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C’est difficile d’écrire

March 3, 2016   

Je n’écris plus.

Depuis le 29 septembre 2015, pas un seul article sur ce blog.

Je vous manque, je le sais.

Avouez, allez.

J’ai commencé des textes qui sèchent doucement dans la rubrique des brouillons.

C’est un drôle de mot, brouillon, mais ça exprime bien ce que ça veut dire d’être un texte inachevé, mal défini, peu inspiré, découragé et décourageant.

Un mélange de bouillon et de brouillard.

Ils doivent être un peu tristes, ces bouts d’idées, en réalisant qu’ils ne seront jamais terminés, publiés ou lus.

J’ai de la peine pour eux et en même temps ils me font chier, ces bouts-là, parce qu’ils sont remplis de mes trous de courant artistique, des ratés de mon flux créatif.

Ce sont des trous du flux.

Et leur existence m’amène à une conclusion inévitable:

C’est difficile d’écrire.

Difficile en criss.

J’ai toujours la semi-impression de perdre mon temps, quand j’écris.

Une phrase, un tour dans le réfrigérateur. Ouin, rien de nouveau là dans les dernières 5 minutes on dirait.

25 pas en rond, un mot ajouté, une phrase lue à voix haute, asti ça fit pas pentoute. Un mot supprimé.

Bin ça fit encore moins.

Shit.

Frigidaire. Rien à signaler, les poivrons se tiennent tranquilles. Je retourne à l’écran.

Assis, debout, assis. Grattage de tête, tournage sur moi-même, regardage par la fenêtre d’un air mélancolique, musique triste, musique joyeuse, pas de musique.

Frigo. Les pommes vertes n’ont pas bougé, comme prévu.

Puis deux phrases de suite. Elles s’enchaînent, se conçoivent bien et s’énoncent clairement, comme la pub ou le proverbe, je sais plus.

Là ça va bien, j’ai un best-seller en chemin. Stephen King tremble dans sa tombe même s’il est pas mort, c’est vous dire à quel point c’est bon.

Je relis. Le même mot deux fois de suite, c’est atroce.

Synonyme, synonyme, synonyme.

Jouissif au lieu d’exutoire, ça marches-tu?

Magnifique au lieu de superbe?

Horrible à la place d’atroce?

Ça marche pas dans le contexte.

Backspace. Backspace. Backspace.

Congélateur.

Crème glacée? Why not, c’est réconfortant, pis le réconfort est à la création ce que la formule 1 est au pilote de formule 1, comme disait Beaudelaire ou Dumbledore. Y a des pépites de chocolat dedans en plus, peut pas faire de mal.

Puis vient l’éclair. Le moment de grâce. Ça arrive pas souvent alors je le chevauche.

Bin oui, je chevauche l’éclair de la création.

C’est beau, ça, hein?

L’éclair, c’est quand t’as la chance de pouvoir t’asseoir et juste écrire. Sans trop réfléchir au fond ou à la forme, laisser la place aux idées que tu multiplies, que tu couches sur papier (sur écran, ok) et que tu embellis juste à y penser. C’est ton talent qui s’exprime avec le bon rythme, la justesse des mots, la beauté de liquéfier ton esprit et de le rendre catchy pis un peu poétique, des fois.

L’éclair, c’est quand tu touches les gens qui lisent ce que t’écris, quand tu sais que t’as mis un p’tit morceau d’humanité dans des lettres sur un clavier. Quand la connexion existe avec des gens que tu connais même pas. C’est fou, tu connectes avec quelqu’un sans avoir conscience de son existence. Y a quelque chose de métaphysique ou de spirituel ou un mélange fucké des deux là-dedans, je saurais pas dire. Une sorte d’univers parallèle qui s’ouvre quand tu chevauches l’éclair de la création.

Frigidaire, prise 1000. Ou peut-être le garde-manger pour des craquelins santé, pas des chips ça beurre le matériel juste à les regarder. Pis je veux être un écrivain slim, autant que possible, et j’ai déjà fini la crème glacée.

Parce qu’un éclair, par définition, ça dure pas longtemps. L’autre 99% du temps, écrire, c’est de la marde. C’est du temps, c’est s’asseoir pis se relever, boire du café frette, mettre du beurre de pinotte sur la touche enter. C’est être lu par personne, avoir peur de ce que l’univers va penser de tes mots, angoisser à propos d’une phrase.

Mais c’est beau. Pis c’est l’fun. C’est un coin d’espoir, de tristesse, de joie, de peur pis d’imagination que personne peut t’enlever parce que c’est juste à toi.

Alors si tu veux écrire, bin écris. Pitch ça dans le monde après même si ça te fout la chienne. Si quelqu’un rit de toi, propose-lui un rap battle, juste pour voir.

J’te jure que ça vaut la peine.

J’vais finir là-dessus, l’éclair vient de passer.

Le frigidaire m’attend, juste à côté de mon café frette.