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Category Archives: L’arbre

Je n’écrirai pas sur l’amour

February 14, 2017

C’est la St-Valentin et je n’écrirai pas sur l’amour.

Pourtant, ça fait 20 ans que j’écris.

Et je réalise que non, je n’écris jamais sur l’amour.

Alors je ne le ferai pas aujourd’hui non plus.

Parce que si j’écrivais sur l’amour, j’aurais peur d’avoir l’air faible ou trop sensible. J’aurais la chienne de laisser tomber deux ou trois morceaux de mâlitude. Je serais presque convaincu de vous ennuyer.

Si j’écrivais sur l’amour, je devrais d’abord essayer de le définir et de le comprendre. Il m’échappe dans son fond et sa forme, l’amour, parce qu’il refuse les conventions de la logique et transforme des humains intelligents et raisonnables en organismes unicellulaires avec un peu de bave su’l bord de la bouche.

Si j’écrivais sur l’amour, je devrais arrêter de passer par la bande en parlant seulement d’amitié et de famille. Je devrais m’attarder à l’amour romantique, à l’amour qu’on recherche, celui qu’on n’a pas reçu, celui qu’on découvre, celui qui vibre, celui qui s’agite à l’intérieur du ventre et sur le pourtour des prunelles. Je devrais vous parler de tendresse, d’entraide, de compassion et d’engagement. Je devrais vous parler de l’amour sous toutes ses formes et ça me ferait peur en esti d’ouvrir cette boîte de chocolats en forme de coeur de Pandore.

Surtout, si j’écrivais sur l’amour ça me forcerait à vous parler de moi. À vous écrire que l’amour m’enrage, que l’amour m’échappe, que l’amour me fascine, que l’amour m’étourdit, que l’amour me détruit, que l’amour me manque. Je devrais bien vous confier que, parfois, je n’y comprends rien, à l’amour.

Ça m’amènerait à vous parler de mes doutes. Des moments où je crois que l’amour est inaccessible ou qu’il n’est pas pour moi. Des souvenirs dorés qu’il évoque et de ces bulles de bonheur qui m’apaisent quand il fait trop noir.

Si j’écrivais sur l’amour je devrais aussi écrire sur la solitude, sur ma solitude. Sur ce sentiment terrible d’être isolé du monde et de ne pouvoir rien y faire. Je vous en parlerais parce que je serais assez convaincu de ne pas être le seul à le ressentir. J’aurais envie de savoir que ça vous arrive aussi, parfois.

Si je prenais le risque, la chance, le pari d’écrire sur l’amour, je ne pourrais passer à côté de l’espoir. Je devrais bien vous dire qu’il brille à l’intérieur de moi, quelque part. Qu’il s’éveille par moments et pas seulement pour l’amour de ma vie, pour l’amour dans ma vie, mais pour l’amour au sens large, il faut bien que j’y revienne.

Parce que je suis convaincu que c’est notre seule raison d’être ici. L’amour est l’emballage sucré de notre survie et de notre évolution. Nos cerveaux, nos corps et nos esprits sont construits pour s’entrelacer. Nous ne sommes seuls que pour nous protéger des ravages que l’amour peut faire à l’âme.

Je m’assume le cheesy, l’amour est notre salut. Parce qu’il implique l’empathie, l’accueil et la chaleur. Parce qu’il combat l’ignorance, la peur, la haine et le froid. Nous avons davantage besoin d’amour maintenant qu’à n’importe quel autre moment de l’Histoire des humains.

Il y a 1000 façons d’aimer, avec ou sans mots, avec ou sans gestes. Il y a 1000 façons de laisser une trace, de marquer d’une empreinte, de rassurer et de protéger. Il y a 1000 façons de contrer l’isolement, d’oublier les vieilles querelles et de reprendre contact.

Voilà tout ce que je vous dirais si je prenais le risque, la chance, le pari d’écrire sur l’amour.

Mais je ne le ferai pas, oh non.

Je n’écrirai pas sur l’amour.

 

J’ai 30 ans

December 8, 2016

J’ai 30 ans.

En fait, j’écris en direct de mes dernières minutes de vingtaine.

J’aurai 30 ans dans moins de trois heures.

Et comme, pour moi, c’est un big deal, j’ai envie d’écrire un texte en buvant du vin.

Un mardi soir, bin oui.

C’est ma fête, j’ai le droit.

***

J’ai 30 ans et je ne sais pas trop quoi penser de ma vie.

Les directions claires ne sont pas vraiment pour moi.

Les décisions d’adulte me paraissent souvent étranges.

Les REER me parlent mais je ne leur réponds pas toujours.

Mes cheveux blancs me rappellent que le temps est le luxe des vivants.

