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Category Archives: Contre le vent

Ça ne s’arrêtera pas

July 17, 2016

Arrêtez de penser que ça va s’arrêter.

Arrêtez de mettre des filtres sur vos murs.

Arrêtez de croire que l’espoir est suffisant pour combattre la peur, l’ignorance et la haine.

Parce que ça ne s’arrêtera pas.

Les tueries, les meurtres, les attentats, les folies et les non-sens.

Ce n’est que le début.

Dans leur nombre, leur fréquence, leur intensité et leur violence, ces moments d’horreur ne sont que des prémisses.

Ce sont des moments que nous cultivons et que nous entretenons chaque jour sans même le réaliser ou le vouloir.

Ce ne sont pas des moments politiques ou religieux.

Ce ne sont pas des moments fanatiques.

Ce ne sont pas des moments inhumains, bien au contraire.

Ce sont des moments de peur, d’ignorance et de haine.

Et ces trois tissus s’entremêlent dans chacun de nous comme des racines.

Comme des réflexes de survie aussi sauvages et intolérables que nécessaires et automatiques.

Nous sommes tous Charlie, Nice, le Bataclan, Orlando, Columbine, Newtown, le 11 septembre et tous ces moments dont nous n’entendons même plus parler, ailleurs.

Ceux qui parsèment nos bulletins de nouvelle sans nous émouvoir, sans nous remuer, sans nous ébranler.

Ça ne s’arrêtera pas parce que c’est en nous.

Nous sommes conditionnés à la peur, l’ignorance et la haine.

Et les moyens que nous avons pour exprimer ces horreurs d’humains sont plus nombreux, plus puissants et plus accessibles que jamais.

Ils s’enflent et se multiplient à coups de technologie et de progrès, nos prouesses techniques évoluent bien plus rapidement que notre empathie et notre compassion.

Et nous ne savons pas comment utiliser les armes véritablement utiles pour mener ce combat.

La peur se combat par la sécurité.

Pas la sécurité des aéroports, des policiers, des matraques et des caméras de surveillance.

La sécurité des parents qui prennent soin de leurs enfants, des humains qui se supportent, des communautés qui s’entraident, des nations qui se rejoignent.

L’ignorance se combat par le savoir.

Pas le savoir des corporations, des marges de profit, de la recherche appliquée et de l’avidité.

Le savoir de la culture, des erreurs du passé, de la nature et de la terre, de ce qui fait de nous des hommes plutôt que des bêtes.

La haine se combat par l’amour.

Pas l’amour de l’image, du pouvoir et de l’ego.

L’amour de soi et des autres, la douceur du contact, le réconfort de cesser de se défendre, l’amour comme remède à la méfiance.

Mais nous avons construit un système économique, politique et social qui alimente la peur, l’ignorance et la haine plutôt que la sécurité, le savoir et l’amour.

Qui liquide notre compassion dans le loisir et le divertissement.

Qui construit des castes, des strates et des étages dans nos tours d’ivoire et nos bas-fonds humides.

Qui nourrit l’indifférence, l’égocentrisme et l’inconscience dans un bien-être temporaire et artificiel.

Qui laisse le monde devenir hostile et toxique à grands coups de balles de semi-automatiques mais aussi de gaz à effet de serre, de privatisation sauvage et de candidats républicains.

Alors, ne pensez pas que ça va s’arrêter.

Les fusillades, les tueries, les meurtres, les folies et les non-sens.

Ce ne sont pas des moments hors du monde, ce sont des symptômes directs de notre manière de vivre.

Nous n’avons pas besoin de réformes, elles ne suffisent plus.

Nous avons besoin de révolutions.

De la profonde compréhension que notre mode de vie conditionne ces instants.

Et que ça ne s’arrêtera pas.

 

728 et la première pierre

September 29, 2015

Stéfanie,

Avant hier je t’appelais matricule 728, comme beaucoup de gens. J’ai écouté ton entrevue à Tout le monde en parle en m’attendant à ce que tu te fasses piéger.

J’veux dire, tout le monde se fait piéger à Tout le monde en parle.

Tu pourras jamais dire ce que tu veux, comme tu le veux. Tu seras coupé et monté, peu importe de quoi tu viens parler.

Si, en plus, ça adonne que tu es la personne devenue le symbole de la répression policière du printemps érable, t’as déjà quelques prises dans la mitte.

