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Plus de gens comme toi, Monsieur Pas-de-dents

July 24, 2016   

Ça fait deux fois que je te croise.

Pendant mon jogging.

En fait, je te croise à la fin de mon jogging, au moment où la grâce et l’athlétisme ont quitté mes foulées.

Quand mon corps a mal et que ma face en témoigne.

La première fois, tu attendais l’autobus. Tu m’as vu arriver de loin et tu m’as souri.

Avec pas beaucoup de dents.

C’était pas un beau sourire et en même temps c’était magnifique.

Je voudrais bien t’expliquer comment c’est possible, Monsieur Pas-de-dents, sauf que je suis pas certain que tu comprendrais.

Je t’ai vu quelques secondes seulement, mais je suis pas mal convaincu que tu fit pas totalement dans le moule.

Que les métaphores et les figures de style, c’est pas trop ton genre.

C’était peut-être ton grand sourire pas-de-dents, ton sac-banane ou juste quelque chose dans tes yeux, je sais pas.

C’était peut-être simplement le fait que tu me saluais sans me connaître, que tu m’encourageais gratuitement en levant ton pouce dans les airs sans te préoccuper de ma réponse ou de ce que j’allais penser de toi.

Tous ces indices qui m’ont porté à penser que tu faisais partie de la gang de ceux qu’on appelle différents, quand on veut être polis.

En passant à côté de toi, je t’ai souri aussi. J’étais content, t’as fait ma journée.

Je m’en foutais un peu que t’aies pas beaucoup de dents.

 

Je t’ai revu aujourd’hui, à la fin de mon jogging, Monsieur Pas-de-dents.

Mon corps avait encore mal, ma face en témoignait plus que jamais.

Fa chaud, esti.

Et tu m’as reconnu.

Tu m’as pointé au loin en sautillant sur place.

Tu as levé le pouce.

Cette fois, je savais à quoi m’attendre.

En passant près de toi, j’ai levé ma main au ciel, et on s’est fait le plus beau high five de l’histoire des high five, j’suis pas mal certain.

T’as encore fait ma journée, et on se connaît même pas.

J’ai couru mon dernier 100 mètres comme si je venais de gagner le marathon de Boston, en saluant une foule invisible.

 

Je devrais te trouver un autre nom, parce que Monsieur Pas-de-dents, ça te rend pas justice.

Ça dit pas à quel point t’as compris quelque chose qu’on s’acharne à oublier.

Ça dit pas de quelle manière t’es capable de faire une différence dans ma vie sans qu’on échange un mot.

Ça dit pas comment tu refuses de mettre en place toutes les défenses sociales qui nous paralysent, nous isolent et nous désespèrent.

Ça dit rien de notre tendance stupide à te placer dans la gang des différents en refusant trop souvent d’apprendre de toi.

 

La semaine dernière, j’ai écrit que les tueries, les attentats et les non-sens, ça ne s’arrêterait pas.

Je pense que j’ai raison et tort à la fois.

Je crois que s’il y avait plus de gens comme toi, Monsieur Pas-de-dents-à-qui-j’ai-pas-encore-trouvé-de-meilleur-nom, ça pourrait s’arrêter.

Parce que notre moment, c’était pas juste un sourire, un thumbs up et un high five.

C’était des petits bouts de compassion, d’empathie, d’affection, de plaisir et d’enthousiasme.

T’es entré en contact avec moi sans réfléchir pis ça m’a fait du bien.

S’il y avait plus de gens comme toi, on arrêterait peut-être d’avoir peur de l’autre et d’essayer de s’en protéger.

On se ferait tous des high five dans la rue en se rappelant que c’est l’fun en criss de partager quelques secondes avec un inconnu qui nous ressemble.

S’il y avait plus de gens comme toi, je suis convaincu qu’on serait tous moins stressés, anxieux, déprimés et seuls.

Qu’on aurait des vies plus joyeuses, remplies de sens et de petits moments de plénitude.

Alors prépare-toi, Monsieur Pas-de-dents.