 

J’ai 30 ans et j’aime ma job.

Je ne pense pas que je vais arrêter de l’aimer.

Alors que vous êtes si nombreux à vous lever chaque matin avec la peur du jour.

Alors que vos dimanche sont parfois remplis de peur et de doute.

J’aime crissement le métier que j’ai choisi.

Je le trouve rempli de sens, de beauté et de calme.

En plus j’suis mon propre boss.

Je marche 1 minute pour aller au bureau.

Je décide de mon horaire.

Et j’ai du plaisir, chaque jour.

Je dis pas ça pour vous emmerder.

En fait, je dis ça pour vous emmerder juste un peu.

Pour que vous réalisiez que faire un travail que vous n’aimez pas peut vous gâcher la vie. Et que toutes les excuses que vous trouvez pour continuer à le faire ne sont que partiellement valables.

 

J’ai 30 ans et j’ai peur.

J’ai peur du monde dans lequel je vis.

Parce que je fais partie de la première génération qui peut legit se demander si c’est correct de faire des enfants au coeur d’une Humanité qui aura de la difficulté à survivre aux 100 prochaines années.

J’ai peur que mes futurs kids vivent dans des grosses flaques, qu’ils n’aient rien à manger et doivent se battre pour de l’eau potable.

J’ai peur à cause du 9 novembre 2016, de nos pouvoirs toujours plus grands pour notre empathie toujours plus défaillante.

J’ai peur de nos ignorances et de nos illusions, de ces secondes qui claquent sur l’horloge de notre survie d’espèce sans que nous le réalisions pleinement.

 

J’ai 30 ans et je passe trop de temps sur mon cellulaire.

À regarder les vies rêvées, les sourires figés et les corps parfaits d’être humains qui souffrent autant que moi quand la caméra s’éteint.

À me distraire, à m’engourdir, à me comparer, à perdre mon temps et à tromper ma solitude et mon ennui à travers le réseau social, notre nouvel empereur.

À me dire que je n’en fais pas assez, pas assez vite, pas assez haut, pas assez performant, pas assez successful, pas assez musclé, pas assez confiant, pas assez n’importe fucking quoi. Parce que c’est exactement ce à quoi servent ces images et ces mots. À entretenir l’envie, la honte et le désespoir dans un effort systémique et pandémique pour nous proposer de posséder, d’être et de faire davantage.

Je me suis laissé prendre. Shit.

 

J’ai 30 ans et j’aime les gens qui sont dans ma vie.

Mes amis et ma famille réchauffent mes pas.

Même si la vingtaine m’a appris que ce que je croyais immuable est en fait complètement volatile.

Et que ma solitude n’a pas de remède universel.

J’aime tellement les gens qui m’entourent.

Les coachs qui m’invitent à la maison à Noël.

La maman qui me sert dans ses bras en me disant d’écouter mon coeur.

Le papa qui s’inquiète encore quand j’ai l’air fatigué.

Les amis qui m’empêchent de me bullshitter moi-même et ceux qui me font toujours payer des verres au lieu des pintes.

Les adolescentes qui investissent leur temps et leur coeur dans une équipe de Basketball.

Les cousins que j’ai toujours hâte de voir.

S’il y a bien une chose que j’ai apprise dans la décennie des 2, c’est que rien n’a plus de valeur que cette connexion unique et indescriptible entre les êtres humains, celle qui crée une chaleur impossible à définir et la certitude paisible que it’s gonna be allright.

 

J’ai 30 ans et je ne sais pas quoi penser de l’amour.

Qui fait des aller-retours étranges dans ma vie sans vraiment m’avertir.

Qui prend des formes inconnues, emprunte des chemins radicaux et refuse de se laisser définir.

Qui me fait mal et me questionne sur sa pertinence, son utilité et son existence.

J’ai 30 ans et je me dis que l’amour passera bien un jour et que je ne m’en rendrai peut-être pas compte.

Parce que j’attendrai un conte de fées rempli d’aventures torrides et que ce sera un samedi matin à boire du café au lait.

Ou un visionnement en 3D de trouver Doris avec des kids qui hurlent.

 

J’ai 30 ans et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’une petite partie de ce futur qu’on m’annonçait avec enthousiasme est déjà derrière moi, pour ne plus jamais revenir.

Que, avec un peu de chance, des millions de secondes demeurent devant, mais que rien ne ramènera celles qui sont déjà égrénées.

J’ai 30 ans et ça me terrifie de penser ça, vous avez même pas idée. C’est une peur du temps qui fuit, du temps qui part, du temps qui ne revient pas. Une peur qui me suit depuis je sais pas combien de temps, depuis trop longtemps. C’est une peur universelle, une peur existentielle, une peur humaine, une peur ultime. Nous avons tous peur de mourir mais on dirait que je suis né avec un extra on the side.