Tu vas te faire condamner par le haut tribunal populaire de la télévision nationale, sans possibilité de libération conditionnelle avant la fin de l’entrevue.

Je ne sais pas ce qui s’est passé pendant que j’écoutais ton entrevue, Stéfanie, c’était bizarre à l’intérieur.

 

D’un côté, je sais qu’on ne s’entendrait pas si bien, toi et moi.

T’es un peu trop rigide.

Je le dis même pas dans un sens négatif. T’appliques les règlements à la lettre, sans nuance, parce que c’est ça que t’as appris et que ça te permet de traverser ta vie efficacement.

C’est juste pas comme ça dans la mienne, même que ça me cause des problèmes, des fois.

T’es sûrement pleine de préjugés à propos des carrés rouges et des gratteux de guitare.

Moi aussi je suis plein de préjugés, mais ils ont d’autres thèmes. J’essaie de m’en défaire, mais ils me suivent comme une ombre, pas moyen de me sacrer patience.

On s’invente des histoires et on se cache la face pour des affaires différentes, mais sur ce point on se ressemble un peu, toi, moi et le reste de l’univers.

Je crois toutefois que je suis peut-être un peu plus introspectif que toi, que je me remets plus souvent en question.

Mais c’est une déformation professionnelle, de la même manière que tu dois être crissement plus naturelle que moi quand ça brasse.

Moi j’me cache quand ça brasse. J’aime pas ça la chicane, bon.

Tout ça pour dire qu’on serait pas des grands chums si on se rencontrait sur la rue, mais que ça change rien à ce que j’ai pensé de ton entrevue.

 

T’es quand même pas devenue Sainte-728 après Tout le monde en parle.

J’ai pas fini par me dire qu’ils l’avaient mérité, ces estis-là, quand tu leur as spouché du curcuma extra-spice dans les yeux.

J’ai pas pensé que les citoyens devenaient des criminels quand ils te sautaient dans le dos.

Stéfanie, je sais même pas s’ils t’ont sauté dans le dos, j’étais pas là! J’ai vu des clips mais, comme tu l’as dit, c’est rien que des p’tits bouttes de vérité, tout ça.

Pis des p’tits bouttes de vérité mis ensemble, ça fait pas tout le temps une plus grosse vérité. Des fois ça fait un p’tit mensonge. Alors je préfère douter.

J’ai tout de même trouvé que tu t’étais vraiment bien débrouillée dans ce gros piège en forme de studio, que t’avais jamais été K.O. même si c’était un royal rumble à 12 contre 1.

T’as même souri 2-3 fois. Ça avait l’air naturel, presque chaleureux. J’étais vraiment surpris.

J’ai pas envie de débattre sur la légitimité de tes actions, c’est un débat sans fin et c’est pas ça mon point.

 

Mon point c’est qu’on a tous été tellement rapides à te lancer la première pierre (ceci est une référence religieuse, même si j’étais en morale au primaire)

Qu’on a diffusé en boucle des images de toi.

Qu’on t’a ridiculisée dans tous les médias et à toutes les sauces possibles.

En se disant que nous, on aurait réagi différemment.

Que nous, on aurait été tellement plus raisonnables, plus pacifiques, plus en contrôle.

On t’a condamnée sans même t’entendre dire un seul mot.

Et dimanche soir à la grand-messe, on s’est offusqués quand les officiants t’ont mise au bûcher.

Un peu surréaliste de nous entendre critiquer la suffisance de Patrick Huard alors qu’il personnifiait parfaitement ce qu’on dit de toi depuis 2012.

 

Stéfanie, si j’avais été dans ta situation, j’aurais peut-être réagi de la même manière.

Je le sais pas et je le saurai probablement jamais. J’ai vraiment pas le même genre de job.

Mais nos violences d’humains ne sont pas conditionnelles, ça je le sais.

En 2012, j’ai fait comme tout le monde et je t’ai lancé la première pierre pour ne pas penser que j’étais probablement un peu comme toi.

Pour ne pas me rappeler que moi aussi, quand je suis en tabarnak, j’utilise des mots pas fins pour parler des gens que je trouve pas fins.

Pour ne pas croire que j’aurais pu assaisonner ces manifestants ou ramasser le gars qui buvait sa bière, moi aussi.

Je crois que c’est ça qui s’est passé pendant ton entrevue, hier.

