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Category Archives: Une goutte d’eau dans l’océan

J’ai laissé mon ego à San Francisco

August 15, 2015

Je venais de finir d’écouter the Avengers.

Ça m’avait plu, même sur un écran de quelques pouces.

Je me dirigeais vers la Californie avec confiance, recroquevillé dans un siège compact, merci Air Canada.

Après tout…

Qu’est-ce qui pourrait arriver de pire?

J’allais atterrir à Los Angeles, prendre la navette vers le bureau de location de voiture, leur présenter ma réservation avec mon permis de conduire…

Shit.

Mon permis de conduire.

Je l’ai pas.

Bin non tabarnak.

Je l’ai pas.

J’en ai besoin pour louer une voiture.

Pis je l’ai pas.

Je vous épargne les détails techniques de l’histoire. En fait, je me les épargne à moi-même.

Toujours est-il que j’étais à Los Angeles sans mon permis de conduire au moment où j’en avais le plus besoin.

“How do you forget your driver’s license?” me dit Ernesto d’un ton navré au kiosque de location.

Vois-tu Ernesto, je sais pas trop comment te dire ça mais, “I have no fucking idea.”

Je peux même te le dire en français québécois si tu veux: “J’en ai aucune criss d’idée”.

Mais regarde, Ernesto, ma copine, la plus belle du monde, elle l’a, son permis de conduire.

Peux-tu nous louer une voiture quand même, Ernesto? Steplaît, tu serais bin smat.

 

Eh bin, Ernesto a fini par nous en louer une, voiture.

Pas mal plus cher que prévu, of course.

Parce que quand t’oublies ton permis de conduire à Los Angeles, c’est toujours plus cher que prévu.

C’est un genre de loi non-écrite, j’pense.

“But you know, it’s the best we can do right now.”

I know, Ernesto. Kin, vla ma carte de crédit. Paye-toi la traite. Pay yourself the treat, comme ils disent.

 

Alors, je me suis fait conduire en Californie.

Je m’étais imaginé au volant, mâle alpha et tout le reste, en train de décider de chaque tournant.

Mange de la marde, GPS, c’est par là qu’on s’en va.

Je connais un raccourci plein d’ours que je vais pouvoir combattre à mains nues.

J’suis un homme, GPS, donne-moi les chemins les plus dangereux.

Mais ça s’est pas passé comme ça, parce que j’avais oublié mon permis de conduire, est-il nécessaire de le rappeler.

J’ai bien essayé de me le faire livrer, mais même UPS était contre l’idée.

Il a perdu mon permis quelque part entre Trois-Rivières et Los Angeles.

Chapeau, les gars en brun.

 

Ça faisait mal, au début.

Le siège passager me piquait l’ego.

Chu dont bin épais.

À quoi j’ai pensé?

Je nous ai mis dans la merde.

Et autres considération utiles du genre.

Sauf que c’est beau, la Californie.

Vraiment beau.

Et que je sais très bien que ces idées pourries avaient le pouvoir de ternir mes deux semaines au pays du surf et du vin (avec une légère préférence pour le vin de mon côté).

Alors j’ai mis mon ego dans le coffre du char avec du tape sur la bouche.

Je l’y ai laissé jusqu’à San Franciso, où on déposait la voiture avant de partir.

Ça m’a fait tellement de bien que j’ai décidé de le laisser là, mon ego.

Le gars de la location a dû faire le saut en faisant le ménage.

 

Mon ego me tue, jour après jour.

Il m’empêche de faire les choses que j’ai envie de faire.

De connaître les gens que j’ai envie de connaître.

De dire les choses que j’ai envie de dire.

Au nom de ce dont je dois avoir l’air, de l’image que je dois maintenir, de la distance que je dois respecter.

Sur le siège passager en Californie, sans mon ego, j’ai vu ce que je n’aurais jamais pu voir.

Et fait ce que je n’aurais jamais pu faire.

 

Pas mal certain qu’UPS va finir par me le renvoyer en courrier prioritaire.

Et que ce paquet-là ne se perdra pas dans la malle, évidemment.

Mais pour l’instant, j’ai laissé mon ego à San Francisco.

Et je lui demande gentiment de me sacrer patience pour encore quelques jours.

Le temps de savourer ces quelques moments passés sans lui.

 

 

 

 

 

 

Les sacs d’épicerie

May 11, 2014

C’est la fête des Mères.

Ma maman est en voyage. Elle réalise un rêve.

Je lui souhaite bonne fête des Mères en espérant qu’elle ait 1000 choses plus intéressantes à faire que de recevoir ce souhait.

Je sais que c’est le cas, alors c’est à vous que je vais parler, à la place.

Que vous soyez des mamans ou non.

J’ai fait mon épicerie cette semaine.