En fait, j’ai pas peur de mourir. J’ai peur de rater ma vie. La seule que j’ai en stock.

Alors, j’ai 30 ans et je fais tout ce que je peux pour éviter ça. Des fois je réussis, des fois non.

Et je demeure rempli de doutes, d’incertitudes et de peurs.

Mais aussi de moments d’extase, de petites éternités, de chocolats fondants, de sommets du Kilimandjaro, de show de Half Moon Run, de permis de psychologue et de verres de vin le mardi soir.

J’ai 30 ans et je suis heureux d’être Victor-Olivier Hamel-Morasse, même si c’est long en esti comme nom, que je saurai pas comment appeler mes enfants et qu’il y a des jours où je suis pas fier de moi.

J’ai 30 ans live et je pense que c’est peut-être correct d’être juste moi, quoi que vous en pensiez.

J’ai 30 ans et je serais pas quelqu’un d’autre, je crois.

Et je me dis que je ne ferais pas autre chose du temps que j’ai à ma disposition.

Et c’est une bonne chose, parce que, comme le dit Gandalf:

“All we have to decide is what to do with the time that is given to us”.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus de gens comme toi, Monsieur Pas-de-dents

July 24, 2016

Ça fait deux fois que je te croise.

Pendant mon jogging.

En fait, je te croise à la fin de mon jogging, au moment où la grâce et l’athlétisme ont quitté mes foulées.

Quand mon corps a mal et que ma face en témoigne.

La première fois, tu attendais l’autobus. Tu m’as vu arriver de loin et tu m’as souri.

Avec pas beaucoup de dents.

C’était pas un beau sourire et en même temps c’était magnifique.

Je voudrais bien t’expliquer comment c’est possible, Monsieur Pas-de-dents, sauf que je suis pas certain que tu comprendrais.

Je t’ai vu quelques secondes seulement, mais je suis pas mal convaincu que tu fit pas totalement dans le moule.

Que les métaphores et les figures de style, c’est pas trop ton genre.

C’était peut-être ton grand sourire pas-de-dents, ton sac-banane ou juste quelque chose dans tes yeux, je sais pas.

C’était peut-être simplement le fait que tu me saluais sans me connaître, que tu m’encourageais gratuitement en levant ton pouce dans les airs sans te préoccuper de ma réponse ou de ce que j’allais penser de toi.

Tous ces indices qui m’ont porté à penser que tu faisais partie de la gang de ceux qu’on appelle différents, quand on veut être polis.

En passant à côté de toi, je t’ai souri aussi. J’étais content, t’as fait ma journée.

Je m’en foutais un peu que t’aies pas beaucoup de dents.

 

Je t’ai revu aujourd’hui, à la fin de mon jogging, Monsieur Pas-de-dents.

Mon corps avait encore mal, ma face en témoignait plus que jamais.

Fa chaud, esti.

Et tu m’as reconnu.

Tu m’as pointé au loin en sautillant sur place.

Tu as levé le pouce.

Cette fois, je savais à quoi m’attendre.

En passant près de toi, j’ai levé ma main au ciel, et on s’est fait le plus beau high five de l’histoire des high five, j’suis pas mal certain.

T’as encore fait ma journée, et on se connaît même pas.

J’ai couru mon dernier 100 mètres comme si je venais de gagner le marathon de Boston, en saluant une foule invisible.

 

Je devrais te trouver un autre nom, parce que Monsieur Pas-de-dents, ça te rend pas justice.

Ça dit pas à quel point t’as compris quelque chose qu’on s’acharne à oublier.

Ça dit pas de quelle manière t’es capable de faire une différence dans ma vie sans qu’on échange un mot.

Ça dit pas comment tu refuses de mettre en place toutes les défenses sociales qui nous paralysent, nous isolent et nous désespèrent.

Ça dit rien de notre tendance stupide à te placer dans la gang des différents en refusant trop souvent d’apprendre de toi.

 

La semaine dernière, j’ai écrit que les tueries, les attentats et les non-sens, ça ne s’arrêterait pas.

Je pense que j’ai raison et tort à la fois.

Je crois que s’il y avait plus de gens comme toi, Monsieur Pas-de-dents-à-qui-j’ai-pas-encore-trouvé-de-meilleur-nom, ça pourrait s’arrêter.

Parce que notre moment, c’était pas juste un sourire, un thumbs up et un high five.

C’était des petits bouts de compassion, d’empathie, d’affection, de plaisir et d’enthousiasme.

T’es entré en contact avec moi sans réfléchir pis ça m’a fait du bien.