J’ai passé trois ans à me dire que t’étais une folle, une dangereuse, une pas comme moi.

T’es pas parfaite, ça c’est sûr, et t’es visiblement remplie de colère et d’amertume.

Mais t’es une humaine.

Pis ça adonne que moi aussi.

 

 

 

 

 

Ne ruinez pas Noël

December 24, 2014

Ne ruinez pas Noël

N’en faites pas un moment d’angoisse et d’anxiété

Une période de doute, de douleur et de fausses vérités

Ne ruinez pas Noël

Arrêtez de hausser le ton à la télévision, d’annoncer le boxing-day trois mois en avance

Arrêtez de dire qu’il est plus tard qu’on pense

Ne ruinez pas Noël

N’empilez pas les boîtes sous le sapin

Elles sont souvent pleines de vide, vous le savez bien

Ne ruinez pas Noël

Ne vous traînez pas les pieds d’une rencontre à l’autre sans vous poser quelques instants

Sans prendre le temps de rire et de parler vraiment

Ne ruinez pas Noël

N’expliquez à personne la vraie histoire du Père Noël et des lutins

Laissez vivre les légendes dans les cheminées et sous le sapin

Ne ruinez pas Noël

Laissez tomber la surenchère et l’explosion à crédit

Offrez plutôt des câlins et des moments de vie

Ne ruinez pas Noël

N’en faites pas une fête figée dans le temps

Qui nous revient identique et plastifiée, bon an mal an

Ne ruinez pas Noël

Je vous le dis chaque année

J’écris des contes remplis de rimes et de morales sucrées

Ne ruinez pas Noël

C’est la fête la plus humaine et la plus lumineuse

Qui donne espoir au genre humain et permet de croire à des fins heureuses

Faites-en un moment privilégié de chaleur et de passion

Une histoire d’amour annuelle, une sorte de mission

Celle de refuser les masques, les barrières et les filtres Instagram

Celle de contrevenir à la vague et de changer le programme

Ne ruinez pas Noël

C’est un moment trop important

Qui est garant de notre futur à chaque moment présent

Qui cherche l’humain dans le civilisé et l’industriel

Qui nous donne le droit de continuer à lever les yeux vers le ciel

Ne ruinez pas Noël

Vous l’avez déjà fait trop souvent

Vous avez cherché l’inutile et trouvé l’absent

Faites l’état de vos bonheurs et comptez vos bénédictions

Ils vous aideront à bien dormir, beaucoup mieux que les moutons.

 

 

Je vais parler de TDAH et vous n’aimerez pas ça

October 22, 2014

Octobre, paraît-il, est le mois de la sensibilisation au TDAH (trouble du déficit de l’attention avec/sans hyperactivité), alors j’ai décidé d’en parler un peu.

Mais vous n’aimerez pas ça, parce que je ne dirai pas ce que vous entendez partout à la télé, dans les journaux, sur internet et dans le bureau du médecin.

Je préférais vous avertir, au cas.

 

Vous entendez que vous avez un TDAH. Navré de vous décevoir.

Le TDAH, c’est quelque chose que l’on fait. Pas quelque chose que l’on a.

J’ai un TDAH parce que je suis constamment distrait, j’ai de la difficulté à me concentrer et j’oublie souvent mes clés dans l’auto.

Je suis constamment distrait, j’ai de la difficulté à me concentrer et j’oublie souvent mes clés dans l’auto parce que j’ai un TDAH.

C’est un raisonnement circulaire, comme un chien qui court après sa queue.

La seule preuve qui existe de ce que vous “avez”, c’est une liste de symptômes qui correspondent à ce que nous décidons, en tant que société, de définir comme un déficit de l’attention.

Mais pour vous convaincre que c’est vraiment quelque chose que vous “avez”, on vous dira que c’est un trouble neurobiologique.

Ça, c’est toujours gagnant, parce que ça sonne médical et scientifique.

Alors, demandez à votre médecin de vous fournir un “scan” de votre cerveau qui localiserait le TDAH, qui vous permettrait de voir comment le vôtre fonctionne différemment de celui des autres êtres humains.

Demandez-lui un test de sang, un test d’urine, une biopsie, un échantillon de neurones.

Demandez-lui ce que vous voulez, mais il sera toujours forcé de se référer à des observations externes de vos capacités et de vos comportements pour réaliser son diagnostic.

Ça restera toujours quelque chose que vous faites.