Parce que si on se recroise, notre high-five va battre des records.

Je vais aussi m’arrêter pour te demander ton nom et te dire merci.

T’as fait ma journée, deux fois, sans un seul mot.

Je vais avoir besoin de tes conseils.

 

 

 

 

Ça ne s’arrêtera pas

July 17, 2016   

Arrêtez de penser que ça va s’arrêter.

Arrêtez de mettre des filtres sur vos murs.

Arrêtez de croire que l’espoir est suffisant pour combattre la peur, l’ignorance et la haine.

Parce que ça ne s’arrêtera pas.

Les tueries, les meurtres, les attentats, les folies et les non-sens.

Ce n’est que le début.

Dans leur nombre, leur fréquence, leur intensité et leur violence, ces moments d’horreur ne sont que des prémisses.

Ce sont des moments que nous cultivons et que nous entretenons chaque jour sans même le réaliser ou le vouloir.

Ce ne sont pas des moments politiques ou religieux.

Ce ne sont pas des moments fanatiques.

Ce ne sont pas des moments inhumains, bien au contraire.

Ce sont des moments de peur, d’ignorance et de haine.

Et ces trois tissus s’entremêlent dans chacun de nous comme des racines.

Comme des réflexes de survie aussi sauvages et intolérables que nécessaires et automatiques.

Nous sommes tous Charlie, Nice, le Bataclan, Orlando, Columbine, Newtown, le 11 septembre et tous ces moments dont nous n’entendons même plus parler, ailleurs.

Ceux qui parsèment nos bulletins de nouvelle sans nous émouvoir, sans nous remuer, sans nous ébranler.

Ça ne s’arrêtera pas parce que c’est en nous.

Nous sommes conditionnés à la peur, l’ignorance et la haine.

Et les moyens que nous avons pour exprimer ces horreurs d’humains sont plus nombreux, plus puissants et plus accessibles que jamais.

Ils s’enflent et se multiplient à coups de technologie et de progrès, nos prouesses techniques évoluent bien plus rapidement que notre empathie et notre compassion.

Et nous ne savons pas comment utiliser les armes véritablement utiles pour mener ce combat.

La peur se combat par la sécurité.

Pas la sécurité des aéroports, des policiers, des matraques et des caméras de surveillance.

La sécurité des parents qui prennent soin de leurs enfants, des humains qui se supportent, des communautés qui s’entraident, des nations qui se rejoignent.

L’ignorance se combat par le savoir.

Pas le savoir des corporations, des marges de profit, de la recherche appliquée et de l’avidité.

Le savoir de la culture, des erreurs du passé, de la nature et de la terre, de ce qui fait de nous des hommes plutôt que des bêtes.

La haine se combat par l’amour.

Pas l’amour de l’image, du pouvoir et de l’ego.

L’amour de soi et des autres, la douceur du contact, le réconfort de cesser de se défendre, l’amour comme remède à la méfiance.

Mais nous avons construit un système économique, politique et social qui alimente la peur, l’ignorance et la haine plutôt que la sécurité, le savoir et l’amour.

Qui liquide notre compassion dans le loisir et le divertissement.

Qui construit des castes, des strates et des étages dans nos tours d’ivoire et nos bas-fonds humides.

Qui nourrit l’indifférence, l’égocentrisme et l’inconscience dans un bien-être temporaire et artificiel.

Qui laisse le monde devenir hostile et toxique à grands coups de balles de semi-automatiques mais aussi de gaz à effet de serre, de privatisation sauvage et de candidats républicains.

Alors, ne pensez pas que ça va s’arrêter.

Les fusillades, les tueries, les meurtres, les folies et les non-sens.

Ce ne sont pas des moments hors du monde, ce sont des symptômes directs de notre manière de vivre.

Nous n’avons pas besoin de réformes, elles ne suffisent plus.

Nous avons besoin de révolutions.

De la profonde compréhension que notre mode de vie conditionne ces instants.

Et que ça ne s’arrêtera pas.