elle pense de vous et, si elle veut bien, faites la même chose avec elle ensuite.

#2 Discutez avec un inconnu et posez-lui une question sur sa vie. Poursuivez la conversation.

#3 Fabriquez vos cadeaux de Noël au lieu de les acheter.

#4 Serrez les gens dans vos bras au lieu de leur serrer la main.

#5 Avouez que vous ne savez pas quelque chose que vous devriez savoir et demandez l’aide de quelqu’un pour découvrir la réponse.

 

Et parlez de votre envie de mourir, si jamais elle apparaît. Parce que parler de mourir, c’est déjà vouloir vivre.

Toutes mes empathies à la famille de cette belle Émilie.

Je vous souhaite courage et fragilité, ensemble.

 

 

 

 

 

 

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