Pas quelque chose que vous avez.

 

DING!

C’est le moment où j’ai l’air d’un monstre sans compassion.

Tout le marketing est fait pour ça. Pour que les gens qui essaient de vous dire que vous n’êtes pas malade aient l’air d’une gang de théoriciens du complot.

Tant pis, je poursuis quand même.

 

Je crois que certaines personnes vivent difficilement avec des difficultés d’attention et de concentration.

Qu’elles perçoivent et comprennent le monde d’une manière différente de ceux qui ne vivent pas ces difficultés.

Qu’il existe des moyens pour les guider et les outiller.

Que leur condition ne doit jamais être minimisée ou ridiculisée.

Je ne crois pas qu’elles sont malades, ni même qu’elles “ont” un trouble quelconque.

Mais que ça ne signifie pas qu’on ne peut pas les aider.

 

Je crois que, dans un remarquable effort de publicité, l’on tente en ce moment même d’élargir le plus possible la clientèle de ce “trouble”.

Que les enfants sont diagnostiqués plus souvent et plus jeunes.

Que les adultes découvrent soudainement qu’ils “ont” probablement un TDAH depuis toujours.

Que la liste des symptômes est si vague et générale que n’importe qui peut s’y identifier.

Que les gens qui gèrent les cordons de la bourse pharmaceutique se frottent les mains devant ces nouvelles opportunités d’affaire.

 

Je crois que notre système d’éducation est brisé.

Qu’il glorifie certaines habiletés en négligeant toutes les autres.

Qu’il n’accepte que la conformité, la standardisation et le talent “académique” en négligeant la créativité et la pensée divergente.

Que l’on fait porter le chapeau de cet échec éducationnel aux étudiants qui n’entrent pas dans le moule, qui pensent différemment.

Qu’à cause de cela, des milliers de personnes croient à tort qu’elles ne sont pas intelligentes et même qu’elles sont malades ou troublées.

 

Enfin, je crois que notre façon d’aborder ce qu’on appelle le TDAH est fondamentalement erronée.

Qu’une fois de plus, des questions de société sont évacuées sous la forme de symptômes à traiter au plus vite.

Que des intérêts financiers l’emportent sur le bien-être des humains.

Que la définition de ce qui est “normal” s’amincit chaque jour au profit de ce qui est un problème médical que l’on doit traiter.

Que nous nous mettons la tête dans le sable sans même le savoir.

Que l’on manipule les mots, les idées et les gens pour faire passer la pilule.

Que c’est une forme de crime qui demeurera fort probablement impuni.

 

Je m’arrête ici. J’en aurais encore long à dire, mais ce sera pour un autre jour.

Je vous avais dit que vous n’aimeriez pas ça.

 

Les 4 règles de la bullshit

September 15, 2014

Vous avez bien lu.

Je vais produire un texte complet sur la bullshit, en espérant que je n’illustrerai pas mon point par son contenu.

Je le fais parce que j’en vois tout le temps, de la bullshit.

Même que j’en dis et que j’en écris à l’occasion.

Après tout, je suis un psy, comme vous le savez.

Enfin, presque. Vraiment presque.

Et être un psy, du moins étudier pour en être un, ça implique un peu de bullshit.

Surtout dans ce fameux travail de réflexion personnelle de 10 pages, il y a quelques années.

Je plaide coupable, j’ai bullshité.

Mais c’était si bien écrit.

Bref.

C’est plus sérieux qu’on croit, le sujet de la bullshit.

Même que le philosophe Harry Frankfurt a écrit un essai complet sur le sujet en 1986, bizarrement l’année de ma naissance.

Coïncidence? Je ne crois pas.

Bref.

Produite et consommée en petites quantités, ça ne fait de mal à personne, la bullshit.

C’est même plutôt agréable.

Une petite illusion, un îlot de certitudes et de connaissances. Une rêverie publicisée, un écran de fumée de compétence et de séduction.

En grande quantité, en version industrielle, c’est dangereux. C’est nocif. C’est con.

Vraiment très con.

Alors voici les 4 règles que suivent les gens qui bullshit de manière irresponsable et malhonnête.

Ça vous aidera peut-être à les reconnaître et à les éviter comme la peste.

#1 Ils promettent de grandes choses

Dans les relations personnelles comme dans les liens professionnels, ils ont toujours une vision.