S’il y avait plus de gens comme toi, on arrêterait peut-être d’avoir peur de l’autre et d’essayer de s’en protéger.

On se ferait tous des high five dans la rue en se rappelant que c’est l’fun en criss de partager quelques secondes avec un inconnu qui nous ressemble.

S’il y avait plus de gens comme toi, je suis convaincu qu’on serait tous moins stressés, anxieux, déprimés et seuls.

Qu’on aurait des vies plus joyeuses, remplies de sens et de petits moments de plénitude.

Alors prépare-toi, Monsieur Pas-de-dents.

Parce que si on se recroise, notre high-five va battre des records.

Je vais aussi m’arrêter pour te demander ton nom et te dire merci.

T’as fait ma journée, deux fois, sans un seul mot.

Je vais avoir besoin de tes conseils.

 

 

 

 

C’est difficile d’écrire

March 3, 2016

Je n’écris plus.

Depuis le 29 septembre 2015, pas un seul article sur ce blog.

Je vous manque, je le sais.

Avouez, allez.

J’ai commencé des textes qui sèchent doucement dans la rubrique des brouillons.

C’est un drôle de mot, brouillon, mais ça exprime bien ce que ça veut dire d’être un texte inachevé, mal défini, peu inspiré, découragé et décourageant.

Un mélange de bouillon et de brouillard.

Ils doivent être un peu tristes, ces bouts d’idées, en réalisant qu’ils ne seront jamais terminés, publiés ou lus.

J’ai de la peine pour eux et en même temps ils me font chier, ces bouts-là, parce qu’ils sont remplis de mes trous de courant artistique, des ratés de mon flux créatif.

Ce sont des trous du flux.

Et leur existence m’amène à une conclusion inévitable:

C’est difficile d’écrire.

Difficile en criss.

J’ai toujours la semi-impression de perdre mon temps, quand j’écris.

Une phrase, un tour dans le réfrigérateur. Ouin, rien de nouveau là dans les dernières 5 minutes on dirait.

25 pas en rond, un mot ajouté, une phrase lue à voix haute, asti ça fit pas pentoute. Un mot supprimé.

Bin ça fit encore moins.

Shit.

Frigidaire. Rien à signaler, les poivrons se tiennent tranquilles. Je retourne à l’écran.

Assis, debout, assis. Grattage de tête, tournage sur moi-même, regardage par la fenêtre d’un air mélancolique, musique triste, musique joyeuse, pas de musique.

Frigo. Les pommes vertes n’ont pas bougé, comme prévu.

Puis deux phrases de suite. Elles s’enchaînent, se conçoivent bien et s’énoncent clairement, comme la pub ou le proverbe, je sais plus.

Là ça va bien, j’ai un best-seller en chemin. Stephen King tremble dans sa tombe même s’il est pas mort, c’est vous dire à quel point c’est bon.

Je relis. Le même mot deux fois de suite, c’est atroce.

Synonyme, synonyme, synonyme.

Jouissif au lieu d’exutoire, ça marches-tu?

Magnifique au lieu de superbe?

Horrible à la place d’atroce?

Ça marche pas dans le contexte.

Backspace. Backspace. Backspace.

Congélateur.

Crème glacée? Why not, c’est réconfortant, pis le réconfort est à la création ce que la formule 1 est au pilote de formule 1, comme disait Beaudelaire ou Dumbledore. Y a des pépites de chocolat dedans en plus, peut pas faire de mal.

Puis vient l’éclair. Le moment de grâce. Ça arrive pas souvent alors je le chevauche.

Bin oui, je chevauche l’éclair de la création.

C’est beau, ça, hein?

L’éclair, c’est quand t’as la chance de pouvoir t’asseoir et juste écrire. Sans trop réfléchir au fond ou à la forme, laisser la place aux idées que tu multiplies, que tu couches sur papier (sur écran, ok) et que tu embellis juste à y penser. C’est ton talent qui s’exprime avec le bon rythme, la justesse des mots, la beauté de liquéfier ton esprit et de le rendre catchy pis un peu poétique, des fois.

L’éclair, c’est quand tu touches les gens qui lisent ce que t’écris, quand tu sais que t’as mis un p’tit morceau d’humanité dans des lettres sur un clavier. Quand la connexion existe avec des gens que tu connais même pas. C’est fou, tu connectes avec quelqu’un sans avoir conscience de son existence. Y a quelque chose de métaphysique ou de spirituel ou un mélange fucké des deux là-dedans, je saurais pas dire. Une sorte d’univers parallèle qui s’ouvre quand tu chevauches l’éclair de la création.

Frigidaire, prise 1000. Ou peut-être le garde-manger pour des craquelins santé, pas des chips ça beurre le matériel juste à les regarder. Pis je veux être un écrivain slim, autant que possible, et j’ai déjà fini la crème glacée.

