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À propos de l’échec

June 15, 2015   

Samedi, j’avais une audition.

Une audition pour une conférence, je précise.

Trois minutes pour me faire valoir.

C’était très important pour moi, une occasion unique à saisir.

Je me suis préparé du mieux que j’ai pu.

Révisé chaque phrase dans ma tête au moins deux cent fois.

Raffiné chaque aspect de ces trois minutes au meilleur de mes capacités.

Samedi matin, je me suis réveillé tôt.

Une dernière répétition.

Parfait. J’étais prêt.

Une heure et demie de route.

Je suis entré dans la salle.

J’ai commencé ma présentation.

Et je me suis planté.

Complètement.

J’ai oublié mon texte. Deux fois. J’ai figé et baissé les yeux, rempli d’une honte presque palpable au toucher.

Et, les trois minutes fatidiques continuant à défiler à une vitesse folle, l’une des personnes devant moi est gentiment venue à ma rescousse en me posant quelques questions.

Une autre m’a apporté une chaise pour ensuite s’asseoir au sol près de moi en signe de support.

Je me suis assis, complètement sonné. J’ai répondu aux questions.

La tête vide et pleine à la fois. Étrange sensation.

Ils étaient si gentils, si remplis de compassion, chacun d’eux.

Ça me réchauffait et me mettait en criss en même temps et je ne comprenais pas pourquoi.

On m’a demandé si j’avais des questions.

J’ai répondu que non. Je devais sortir au plus vite, shame on me.

Juste avant que je déguerpisse, on m’a dit de cocher ce moment comme une réussite.

Je ne l’ai pas fait.

Je l’ai coché comme un échec.

 

48 heures plus tard, je n’ai pas changé d’avis.

Je ne crois pas que les émotions de tristesse, de colère et de honte associées à l’échec devraient être balayées du revers de la main.

Je crois qu’elles devraient être pleinement vécues.

Que ces moments où l’on tente de réussir quelque chose sans y parvenir devraient être appelés par leur nom.

Epic. Fail.

Si c’était important au départ, pourquoi minimiser l’ampleur du cassage de gueule une fois qu’il est survenu?

Je me sens tout croche depuis deux jours et c’est correct comme ça.

Pendant 10 minutes, j’ai été fragile et petit, j’ai baissé mes défenses, j’ai arrêté d’être parfait.

10 longues minutes.

C’est le prix à payer quand je prends un billet aller-simple en-dehors de ma zone de confort.

Souvent, ça marche. C’est vraiment l’fun, ça me rend fier.

Des fois, ça marche pas. Je suis pas spécial, finalement.

C’est un feeling épouvantable.

Mais je n’ai pas envie de le chasser.

Je veux que ça brûle.

 

Ça sonne un peu masochiste.

Well, je crois que ça l’est.

Mais ça sert à quelque chose.

Ça sert à prendre le temps de faire la différence entre subir un échec et être un échec.

C’est vraiment important.

J’ai de la difficulté à vous expliquer comment.

Mais la seule raison qui fait que je n’arrêterai pas d’essayer des trucs différents, des trucs avec un certain potentiel de coup de pelle au visage…

C’est que je sais que je ne suis pas mes échecs.

Je crois que si je mettais de côté les émotions de marde que je vis depuis 48 heures, elles finiraient par me revenir en pleine gueule et se poser à l’intérieur de moi, tout le temps.

Elles finiraient par faire partie de moi.

Et j’ai pas envie de ça.

 

Alors je prends quelques jours.

Disons 3 ou 4, c’est quand même pas la fin du monde.

Quelques jours pour me sentir tout croche.

Pour digérer l’échec en continuant de l’appeler par son nom.

Pour me dire à quel point je m’en veux de ne pas avoir été à la hauteur.

D’avoir raté une occasion qui ne reviendra plus.

Je prends même un peu de temps pour partager tout ça avec les gens importants pour moi, histoire de ne pas laisser la honte isoler mon coeur.

 

Après, j’émerge.

Mes échecs deviennent réellement des expériences et des apprentissages.

Ils me permettent d’être meilleur, d’accepter d’être vulnérable, de ne pas répéter mes erreurs.

Ils s’expulsent par eux-mêmes de ce que je suis pour redevenir une petite partie de ce que je fais.

Après, je me sens mieux.

 

Après.

Là, je me sens tout croche.

Epic. Fail.

Je suis pas spécial.

Et c’est correct comme ça.