Ils vous aideront à réaliser votre plein potentiel.

Ils vous fourniront un pouvoir extraordinaire.

Ils vous aideront et vous aimeront comme personne ne l’a fait auparavant dans votre vie.

Ils seront au courant d’un grand secret que personne d’autre ne connaît.

Et vous feront croire que si vous les suivez, que vous vous attachez à eux et que vous investissez vos ressources dans leur vision…

Vous serez heureux.

#2 Ils ont beaucoup de certitudes

Les pros de la bullshit parlent bien et disent beaucoup de choses.

Ils ont des opinions sur tout.

On dirait qu’il y a un orchestre symphonique en musique de fond chaque fois qu’ils ouvrent la bouche et que la vérité en sort.

Ils ont percé les mystères de l’existence humaine grâce à une profonde sagesse acquise au fil de leurs expériences enrichissantes.

Ils n’acceptent pas vraiment d’être remis en question, même s’ils affirment le contraire.

Ils n’acceptent pas vraiment de ne pas être au centre de l’attention, même s’ils affirment le contraire.

Après tout, les certitudes sont toujours au centre de l’Univers.

#3 Leurs bottines ne suivent pas vraiment leurs babines

Ça vous demandera peut-être une petite enquête.

Mais après avoir détecté les deux premiers signes de la bullshit, vous aurez envie d’aller voir.

Et vous ne trouverez pas grand-chose.

Les bullshiteux des grandes occasions se trouveront des titres qui n’existent pas.

Ils amplifieront leurs réussites ou les inventeront simplement en espérant que personne ne fasse l’effort de vérifier.

Ils démarreront un paquet de projets qui finiront par tomber dans l’oubli.

Et ils ne rendront de comptes à personne, la responsabilité ne sera jamais la leur.

#4 La vérité n’est pas vraiment importante pour eux

Ils sont différents des menteurs, de ce côté.

Pour les menteurs, la vérité est importante puisqu’elle est le contraire de ce qu’ils sont en train de dire.

Pour les bullshiteux, la limite est toujours floue et confuse entre les deux.

Ce qu’il vous disent n’est jamais complètement la vérité, mais jamais complètement un mensonge non plus.

L’important est toujours l’image qu’ils présentent, la perspective que vous obtenez sur leurs réalisations.

Qu’elles soient réelles ou non.

De ce point de vue, ils sont plus dangereux que les menteurs.

Ils ont le même pouvoir sur les gens, avec moins de moyens efficaces pour les reconnaître.

C’est pourquoi j’ai pensé vous offrir ce petit guide.

Si vous reconnaissez une personne de votre entourage, amusez-vous à la confronter directement avant de vous enfuir d’elle.

Vous ne gagnerez pas, je vous le garantis.

Et ce sera la seule preuve dont vous aurez besoin.

 

 

Travailler fort, ça sert à rien; l’argent fait le bonheur

August 4, 2014

J’ai mis un point-virgule entre les deux.

Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas familiers avec le point-virgule, ça veut dire qu’il n’y a pas nécessairement de lien entre les propositions.

Plus personne n’a une crisse d’idée à quoi peut bien servir un point-virgule, alors je préfère préciser.

Pourquoi est-ce qu’on voudrait séparer deux morceaux de phrase sans faire de lien entre eux, de toute façon?

Bref.

Travailler fort, ça sert à rien.

Je vous écris ça parce que tout le monde est persuadé du contraire.

Tout le monde croit qu’en travaillant assez dur, en mettant assez de temps et d’efforts, de jus de bras, on sera forcément récompensé.

Well, peut-être pas tout le monde, mais mes parents en sont convaincus.

Et quand je dis mes parents, je parle des adultes qui n’ont pas un X ou un Y étampés dans le front. Ceux qui font basculer la démographie dans le rouge, ces temps-ci.

Même s’ils ont mis les églises aux vidanges, ils sont encore pris avec ça. Work hard, it pays off.

C’est du judéo-chrétien de bon boss, ça. C’est le paradis et les foutus Champs-Élysées à la fois.

C’est même plus que ça.

C’est la fusion grossière entre les idéaux du capitalisme radical et la promesse d’un monde meilleur au bout d’une existence de dur labeur offerte par la grande majorité des religions du monde.

Moi je vous dis que travailler fort, souvent, ça sert à rien.

