Suivre le vent
Show MenuHide Menu

Archives

February 2017
M T W T F S S
« Dec   Jun »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728  

Je n’écrirai pas sur l’amour

February 14, 2017   

C’est la St-Valentin et je n’écrirai pas sur l’amour.

Pourtant, ça fait 20 ans que j’écris.

Et je réalise que non, je n’écris jamais sur l’amour.

Alors je ne le ferai pas aujourd’hui non plus.

Parce que si j’écrivais sur l’amour, j’aurais peur d’avoir l’air faible ou trop sensible. J’aurais la chienne de laisser tomber deux ou trois morceaux de mâlitude. Je serais presque convaincu de vous ennuyer.

Si j’écrivais sur l’amour, je devrais d’abord essayer de le définir et de le comprendre. Il m’échappe dans son fond et sa forme, l’amour, parce qu’il refuse les conventions de la logique et transforme des humains intelligents et raisonnables en organismes unicellulaires avec un peu de bave su’l bord de la bouche.

Si j’écrivais sur l’amour, je devrais arrêter de passer par la bande en parlant seulement d’amitié et de famille. Je devrais m’attarder à l’amour romantique, à l’amour qu’on recherche, celui qu’on n’a pas reçu, celui qu’on découvre, celui qui vibre, celui qui s’agite à l’intérieur du ventre et sur le pourtour des prunelles. Je devrais vous parler de tendresse, d’entraide, de compassion et d’engagement. Je devrais vous parler de l’amour sous toutes ses formes et ça me ferait peur en esti d’ouvrir cette boîte de chocolats en forme de coeur de Pandore.

Surtout, si j’écrivais sur l’amour ça me forcerait à vous parler de moi. À vous écrire que l’amour m’enrage, que l’amour m’échappe, que l’amour me fascine, que l’amour m’étourdit, que l’amour me détruit, que l’amour me manque. Je devrais bien vous confier que, parfois, je n’y comprends rien, à l’amour.

Ça m’amènerait à vous parler de mes doutes. Des moments où je crois que l’amour est inaccessible ou qu’il n’est pas pour moi. Des souvenirs dorés qu’il évoque et de ces bulles de bonheur qui m’apaisent quand il fait trop noir.

Si j’écrivais sur l’amour je devrais aussi écrire sur la solitude, sur ma solitude. Sur ce sentiment terrible d’être isolé du monde et de ne pouvoir rien y faire. Je vous en parlerais parce que je serais assez convaincu de ne pas être le seul à le ressentir. J’aurais envie de savoir que ça vous arrive aussi, parfois.

Si je prenais le risque, la chance, le pari d’écrire sur l’amour, je ne pourrais passer à côté de l’espoir. Je devrais bien vous dire qu’il brille à l’intérieur de moi, quelque part. Qu’il s’éveille par moments et pas seulement pour l’amour de ma vie, pour l’amour dans ma vie, mais pour l’amour au sens large, il faut bien que j’y revienne.

Parce que je suis convaincu que c’est notre seule raison d’être ici. L’amour est l’emballage sucré de notre survie et de notre évolution. Nos cerveaux, nos corps et nos esprits sont construits pour s’entrelacer. Nous ne sommes seuls que pour nous protéger des ravages que l’amour peut faire à l’âme.

Je m’assume le cheesy, l’amour est notre salut. Parce qu’il implique l’empathie, l’accueil et la chaleur. Parce qu’il combat l’ignorance, la peur, la haine et le froid. Nous avons davantage besoin d’amour maintenant qu’à n’importe quel autre moment de l’Histoire des humains.

Il y a 1000 façons d’aimer, avec ou sans mots, avec ou sans gestes. Il y a 1000 façons de laisser une trace, de marquer d’une empreinte, de rassurer et de protéger. Il y a 1000 façons de contrer l’isolement, d’oublier les vieilles querelles et de reprendre contact.

Voilà tout ce que je vous dirais si je prenais le risque, la chance, le pari d’écrire sur l’amour.

Mais je ne le ferai pas, oh non.

Je n’écrirai pas sur l’amour.