Parce qu’un éclair, par définition, ça dure pas longtemps. L’autre 99% du temps, écrire, c’est de la marde. C’est du temps, c’est s’asseoir pis se relever, boire du café frette, mettre du beurre de pinotte sur la touche enter. C’est être lu par personne, avoir peur de ce que l’univers va penser de tes mots, angoisser à propos d’une phrase.

Mais c’est beau. Pis c’est l’fun. C’est un coin d’espoir, de tristesse, de joie, de peur pis d’imagination que personne peut t’enlever parce que c’est juste à toi.

Alors si tu veux écrire, bin écris. Pitch ça dans le monde après même si ça te fout la chienne. Si quelqu’un rit de toi, propose-lui un rap battle, juste pour voir.

J’te jure que ça vaut la peine.

J’vais finir là-dessus, l’éclair vient de passer.

Le frigidaire m’attend, juste à côté de mon café frette.

 

 

 

À propos de l’échec

June 15, 2015

Samedi, j’avais une audition.

Une audition pour une conférence, je précise.

Trois minutes pour me faire valoir.

C’était très important pour moi, une occasion unique à saisir.

Je me suis préparé du mieux que j’ai pu.

Révisé chaque phrase dans ma tête au moins deux cent fois.

Raffiné chaque aspect de ces trois minutes au meilleur de mes capacités.

Samedi matin, je me suis réveillé tôt.

Une dernière répétition.

Parfait. J’étais prêt.

Une heure et demie de route.

Je suis entré dans la salle.

J’ai commencé ma présentation.

Et je me suis planté.

Complètement.

J’ai oublié mon texte. Deux fois. J’ai figé et baissé les yeux, rempli d’une honte presque palpable au toucher.

Et, les trois minutes fatidiques continuant à défiler à une vitesse folle, l’une des personnes devant moi est gentiment venue à ma rescousse en me posant quelques questions.

Une autre m’a apporté une chaise pour ensuite s’asseoir au sol près de moi en signe de support.

Je me suis assis, complètement sonné. J’ai répondu aux questions.

La tête vide et pleine à la fois. Étrange sensation.

Ils étaient si gentils, si remplis de compassion, chacun d’eux.

Ça me réchauffait et me mettait en criss en même temps et je ne comprenais pas pourquoi.

On m’a demandé si j’avais des questions.

J’ai répondu que non. Je devais sortir au plus vite, shame on me.

Juste avant que je déguerpisse, on m’a dit de cocher ce moment comme une réussite.

Je ne l’ai pas fait.

Je l’ai coché comme un échec.

 

48 heures plus tard, je n’ai pas changé d’avis.

Je ne crois pas que les émotions de tristesse, de colère et de honte associées à l’échec devraient être balayées du revers de la main.

Je crois qu’elles devraient être pleinement vécues.

Que ces moments où l’on tente de réussir quelque chose sans y parvenir devraient être appelés par leur nom.

Epic. Fail.

Si c’était important au départ, pourquoi minimiser l’ampleur du cassage de gueule une fois qu’il est survenu?

Je me sens tout croche depuis deux jours et c’est correct comme ça.

Pendant 10 minutes, j’ai été fragile et petit, j’ai baissé mes défenses, j’ai arrêté d’être parfait.

10 longues minutes.

C’est le prix à payer quand je prends un billet aller-simple en-dehors de ma zone de confort.

Souvent, ça marche. C’est vraiment l’fun, ça me rend fier.

Des fois, ça marche pas. Je suis pas spécial, finalement.

C’est un feeling épouvantable.

Mais je n’ai pas envie de le chasser.

Je veux que ça brûle.

 

Ça sonne un peu masochiste.

Well, je crois que ça l’est.

Mais ça sert à quelque chose.

Ça sert à prendre le temps de faire la différence entre subir un échec et être un échec.

C’est vraiment important.

J’ai de la difficulté à vous expliquer comment.

Mais la seule raison qui fait que je n’arrêterai pas d’essayer des trucs différents, des trucs avec un certain potentiel de coup de pelle au visage…

C’est que je sais que je ne suis pas mes échecs.

Je crois que si je mettais de côté les émotions de marde que je vis depuis 48 heures, elles finiraient par me revenir en pleine gueule et se poser à l’intérieur de moi, tout le temps.

Elles finiraient par faire partie de moi.

Et j’ai pas envie de ça.

 

Alors je prends quelques jours.

Disons 3 ou 4, c’est quand même pas la fin du monde.

Quelques jours pour me sentir tout croche.

Pour digérer l’échec en continuant de l’appeler par son nom.