Parce que les gens qui travaillent fort pour le salut que ça leur achète au bout du compte, que ce soit un paradis bien shiné ou une retraite a Old Orchard, ont bien de la difficulté à apprécier le chemin.

C’est le chemin qui compte, plus que tout le reste.

Le chemin qui nous fait découvrir des gens et des endroits nouveaux chaque jour ou qui se perd dans la bienfaisante plénitude d’une routine bénie.

Le chemin qui tortille ou suit une ligne droite.

Le chemin d’images, d’odeurs, de sons et de moments, puisque ce sont les émotions et les sens qui nous imprègnent la vie dans le coeur.

En regardant devant soi, on oublie d’ouvrir les yeux sur ce qui se trouve à côté.

Et travailler fort ne sert plus à rien puisqu’au bout du chemin, quand on atteint le Saint Graal, on a oublié comment y boire.

C’est pour des raisons semblables que l’argent fait le bonheur.

Je sais que c’est péché de dire ça.

Mais on ne m’a pas baptisé, alors je suis relativement en sécurité.

Et juste comme ça, je vous révèle un secret terrible à propos de ma naissance.

J’ai aussi une cicatrice en forme d’éclair sur la fesse droite.

I’m the One. L’Élu.

Bref.

L’argent fait le bonheur pour ceux qui savent exactement quoi en faire. Chaque dollar que j’investis me rend plus heureux que le moment d’avant.

Parce que je me connais suffisamment pour gaspiller mon argent dans le chemin qui me ressemble le plus.

L’argent me rend heureux parce qu’il ne remplit pas de vide, parce qu’il n’est pas matériel ou superflu.

Parce que ma Visa Odyssée porte vraiment bien son nom, et que chaque fois que je l’utilise j’ai l’impression de partir pour une nouvelle aventure.

Pour des courgettes au IGA, un foutu lave-vaisselle ou un voyage en Afrique.

Je sais, c’est tabou en crisse de dire que l’argent fait le bonheur, mais je le fais quand même.

Pas parce que je suis riche. Je vis avec un salaire d’étudiant et des prêts et bourses depuis 7 ans.

L’argent que j’ai, aussi limité soit-il, fait le bonheur.

Il fait mon bonheur, parce que j’ai le bon sens de l’utiliser pour ce qui me fait du bien au coeur et à l’âme.

Et juste comme ça, je démolis deux mythes.

Les gens qui travaillent fort sans apprécier le chemin sont aussi ceux qui dépensent leur argent sans savoir comment ou pourquoi.

Et souvent, ils en ont un très gros paquet.

Ce sont ceux qui se réveillent trop tard après avoir vécu trop peu. Qui regrettent et qui regardent, amers, cette route bétonnée qui ne leur ressemble en rien.

C’est une grande tristesse.

Mais c’est ce que je vois chaque jour, je vous le jure.

Alors, travailler fort, ça sert à rien.

L’argent fait le bonheur.

Vous ne me croyez peut-être pas, mais je ne vous demande pas votre avis.

Commencez par réviser vos point-virgules.

 

 

 

 

 

Je n’ai pas voté

April 9, 2014

Je n’ai pas voté.

Et je l’assume. Je suis même convaincu d’avoir raison de ne pas l’avoir fait.

Je vous entends rugir d’ici.

Vous rugissez la même chose chaque fois que je le dis, c’est pour ça que je ne le dis pas trop fort, d’habitude.

Mais pas cette fois.

Vous me rugissez que le vote est un devoir citoyen et que c’est le pouvoir que nous avons sur la démocratie.

Je crois que vous vous racontez des histoires.

Je crois que rien n’a changé, hier. Que les façades de marbre sont différentes, mais que les véritables maîtres du temple demeurent.

Ceux qui avaient du cash hier en ont encore aujourd’hui, et ils se réjouissent de nous voir nous complaire dans une illusion de contrôle. Ils se frottent les mains derrière un écran de fumée.

Vous me rugissez aussi que certains pays du monde n’ont pas ce droit et que beaucoup de gens sont morts au cours de l’Histoire pour que nous puissions nous exprimer.

Je crois que vous avez raison en partie mais que, là encore, vous vous racontez des histoires.

Je crois que la démocratie meurt chaque jour. Elle meurt chaque fois que nous acceptons que des étrangers entrent dans notre maison, notre écran ou notre compte en banque et nous disent ce que nous devons acheter, aimer ou croire. Aller voter ou non n’a rien à voir dans cette mort, arrêtez de me raconter le contraire.