Je sais, vous ne voyez pas le rapport. Un peu de patience.

J’ai fait mon épicerie pour trois semaines. Je fais toujours ça.

Je me dis: “Bon, une petite visite au supermarché, pour quelques jours seulement”.

Je ressors avec une cargaison alimentaire digne d’une famille de huit.

Je vis seul. Ça manque de logique, vous avez raison. Mais les steaks étaient en spécial.

Le stationnement de mon appartement est à environ 100 mètres de mon bloc.

Je vis au troisième étage.

J’ai trois portes à ouvrir jusqu’à destination.

Mes sacs  font concurrence à mon propre poids et réquisitionnent chacun de mes membres.

Bref, le retour de l’épicerie, pour moi, c’est un parcours du combattant.

Étrangement, c’est le moment de ma vie où je me sens le plus seul.

Je dois me contorsionner pour attraper chacun de mes sacs, prendre mes clés dans ma bouche, élaborer de nouvelles techniques de gestion de la marchandise.

Deux voyages? Pas question. Je suis un mâle, un vrai. Je vais me débrouiller.

La vérité, c’est qu’il n’y a personne pour m’aider, et ça me fait de la peine. Je me sens seul.

C’est là qu’elle intervient, ma maman. Même à l’autre bout du monde.

Je ne suis jamais vraiment seul.

Je sais qu’elle se précipiterait pour m’aider si elle était là. Comme tant de mamans attentionnées, douces et remplies d’un amour inconditionnel pour leur enfant.

Je sais qu’elle sera toujours dans un coin de ma tête et de mon coeur pour prendre quelques-uns de mes sacs d’épicerie quand j’en aurai besoin.

Mon fardeau alimentaire s’allège, quand j’y pense.

Pourtant, je crois que ce n’est pas son plus grand exploit.

Je suis convaincu que ma maman savait que j’aurais à porter mes sacs d’épicerie seul, un jour.

Qu’elle a eu le courage de ne pas me protéger en tout temps. De me laisser avoir mal, avoir de la peine et avoir peur.

Pas super mal, super triste ou super peur. Juste assez. En se tenant pas loin, comme un phare, comme un repère.

En me faisant assez confiance pour me laisser me casser la gueule, des fois.

En me laissant porter mes sacs d’épicerie sans les prendre à ma place, des fois.

Quel incroyable cadeau.

 

Je vais tout de même terminer en lui parlant à elle, si vous le permettez.

“Mom, j’espère que tu as les pieds dans l’eau.

Que tu profites des moments comme toi seule sait le faire.

Je sais que tu vas pleurer quand tu vas lire ce texte.

Je te connais. Je sais même que tu vas aimer ça, pleurer en lisant ce que je t’écris.

J’aurais pu t’écrire juste à toi, mais t’es au courant, des fois j’aime ça quand les autres savent comment je me sens.

Alors j’avais envie de le dire à plein de gens aujourd’hui.

De leur dire quelle maman extraordinaire tu es.

De leur dire à quel point je suis chanceux d’être ton fils.

De te dire que mes sacs d’épicerie, je les porte un peu seul, un peu avec toi.

Et que pour ça, je ne te remercierai jamais assez.

Je t’aime.”

Fils xxx

 

Aux athées et aux autres

June 21, 2013

“Si vous êtes athée, contentez-vous de faire le bien et nous trouverons un terrain d’entente”.

Eh bin. Merci, pape.

Je remercie François pour son ouverture envers les gens, relativement nombreux, qui tentent de faire le bien sans avoir une Foi inébranlable en l’idée d’un créateur, d’un grand manitou, d’un Big Brother cosmique, d’un Facebook universel.

Me voilà dans les bonnes grâces du christianisme, soudainement.

Je suis papapprouvé. Je suis Vatican 9002. Je suis certifié Jésus. J’ai reçu les documents officiels par la poste.

C’est pratique.

Parce que le bien, vraiment, j’essaie de le faire. De toutes mes forces, ou presque. Je construis mon C.V. de bonnes actions depuis un moment, je suis presque convaincu que ça a joué en ma faveur lorsque les cardinaux ont inspecté mon dossier.

Alors, d’avoir le papier qui me dit que j’ai un terrain d’entente avec au moins une grande religion, je trouve ça génial.

Parce que je sais qu’ils doivent être occupés à Rome, en ce moment. Depuis que le pape a décrété que les athées pouvaient faire le bien, ils ont tout un tas de nouvelles candidatures pour le paradis à évaluer. Ça fait beaucoup de paperasse, ça fait beaucoup de flou.

Avant le 24 mai, le moment où ce nouveau pape – que j’aime bien, au fond – a décrété que le paradis était disponible même pour les non-croyants, la décision était plutôt simple. La population du paradis avait quelque chose d’homogène et de rassurant.