Pour me dire à quel point je m’en veux de ne pas avoir été à la hauteur.

D’avoir raté une occasion qui ne reviendra plus.

Je prends même un peu de temps pour partager tout ça avec les gens importants pour moi, histoire de ne pas laisser la honte isoler mon coeur.

 

Après, j’émerge.

Mes échecs deviennent réellement des expériences et des apprentissages.

Ils me permettent d’être meilleur, d’accepter d’être vulnérable, de ne pas répéter mes erreurs.

Ils s’expulsent par eux-mêmes de ce que je suis pour redevenir une petite partie de ce que je fais.

Après, je me sens mieux.

 

Après.

Là, je me sens tout croche.

Epic. Fail.

Je suis pas spécial.

Et c’est correct comme ça.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Robin Williams

August 12, 2014

Robin Williams est mort et je ne sais pas comment en parler.

Je ne sais même pas si je devrais en parler.

Je pourrais lui rendre hommage, mais ça me semble un peu superflu.

Les hommages pleuvent et vont continuer à pleuvoir.

Je pourrais vous dire à quel point ses films et ses personnages m’ont inspiré, à quel point ils m’ont fait du bien, à quel point ils ont guidé ma vie.

Mais je raterais un peu le bateau, Ô capitaine mon capitaine.

Alors je vais simplement vous dire comment saisir le jour – carpe diem – peut être difficile.

Comment un homme qui en faisait rire des millions d’autres pouvait être profondément malheureux et tourmenté au fond de lui-même.

Comment, à l’intérieur de chacun de nous, il y a à la fois l’émerveillement et le chagrin, l’espoir et la fatalité, le bonheur et le désespoir.

Je veux simplement vous dire que je crois que c’est une insulte à la mémoire de Robin Williams de dire simplement qu’il souffrait de dépression et que c’est ce qui l’a poussé à mettre fin à ses jours.

“O me! O life!… of the questions of these recurring; of the endless trains of the faithless… of cities filled with the foolish; what good amid these, O me, O life?”

Answer. That you are here – that life exists, and identity; that the powerful play goes on and you may contribute a verse. That the powerful play *goes on* and you may contribute a verse. What will your verse be?

En se trouvant à la jonction du rire et des larmes, de l’homme et du géant, de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, Robin Williams a écrit quelques vers magnifiques de cette pièce cosmique dont parlent John Keating et Walt Whitman dans “La société des Poètes Disparus”.

Je veux vous dire que l’étendue infinie et magnifique des sentiments humains permet aux hommes d’exception de créer la beauté mais qu’elle les met également en contact avec ce que nous avons de plus sombre.

Et que cela fait justement partie de l’homme. Que le désespoir, la tristesse et le vide de l’existence sont des éléments fondamentaux de l’expérience d’être en vie.

Que, loin d’être des ennemis de la joie et de l’étincelle, ils en font plutôt partie intégrante.

Que saisir le jour est un défi de chaque seconde, le combat éphémère de notre petite place sur un bout d’étoile.

J’aimerais vous dire que tout cela est tellement, tellement, tellement plus qu’une maladie.

Dans Patch Adams, Robin Williams jouait le rôle d’un médecin qui a changé ma vie.

“What’s wrong with death, sir? What are we so mortally afraid of?

Why can’t we treat death with a certain amount of humanity and dignity and decency and, God forbid me, maybe even humor?

Death is not the enemy, gentlemen.

If we’re gonna fight a disease let’s fight the most terrible disease of all, indifference.”

Robin, Patch, Mr. Keating, Ô capitaine mon capitaine et tous les autres.

J’avais dit que je ne te rendrais pas hommage mais j’en suis incapable.

Une grande partie de ce qu’est ma vie aujourd’hui provient de ces quelques mots.

“If we’re gonna fight a disease let’s fight the most terrible disease of all, indifference.”

Et de la substantifique moelle de la vie que tu as choisi de cesser de goûter.

“Carpe diem. Saisissez le jour. Faites de votre vie une aventure extraordinaire.”

Merci pour tout.


 

 

 

 

 

 

La force de la vulnérabilité

October 7, 2013

C’est un mot terrible.

Vulnérable. Ouch.

Se rendre vulnérable, c’est mettre à bas les défenses, les châteaux-forts que nous construisons à l’intérieur de nous-mêmes. C’est accepter de révéler les blessures que nous avons tous. C’est partager avec autrui ce qui nous fait sentir petits et honteux.

Vous savez de quoi je parle.

Vous savez aussi que la vulnérabilité est associée à la faiblesse. Que lorsqu’on l’on parle de s’ouvrir sans se défendre, l’on se place consciemment ou non en position d’être blessé, en situation de soumission. Vous savez que c’est la raison principale pour laquelle vous hésitez à vous rendre vulnérable.

