Suivre le vent
Show MenuHide Menu

Robin Williams

August 12, 2014

Robin Williams est mort et je ne sais pas comment en parler.

Je ne sais même pas si je devrais en parler.

Je pourrais lui rendre hommage, mais ça me semble un peu superflu.

Les hommages pleuvent et vont continuer à pleuvoir.

Je pourrais vous dire à quel point ses films et ses personnages m’ont inspiré, à quel point ils m’ont fait du bien, à quel point ils ont guidé ma vie.

Mais je raterais un peu le bateau, Ô capitaine mon capitaine.

Alors je vais simplement vous dire comment saisir le jour – carpe diem – peut être difficile.

Comment un homme qui en faisait rire des millions d’autres pouvait être profondément malheureux et tourmenté au fond de lui-même.

Comment, à l’intérieur de chacun de nous, il y a à la fois l’émerveillement et le chagrin, l’espoir et la fatalité, le bonheur et le désespoir.

Je veux simplement vous dire que je crois que c’est une insulte à la mémoire de Robin Williams de dire simplement qu’il souffrait de dépression et que c’est ce qui l’a poussé à mettre fin à ses jours.

“O me! O life!… of the questions of these recurring; of the endless trains of the faithless… of cities filled with the foolish; what good amid these, O me, O life?”

Answer. That you are here – that life exists, and identity; that the powerful play goes on and you may contribute a verse. That the powerful play *goes on* and you may contribute a verse. What will your verse be?

En se trouvant à la jonction du rire et des larmes, de l’homme et du géant, de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, Robin Williams a écrit quelques vers magnifiques de cette pièce cosmique dont parlent John Keating et Walt Whitman dans “La société des Poètes Disparus”.

Je veux vous dire que l’étendue infinie et magnifique des sentiments humains permet aux hommes d’exception de créer la beauté mais qu’elle les met également en contact avec ce que nous avons de plus sombre.

Et que cela fait justement partie de l’homme. Que le désespoir, la tristesse et le vide de l’existence sont des éléments fondamentaux de l’expérience d’être en vie.

Que, loin d’être des ennemis de la joie et de l’étincelle, ils en font plutôt partie intégrante.

Que saisir le jour est un défi de chaque seconde, le combat éphémère de notre petite place sur un bout d’étoile.

J’aimerais vous dire que tout cela est tellement, tellement, tellement plus qu’une maladie.

Dans Patch Adams, Robin Williams jouait le rôle d’un médecin qui a changé ma vie.

“What’s wrong with death, sir? What are we so mortally afraid of?

Why can’t we treat death with a certain amount of humanity and dignity and decency and, God forbid me, maybe even humor?

Death is not the enemy, gentlemen.

If we’re gonna fight a disease let’s fight the most terrible disease of all, indifference.”

Robin, Patch, Mr. Keating, Ô capitaine mon capitaine et tous les autres.

J’avais dit que je ne te rendrais pas hommage mais j’en suis incapable.

Une grande partie de ce qu’est ma vie aujourd’hui provient de ces quelques mots.

“If we’re gonna fight a disease let’s fight the most terrible disease of all, indifference.”

Et de la substantifique moelle de la vie que tu as choisi de cesser de goûter.

“Carpe diem. Saisissez le jour. Faites de votre vie une aventure extraordinaire.”

Merci pour tout.


 

 

 

 

 

 

Travailler fort, ça sert à rien; l’argent fait le bonheur

August 4, 2014

J’ai mis un point-virgule entre les deux.

Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas familiers avec le point-virgule, ça veut dire qu’il n’y a pas nécessairement de lien entre les propositions.

Plus personne n’a une crisse d’idée à quoi peut bien servir un point-virgule, alors je préfère préciser.

Pourquoi est-ce qu’on voudrait séparer deux morceaux de phrase sans faire de lien entre eux, de toute façon?

Bref.

Travailler fort, ça sert à rien.

Je vous écris ça parce que tout le monde est persuadé du contraire.