Alors, je n’ai pas voté.

Et je l’assume.

Je préfère poser des gestes politiques.

Chaque jour.

Je crois que les menaces réelles à la démocratie et à la justice sont l’indifférence et l’argent.

Nous sommes indifférents les uns aux autres. We don’t care. Nous sommes prisonniers de nos solitudes. Nous nous laissons mener par des impératifs invisibles et nous diluons nos valeurs dans un rythme de vie qui n’a rien à voir avec notre nature profonde.

Ne nous étonnons pas que la politique reflète cette dérive.

Je crois que je pose un geste politique chaque fois que je salue un inconnu dans la rue, que je choisis de mettre des heures dans un gymnase avec des adolescents plutôt que dans n’importe quel endroit qui me rapporterait davantage d’argent. Je crois que mon métier de psychologue est profondément politique dans son idéologie et ses valeurs.

Je crois que je pose un geste politique chaque fois que je me préoccupe davantage des gens que du cash, chaque fois que je combats l’indifférence au nom de l’être humain.

Je n’ai pas voté. Je ne voterai pas tant que je ne serai pas certain que mon vote sera pris en compte et pourra refléter mes valeurs, peu importe le gagnant. Je peux vous jurer que, le jour où le scrutin proportionnel sera mis en vigueur au Québec, je voterai.

D’ici là, je m’abstiens. L’absurdité abyssale de cette campagne électorale me confirme que j’ai raison de le faire.

Vous m’aimez quand même, je le sais.

 

J’ai peur

July 23, 2013

Dans moins de deux semaines, je m’envolerai pour l’Afrique. Je m’envolerai vers son plus haut sommet. Le Kilimandjaro culmine à 5895 mètres d’altitude à Uhuru Peak, le Sommet de la Liberté.

Je prépare ce voyage depuis deux ans. J’ai hâte. Terriblement hâte.

Mais,

J’ai peur. Terriblement peur.

Peur d’être incapable de dépasser mes limites, de ne pas être assez solide mentalement pour affronter la douleur, l’imprévu, l’inconfort, le danger et l’incertitude.

Peur que mon corps me laisse tomber et ne me permette pas d’accomplir mon rêve. Peur qu’une chose aussi futile qu’un groupe de muscles, d’os et de nerfs refuse de me porter sur toute la distance.

Peur de devoir accepter mes limites, d’être dans l’obligation de reconnaître que je ne suis ni grandiose, ni éternel, ni invincible.

Peur de ne pas parvenir à assumer un rôle de chef, de leader, de meneur et d’exemple.

Ce sont mes peurs d’avant, celles qui ne me mènent pas au sommet après deux années de préparation, d’activités de financement et de sacrifices. Celles qui cultivent les regrets et l’amertume.

Mais j’ai aussi peur du sommet.

Peur que 5895 mètres ne soient pas suffisants.

Peur de courir toute ma vie pour atteindre l’extase, la fierté et la plénitude, en vain.

Peur que chaque nouvelle entreprise, chaque nouveau rêve ne soit qu’une course vers moi-même qui ne m’y mène jamais vraiment.

Peur d’atteindre le sommet pour les autres plutôt que pour moi-même, pour les photos sur Facebook plutôt que celles dans mon salon.

Peur d’être incapable de vivre les moments qui méritent de l’être avec les gens qui sont importants pour moi.

Ce sont mes peurs de réussite et de succès, celles qui jalonnent mes nuits de doute et d’angoisse.

Mais j’ai aussi peur du retour.

Peur que la vie de tous les jours perde de son éclat, que le prochain sommet soit trop éloigné pour me mettre en mouvement.

Peur de ce qu’on dira de moi si je ne réussis pas.

Peur de regretter toute ma vie de ne pas avoir atteint le Sommet de la Liberté.

Ce sont mes peurs du quotidien, de l’ordinaire et du banal. Mes peurs du regard extérieur qui façonnent celui que j’ai envie d’être.

J’aimerais terminer ce texte avec une morale salvatrice, un bouclier contre la peur, une carapace à l’épreuve du doute.

Je n’ai rien de tout cela. Je fais face à mes peurs comme on fait face au vent.

Le 3 août, j’aurai l’air solide comme le roc.

Je serai terrifié.