1. Tu crois en Dieu? Oui – Non.

Oui? Passez à la question 2.

Non? Aller-simple pour les limbes qui sont, à mon avis, bien pires que l’enfer. Zut, j’aurais dû y penser avant.

Passer l’éternité à flotter dans le vide sans que personne ne s’occupe de toi, c’est un peu comme un CHSLD sans fin. En enfer, au moins, ceux qui te font brûler t’accordent un minimum d’attention.

2. As-tu fait le bien?

Oui? Aller-simple pour le paradis. On ne sait jamais vraiment ce qu’on y trouve, mais il paraît que c’est une sorte de voyage dans le Sud avec tous les bonus. On dit même qu’on peut s’y rendre sans avoir besoin de se casser le cul au travail pendant un an ou deux. Tu peux prendre un verre au bar de la piscine épiscopale avec un saint ou l’autre, faire de la moto-marine avec la Vierge ou profiter du soleil en compagnie d’un archange retraité.

Non? Aller-simple pour l’enfer, où on te fera souffrir éternellement pour tes péchés. Tant pis pour toi, mon vieux, fallait réfléchir avant de consulter des sites osés et de passer devant un itinérant sans même le regarder.

Le noir et le blanc ont toujours bien servi les grandes religions. Ce sont des couleurs (pas vraiment, mais bon…) rassurantes et arbitraires qui permettent de classer les êtres humains dans une catégorie ou dans l’autre sans trop se casser la tête.

D’une petite phrase, le pape François vient d’injecter un peu de gris dans cette dichotomie ancestrale. En parlant de terrain d’entente, il suppose que les gens qui ne croient pas dans le Dieu que le christianisme manufacture depuis 2000 ans peuvent tout de même avoir un peu d’allure.

Les cardinaux doivent suer dans leur soutane.

Alors je remercie François de m’accorder une chance. Je ne sais pas si je suis véritablement athée. J’essaie d’y réfléchir le moins possible.

Ça m’angoisse, bon.

Mais je le remercie tout de même de mettre en mots ce que les gens qui font le bien depuis le début de l’Humanité savent sans que l’Église accepte de le reconnaître.

Ceci n’est pas un texte sur la mort

May 20, 2013

Ça m’a sauté dessus un matin. Un jour tu es invincible, l’autre tu ne l’es plus.

Un jour tu ne mourras jamais, l’autre… bin si, comme tout le monde.

Un constat banal, d’accord.Pour vous, moi et les autres, c’est la fin du programme principal. À moins d’une avancée technologique majeure au cours des 50 prochaines.

Peut-être à cause de mes cheveux gris. Je suis une vieille âme, avant le temps. Ça ne vous fait peut-être pas peur.

Moi, ça me terrifie.

J’ai peur de mourir en réalisant que je suis passé à côté de ma vie, peur de mourir dans les souliers d’un autre que moi.

Peur de mourir sans avoir saisi l’essence de qui je suis, peur de mourir vide, seul et sans voie.

Je vous ai dit que ceci n’est pas un texte sur la mort. J’ai menti. Un peu.

Menti parce que je sais que personne n’aime lire sur la mort. Parce qu’elle vous terrifie autant que moi mais que vous préférez ne pas y penser. Vous travaillez douze heures par jour pour ne pas y penser. Vous vous entraînez douze fois par semaine pour ne pas y penser (et pour ne pas la voir). Vous migrez vers le sud douze fois par année pour ne pas y penser. Vous faites même des dépressions et des burn-out pour ne pas y penser.

Alors j’arrête d’en parler.

Bon, je vous mens encore un peu, c’est vrai.

Parce que si je veux écrire sur la vie, la vraie, je dois écrire sur la mort. Parce que je crois qu’il est difficile d’exister pleinement sans cette conscience aiguë, douloureuse et immuable que nous servirons tous de fertilisant pour les jonquilles à court/moyen/long terme.

J’écris sur la vie pour parvenir à saisir le jour, à le faire avec entrain et extase, à le faire avec un soupçon d’ironie et une parcelle d’espoir. J’écris sur la vie avec des attentes modestes mais des plans démesurés. J’écris sur la vie pour traverser le monde comme une goutte d’eau parcourt l’océan. J’écris sur la vie pour goûter à tout, oublier les limites et plaquer les interdits. J’écris sur la vie avec l’angoisse du temps, le désir d’être aimé et la terreur d’être oublié. J’écris du sens pour m’assurer d’en avoir. J’écris du beau pour remplir mon réservoir.

Ceci n’est pas un texte sur la mort. Je vous l’avais dit. Je vous ai menti un peu quand même, ne m’en voulez pas trop.

Soyez un peu indulgents avec ma petite goutte d’eau.