Vous avez peur que ça fasse mal. Vous craignez de passer pour une personne faible.

J’ai un secret à vous révéler:

Vous avez tort.

La vulnérabilité est la forme de force la plus extraordinaire qui soit. Celle qui nous permet de rejoindre d’autres êtres humains, qui nous connecte vraiment avec eux d’une manière plus fondamentale et plus universelle que n’importe quelle tablette électronique.

La vulnérabilité est à la base de la créativité puisqu’elle implique de faire quelque chose de nouveau pour la première fois. Créer, c’est prendre une partie de soi et l’offrir à l’univers.

La vulnérabilité, à mon avis, suppose que l’on ait le courage de regarder nos démons en face et de les affronter sans garantie de victoire. Elle m’apparaît comme la voie royale vers un bonheur authentique et pur qui ne s’enlise plus dans tous les moyens que nous empruntons pour paraître solides et implacables.

Pourtant, notre monde n’est pas fait ainsi.

Nous vivons dans un monde où les erreurs sont pointées du doigt, où les idées acquises le sont trop pour être contestées et où les moments de fragilité sont engourdis à coups de médicaments.

Alors que tous les moments magiques de l’Histoire de l’Humanité ont été engendrés par les trois éléments que je viens de mentionner:

-Les grandes inventions et les grandes découvertes proviennent de personnes qui n’avaient pas peur de se tromper, d’avoir tort et de réessayer.

-Les grandes révolutions sociales ont été amorcées par la remise en question d’une ou plusieurs idées acquises.

-Et les plus grands esprits humains sont tous passés par des périodes de fragilité, d’incertitude et de peur. Tous, sans exception.

Nous allons dans la mauvaise direction.

Notre modèle d’éducation industriel nous apprend qu’il faut réussir pour réussir, être sans faille pour être fort, dominer pour vaincre.

Je crois plutôt qu’il faut échouer pour réussir, accepter d’être faible pour être fort, être vulnérable pour vaincre.

C’est un discours qui ne colle avec rien de ce qu’on m’apprend depuis près de 20 ans. À l’école du moins.

Pourtant, je suis convaincu qu’il s’agit de la seule véritable manière d’être en vie pour de vrai, de mener une existence riche et d’avoir de la valeur aux yeux des gens que nous aimons.

Maintenant, la question que vous vous posez: Comment?

Allez, je concocte un guide en trois étapes et je vous reviens avec ça!

 

 

N.B. Ce texte est inspiré de la conférence TED de Brene Brown qui étudie les émotions humaines à l’université de Houston. Sa présentation a été visionnée plus de 11 millions de fois!

http://www.ted.com/talks/brene_brown_on_vulnerability.html

 

 

Un guide simple et pratique pour ne pas répéter ses erreurs

June 25, 2013

Nous répétons nos erreurs.

Le monde est plus prévisible lorsque les événements se ressemblent. Le monde est plus sécuritaire.

Une partie de nous voudrait faire autrement. Une autre n’a d’autre choix que de poursuivre dans une direction contre-nature, douloureuse et inévitable.

Alors nous conservons les vieux sentiers qui font mal, nous activons la roue maléfique du pattern.

Avec l’éternelle question en tête:

Ostie, pourquoi je fais tout le temps ça?”

Pourquoi je choisis un chum/une blonde qui ne me convient pas, pourquoi je suis toujours à la dernière minute, pourquoi je repousse les gens qui s’approchent de moi, pourquoi je pète toujours les plombs dans cette situation précise?

À l’échelle cosmique comme à l’échelle de l’homme, l’Histoire se répète. C’est d’une ironie mordante et amère. Afin de déjouer l’univers (du moins d’essayer), voici donc un guide simple et pratique pour ne pas répéter vos erreurs.

#1 Réaliser

Si vous répétez les mêmes erreurs sans le réaliser (ça arrive à plein de gens), ça va mal. Vous avez le nez si collé sur le problème que vous ne vous sentez pas bien sans trop savoir pourquoi. Votre vie n’est pas satisfaisante, les relations que vous entretenez ne vous apportent rien de positif mais vous n’avez pas une idée claire de ce qui se passe.

Vous êtes dans le flou, dans le vide.

Tracez une ligne droite sur une page blanche. C’est votre vie, le début complètement à gauche, aujourd’hui complètement à droite. Inscrivez-y les événements principaux, positifs et négatifs. Ajoutez des détails. Ce qui s’est passé, comment vous vous êtes senti, avec qui vous étiez, comment vous avez réagi, quelles ont été les conséquences de vos actions.

Bin oui, c’est de la psycho. Z’êtes pas fous pour autant.