 

3 obstacles (parmi tant d’autres) à franchir lorsque l’on veut faire (et éventuellement réussir) quelque chose (n’importe quoi!)

June 5, 2013

Vous voulez faire quelque chose, je le sens.

Déjà, vous avez eu droit à un guide simple et pratique qui vous offre la formule nécessaire.

Génial!

Seulement, vous n’êtes pas encore en train de le faire. Ça n’a rien d’un hasard. Vous êtes probablement paralysé par un obstacle de taille.

Et ça vous rend fou.

Voici donc une liste des trois murs qui bloquent la route de l’action avec, en bonus, des pistes pour les escalader, les contourner ou les réduire en poussière.

#1 Le temps

“Je n’ai pas le temps”, c’est un paratonnerre.

C’est une manière exquise de s’excuser de ne pas faire ce qui est important, de laisser l’emporter la routine et les obligations, de permettre au rythme du monde de nous dicter notre conduite.

“Je n’ai pas le temps”, c’est une excuse inacceptable. C’est la responsabilité de nos actes que l’on remet entre les mains de quelque chose qui n’existe que pour compartimenter nos vies d’une manière arbitraire.

La solution est simple, sans l’être vraiment.

Il suffit de faire face avec courage à ce constat aussi terrifiant qu’exaltant:

“Le temps, on ne l’a pas. On le prend”.

Ma vie a changé lorsque j’ai commencé à penser de cette manière.  J’ai organisé un voyage au Kilimandjaro (j’y serai dans moins de deux mois). J’ai terminé un premier roman (qui vient d’être publié). J’ai continué à travailler comme entraîneur (en terminant un doctorat).

Je n’avais pas le temps. Vraiment pas. Je l’ai pris quand même.

Ces choix ont des conséquences. Mon compte de banque me regarde avec des yeux tristes et certaines de mes obligations scolaires sont plongées dans un océan de retard.

Peu importe. Je suis le seul responsable. Je l’assume.

Le temps, ce coupable facile, n’a rien à y voir.

#2 La peur

Décider de faire quelque chose, c’est plonger dans l’inconnu.

C’est repousser ses propres limites, vérifier jusqu’où elles peuvent s’étendre.

Ça fait peur, bien sûr.

Repousser ses limites, c’est aussi accepter d’en avoir.

C’est s’exposer à l’échec, à la critique, aux conflits et aux désaccords. Parce que si vous décidez de faire quelque chose d’important, et de le faire bien, il y aura toujours quelqu’un pour vous barrer la route.

Il y aura forcément des gens pour juger de vos actions, évaluer vos résultats ou même jalouser votre mode de vie. Il y aura un miroir quelque part pour vous forcer à faire face au monde.

La solution est simple sans l’être vraiment.

Il faut briser les miroirs. Cesser d’agir pour les autres, arrêter de craindre l’image que l’on projette, ne pas redouter d’être soi-même.

C’est le défi d’une vie, vaincre la peur qui paralyse l’action.

#3 La pointe du V

Si vous décidez de faire quelque chose, vous serez à la pointe du grand V. Peut-être serez-vous seul dans votre vol, peut-être devrez-vous être accompagné. Si c’est le cas, vous rencontrerez forcément le troisième obstacle.

Si vous prenez la pointe, tout le monde vous laissera mener. Personne ne voudra braver le vent. Beaucoup voudront s’impliquer mais utiliseront un jour ou l’autre l’un des deux premiers obstacles pour reculer face aux défis et remettre le fardeau entre vos mains. Ça n’aura rien de méchant ou même d’intentionnel.

Mais ça arrivera.

La solution est simple, sans l’être vraiment.

Il faut continuer. Accepter d’en faire plus sans être reconnu, prendre votre propre relais, montrer l’exemple et ne jamais laisser l’amertume l’emporter sur l’enthousiasme.

Aller contre le vent, lentement, sans fléchir. C’est une migration, c’est un marathon, c’est une aventure extraordinaire et douloureuse. C’est la seule manière que je connaisse d’accomplir quelque chose.

Ça s’appelle du leadership, et c’est une maladie contagieuse si on la laisse se développer assez longtemps.

 

Maintenant, vous connaissez les étapes principales pour  faire quelque chose et les défis que cette décision implique. Ça n’a rien d’une simple partie de plaisir.

C’est votre propre montagne, votre vol inaugural, votre chemin de croix.

Bonne chance.