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Journal d’un psy, chapitre 4 – Quatre choses précieuses et un mensonge sans valeur

February 9, 2015   

Je peux le dire, maintenant.

Je suis un psy. Un psychologue.

Finis les enfin, presque.

C’est le métier que j’ai toujours voulu faire.

Et il me rend foutument heureux.

Parfois triste, aussi.

Même que des fois, je suis heureux d’être triste.

C’est un peu compliqué, mais ce n’est pas de ça dont je veux vous parler.

Je voudrais vous parler de ce qui est précieux.

De ce que je découvre en entrant dans la vie des gens.

En essayant de reconstruire avec eux des p’tits bouts de ce qui a été brisé.

Et pour conserver votre attention, je révèle un mensonge, à la fin.

Comme un punch de série télé, promis.

 

#1 Le temps

Le temps est précieux parce qu’il n’existe pas. Parce qu’il est une conception de nos esprits si désireux de tout compartimenter.

Il est précieux parce qu’il est sujet à des interprétations sans fin et qu’il se plie aux goûts du jour.

On appelle ça l’ère du temps.

Parce qu’entre l’avoir et le prendre il y a tout un univers d’impuissance et d’angoisse.

Il y a l’impression cinglante que le temps court et s’envole sans que l’on puisse le retenir.

Et la sensation terrible, un jour, de simplement l’avoir perdu.

Alors prenez le temps, je vous en prie.

Ne trouvez pas d’excuse.

Aucune n’est valable.

 

#2 La responsabilité personnelle

Si précieuse et si rare.

Puisque nous sommes tellement rapides à remettre la responsabilité sur le voisin, le parent, le travail ou le temps qui manque, justement.

Ça fait moins mal de se dire que c’est la faute de l’autre.

Moins mal de se comparer, de se déculpabiliser, de se dire que l’on n’y peut rien, de toute façon.

Moins mal de croire que la vie nous malmène et que nous sommes les victimes d’un système brisé.

La responsabilité personnelle est précieuse parce qu’elle offre le pouvoir et le contrôle, la capacité de changer les choses.

Mais elle fait peur, en même temps, puisqu’elle nous rend seuls responsables de notre vie, de nos succès et de nos échecs.

Elle tue la fatalité comme une liberté vertigineuse et redoutable.

Je ne la vois pas souvent, ni dans mon métier ni dans ma vie de tous les jours.

Je soupçonne que ça a un rapport avec tout ce qui roule carré, tout ce qui ne fait pas de sens et tout ce qui me décourage de l’humain.

Mais j’ignore s’il s’agit de la cause ou de la conséquence.

 

#3 Purpose

Je ne trouve pas d’équivalent en français. Google traduction me dit qu’il s’agit d’un “but”, mais je  trouve que c’est incomplet.

Je pourrais aussi dire “raison de vivre”, mais ce serait encore un peu à côté.

Disons que dans ce mot, il y a les deux à la fois.

Une raison d’être là, dans le moment présent, qui fait que ça en vaille la peine. Qui fait que ça vibre.

Mais aussi une direction à emprunter, un chemin à suivre. Une vision. Une étoile filante.

C’est précieux parce que les gens qui l’ont perdu, ce “purpose”, on le sent tout de suite.

Ils sont là, ils passent à travers les images des jours.

Ils existent.

Sans plus.

J’essaie de les aider à le (re)trouver, ce “purpose”.

Ce n’est pas facile, parce qu’il y a des jours où je ne suis pas certain d’avoir le mien.

Paraît que c’est la vie.

 

#4 La vie

Justement, c’est ma dernière chose précieuse.

J’ai peur d’être un peu cheesy, de frôler le quétaine en vous disant ça.

Mais criss que c’est précieux, la vie.

Et nous sommes tous un peu cons, parce que ça prend souvent un pas pire signal d’alarme pour réaliser à quel point elle l’est.

Une crise cardiaque.

Une maladie.

Un accident qui te fait frôler la mort mais ne s’attaque qu’à la ferraille, finalement.

Et soudain les jours prennent une consistance différente.

Comme un cadeau, comme une bénédiction.

Et apparaît l’urgence de faire ou de dire quelque chose d’important, d’être qui l’on est, de faire ce que l’on veut.

De carpe diem, esti.

 

Un mensonge sans valeur

Je vous avais promis un punch de série télé.

Parce qu’on aime les punchs et les mensonges, surtout quand les deux viennent ensemble.

Surtout les mensonges de psy.

Mon mensonge de psy, j’essaie de m’en dépêtrer le plus souvent possible.

Mais ça n’a rien de facile parce que ça me fait sentir comme un imposteur.

Le mensonge, c’est que je sais ce que je fais.

La vérité, c’est que souvent, je n’en ai pas la moindre idée.

Je navigue entre les pensées, les émotions, les rires et les drames.

Ceux des humains qui viennent me rencontrer.

Et les miens.

Et j’essaie de tracer un chemin avec eux, de prendre soin, d’écrire une histoire ou de la raconter différemment.

De créer un lien. It’s the relationship that heals, j’ai lu ça quelque part et j’ai trouvé ça important.

Je ne fais pas n’importe quoi, loin de là.

En tout cas, je pense.

Mais je n’ai rien d’un docteur de l’âme.

Qui je suis est beaucoup plus important que ce que je fais, j’en suis convaincu.

Ça me ramène à ce qui est précieux, dont je vous parlais plus tôt.

Et à ce métier qui me rend foutument heureux et triste à la fois.

Parce que réussir à réparer un p’tit bout de ce qui est brisé dans les humains que nous sommes tous,

C’est beau. Pis j’aime ça pour toujours.