Si vous y mettez un peu de sérieux, c’est une belle grande roue qui est en train d’apparaître. Des événements différents, sans lien apparent entre eux, ont soudainement une saveur tout à fait semblable.

Étrange? Pas tant que ça.

#2 Se responsabiliser

Le bouclier le plus efficace contre la terreur de nos erreurs est de les pitcher à l’extérieur. Remettre la faute (et la responsabilité) sur vos parents, le gouvernement, les gens qui vous exploitent, le sexe opposé ou n’importe quelle instance susceptible de porter le fardeau à votre place.

Problème: Si vous n’êtes pas responsable, vous n’êtes pas en contrôle.

Avoir le choix et le contrôle sur sa propre vie fait peur. C’est angoissant. C’est lourd.

Mais c’est essentiel pour avancer.

“Je suis le seul responsable de ma vie”

Outch. Quelques mots qui frappent. Qui coupent le souffle. Qui dissolvent l’enfant.

Quelques mots qui vous forcent à prendre le temps, à faire face à qui vous êtes et à qui vous n’êtes pas. Quelques mots qui disent que personne d’autre que vous ne pourra changer.

#3 Changer

C’est la partie la plus simple et la plus difficile à la fois. J’aurais besoin d’un volume entier pour vous détailler les étapes et les moyens possibles. Quelques pistes:

-Mieux se connaître et se comprendre

-Changer de milieu et mieux choisir ses relations sociales

-Commencer quelque chose de nouveau et de différent

-Accepter ce que l’on ne peut changer

-Sortir de la zone de confort qui nous pousse à toujours agir de la même manière

Là vous vous dites: “Ça m’avance bien, tout ça. Peux-tu être plus clair?”

Réponse: Non. Si je faisais tout le travail à votre place, vous ne seriez plus responsable.

#4 Prendre des notes

Écrivez l’erreur quelque part. À un endroit où il sera plus tard possible de consulter votre sagesse. Nous avons tous la fâcheuse tendance à oublier ces roues qui reviennent, ces cercles qui vicent, ces erreurs qui rôdent. Relisez régulièrement et notez également ce que vous avez fait pour vous en éloigner, pour sortir du sentier. Ce sera très utile.

 

Voilà. Vous avez sous la main un guide simple et pratique pour ne pas répéter vos erreurs. Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas aidé.

Ni que je l’ai fait à votre place. Ce serait contradictoire.

Bonne chance.

Un guide pour identifier efficacement les gens heureux

June 13, 2013

Les gens heureux n’ont pas d’histoire.

C’est faux.

Les gens heureux ont des histoires à ne plus finir. Ils ont des souvenirs exceptionnels, des aventures épiques ou des instants de plénitude à chérir. Ils ont une partie du monde derrière eux et une autre devant.

Ils goûtent le moment. Ils ont des racines solides. Ils plient sans casser face au vent.

Les gens vraiment  heureux, au-delà de tout ça, ont déjà été malheureux.

Ils ont connu la tempête, la tourmente et l’incertitude. Ils ont été placés face à la douleur, à la mort, à la maladie.

Ou simplement face à ce malaise persistant d’être un humain et de ne pas trop comprendre pourquoi ou comment.

Les gens heureux savent que le dicton du sucre à la crème contient bien plus de sagesse qu’il ne le paraît. (Pour connaître le dicton du sucre à la crème, écrivez-moi un commentaire à la fin de ce texte!)

Ils placent leur espoir dans quelque chose de tangible et de vrai, ils évitent le flou et l’incertain tout en acceptant que la brume fait partie du voyage.

Les gens heureux parviennent à passer du temps seuls, à se retrouver face à eux-mêmes dans le calme ou la détresse.

Ils sont capables de faire des choses parfaitement inutiles, de perdre du temps avec délice, de ne pas réussir ce qu’ils entreprennent.

Les gens heureux pensent à demain sans penser à plus tard, ils font des projets d’avenir sans s’inquiéter du futur.

Ils construisent du sens avec un brin de soleil et une parcelle d’amour, ils placent les fondations du monde un jour à la fois, affrontent les interdits et refusent les conventions du bonheur.

Les gens heureux font ce qu’ils aiment avec des gens qu’ils aiment, sans compromis, sans excuses et sans flottement.

Ils ont découvert qu’au fond, nous n’avons pas le temps de nous faire suer très longtemps.

Les gens vraiment heureux, au-delà de tout ça, s’éveillent chaque matin avec une profonde gratitude.

Le sentiment que respirer est suffisant, que ça ne doit jamais devenir une habitude.

Les gens heureux m’impressionnent ou me ressemblent, tout dépend du moment.

J’aspire à les rejoindre ou à rester parmi eux, avec et contre le vent.