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J’ai 30 ans

December 8, 2016

J’ai 30 ans.

En fait, j’écris en direct de mes dernières minutes de vingtaine.

J’aurai 30 ans dans moins de trois heures.

Et comme, pour moi, c’est un big deal, j’ai envie d’écrire un texte en buvant du vin.

Un mardi soir, bin oui.

C’est ma fête, j’ai le droit.

***

J’ai 30 ans et je ne sais pas trop quoi penser de ma vie.

Les directions claires ne sont pas vraiment pour moi.

Les décisions d’adulte me paraissent souvent étranges.

Les REER me parlent mais je ne leur réponds pas toujours.

Mes cheveux blancs me rappellent que le temps est le luxe des vivants.

 

J’ai 30 ans et j’aime ma job.

Je ne pense pas que je vais arrêter de l’aimer.

Alors que vous êtes si nombreux à vous lever chaque matin avec la peur du jour.

Alors que vos dimanche sont parfois remplis de peur et de doute.

J’aime crissement le métier que j’ai choisi.

Je le trouve rempli de sens, de beauté et de calme.

En plus j’suis mon propre boss.

Je marche 1 minute pour aller au bureau.

Je décide de mon horaire.

Et j’ai du plaisir, chaque jour.

Je dis pas ça pour vous emmerder.

En fait, je dis ça pour vous emmerder juste un peu.

Pour que vous réalisiez que faire un travail que vous n’aimez pas peut vous gâcher la vie. Et que toutes les excuses que vous trouvez pour continuer à le faire ne sont que partiellement valables.

 

J’ai 30 ans et j’ai peur.

J’ai peur du monde dans lequel je vis.

Parce que je fais partie de la première génération qui peut legit se demander si c’est correct de faire des enfants au coeur d’une Humanité qui aura de la difficulté à survivre aux 100 prochaines années.

J’ai peur que mes futurs kids vivent dans des grosses flaques, qu’ils n’aient rien à manger et doivent se battre pour de l’eau potable.

J’ai peur à cause du 9 novembre 2016, de nos pouvoirs toujours plus grands pour notre empathie toujours plus défaillante.

J’ai peur de nos ignorances et de nos illusions, de ces secondes qui claquent sur l’horloge de notre survie d’espèce sans que nous le réalisions pleinement.

 

J’ai 30 ans et je passe trop de temps sur mon cellulaire.

À regarder les vies rêvées, les sourires figés et les corps parfaits d’être humains qui souffrent autant que moi quand la caméra s’éteint.

À me distraire, à m’engourdir, à me comparer, à perdre mon temps et à tromper ma solitude et mon ennui à travers le réseau social, notre nouvel empereur.

À me dire que je n’en fais pas assez, pas assez vite, pas assez haut, pas assez performant, pas assez successful, pas assez musclé, pas assez confiant, pas assez n’importe fucking quoi. Parce que c’est exactement ce à quoi servent ces images et ces mots. À entretenir l’envie, la honte et le désespoir dans un effort systémique et pandémique pour nous proposer de posséder, d’être et de faire davantage.

Je me suis laissé prendre. Shit.

 

J’ai 30 ans et j’aime les gens qui sont dans ma vie.

Mes amis et ma famille réchauffent mes pas.

Même si la vingtaine m’a appris que ce que je croyais immuable est en fait complètement volatile.

Et que ma solitude n’a pas de remède universel.

J’aime tellement les gens qui m’entourent.

Les coachs qui m’invitent à la maison à Noël.

La maman qui me sert dans ses bras en me disant d’écouter mon coeur.

Le papa qui s’inquiète encore quand j’ai l’air fatigué.

Les amis qui m’empêchent de me bullshitter moi-même et ceux qui me font toujours payer des verres au lieu des pintes.

Les adolescentes qui investissent leur temps et leur coeur dans une équipe de Basketball.

Les cousins que j’ai toujours hâte de voir.

S’il y a bien une chose que j’ai apprise dans la décennie des 2, c’est que rien n’a plus de valeur que cette connexion unique et indescriptible entre les êtres humains, celle qui crée une chaleur impossible à définir et la certitude paisible que it’s gonna be allright.

 

J’ai 30 ans et je ne sais pas quoi penser de l’amour.

Qui fait des aller-retours étranges dans ma vie sans vraiment m’avertir.

Qui prend des formes inconnues, emprunte des chemins radicaux et refuse de se laisser définir.

Qui me fait mal et me questionne sur sa pertinence, son utilité et son existence.

J’ai 30 ans et je me dis que l’amour passera bien un jour et que je ne m’en rendrai peut-être pas compte.

Parce que j’attendrai un conte de fées rempli d’aventures torrides et que ce sera un samedi matin à boire du café au lait.

Ou un visionnement en 3D de trouver Doris avec des kids qui hurlent.

 

J’ai 30 ans et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’une petite partie de ce futur qu’on m’annonçait avec enthousiasme est déjà derrière moi, pour ne plus jamais revenir.

Que, avec un peu de chance, des millions de secondes demeurent devant, mais que rien ne ramènera celles qui sont déjà égrénées.

J’ai 30 ans et ça me terrifie de penser ça, vous avez même pas idée. C’est une peur du temps qui fuit, du temps qui part, du temps qui ne revient pas. Une peur qui me suit depuis je sais pas combien de temps, depuis trop longtemps. C’est une peur universelle, une peur existentielle, une peur humaine, une peur ultime. Nous avons tous peur de mourir mais on dirait que je suis né avec un extra on the side.

En fait, j’ai pas peur de mourir. J’ai peur de rater ma vie. La seule que j’ai en stock.

Alors, j’ai 30 ans et je fais tout ce que je peux pour éviter ça. Des fois je réussis, des fois non.

Et je demeure rempli de doutes, d’incertitudes et de peurs.

Mais aussi de moments d’extase, de petites éternités, de chocolats fondants, de sommets du Kilimandjaro, de show de Half Moon Run, de permis de psychologue et de verres de vin le mardi soir.

J’ai 30 ans et je suis heureux d’être Victor-Olivier Hamel-Morasse, même si c’est long en esti comme nom, que je saurai pas comment appeler mes enfants et qu’il y a des jours où je suis pas fier de moi.

J’ai 30 ans live et je pense que c’est peut-être correct d’être juste moi, quoi que vous en pensiez.

J’ai 30 ans et je serais pas quelqu’un d’autre, je crois.

Et je me dis que je ne ferais pas autre chose du temps que j’ai à ma disposition.

Et c’est une bonne chose, parce que, comme le dit Gandalf:

“All we have to decide is what to do with the time that is given to us”.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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