Tout le monde croit qu’en travaillant assez dur, en mettant assez de temps et d’efforts, de jus de bras, on sera forcément récompensé.

Well, peut-être pas tout le monde, mais mes parents en sont convaincus.

Et quand je dis mes parents, je parle des adultes qui n’ont pas un X ou un Y étampés dans le front. Ceux qui font basculer la démographie dans le rouge, ces temps-ci.

Même s’ils ont mis les églises aux vidanges, ils sont encore pris avec ça. Work hard, it pays off.

C’est du judéo-chrétien de bon boss, ça. C’est le paradis et les foutus Champs-Élysées à la fois.

C’est même plus que ça.

C’est la fusion grossière entre les idéaux du capitalisme radical et la promesse d’un monde meilleur au bout d’une existence de dur labeur offerte par la grande majorité des religions du monde.

Moi je vous dis que travailler fort, souvent, ça sert à rien.

Parce que les gens qui travaillent fort pour le salut que ça leur achète au bout du compte, que ce soit un paradis bien shiné ou une retraite a Old Orchard, ont bien de la difficulté à apprécier le chemin.

C’est le chemin qui compte, plus que tout le reste.

Le chemin qui nous fait découvrir des gens et des endroits nouveaux chaque jour ou qui se perd dans la bienfaisante plénitude d’une routine bénie.

Le chemin qui tortille ou suit une ligne droite.

Le chemin d’images, d’odeurs, de sons et de moments, puisque ce sont les émotions et les sens qui nous imprègnent la vie dans le coeur.

En regardant devant soi, on oublie d’ouvrir les yeux sur ce qui se trouve à côté.

Et travailler fort ne sert plus à rien puisqu’au bout du chemin, quand on atteint le Saint Graal, on a oublié comment y boire.

C’est pour des raisons semblables que l’argent fait le bonheur.

Je sais que c’est péché de dire ça.

Mais on ne m’a pas baptisé, alors je suis relativement en sécurité.

Et juste comme ça, je vous révèle un secret terrible à propos de ma naissance.

J’ai aussi une cicatrice en forme d’éclair sur la fesse droite.

I’m the One. L’Élu.

Bref.

L’argent fait le bonheur pour ceux qui savent exactement quoi en faire. Chaque dollar que j’investis me rend plus heureux que le moment d’avant.

Parce que je me connais suffisamment pour gaspiller mon argent dans le chemin qui me ressemble le plus.

L’argent me rend heureux parce qu’il ne remplit pas de vide, parce qu’il n’est pas matériel ou superflu.

Parce que ma Visa Odyssée porte vraiment bien son nom, et que chaque fois que je l’utilise j’ai l’impression de partir pour une nouvelle aventure.

Pour des courgettes au IGA, un foutu lave-vaisselle ou un voyage en Afrique.

Je sais, c’est tabou en crisse de dire que l’argent fait le bonheur, mais je le fais quand même.

Pas parce que je suis riche. Je vis avec un salaire d’étudiant et des prêts et bourses depuis 7 ans.

L’argent que j’ai, aussi limité soit-il, fait le bonheur.

Il fait mon bonheur, parce que j’ai le bon sens de l’utiliser pour ce qui me fait du bien au coeur et à l’âme.

Et juste comme ça, je démolis deux mythes.

Les gens qui travaillent fort sans apprécier le chemin sont aussi ceux qui dépensent leur argent sans savoir comment ou pourquoi.

Et souvent, ils en ont un très gros paquet.

Ce sont ceux qui se réveillent trop tard après avoir vécu trop peu. Qui regrettent et qui regardent, amers, cette route bétonnée qui ne leur ressemble en rien.

C’est une grande tristesse.

Mais c’est ce que je vois chaque jour, je vous le jure.

Alors, travailler fort, ça sert à rien.

L’argent fait le bonheur.

Vous ne me croyez peut-être pas, mais je ne vous demande pas votre avis.

Commencez par réviser vos point-virgules.

 

 

 

 

 

À propos de la fierté (lettre à mon doctorat)

June 28, 2014

Salut doctorat,

Je pense que c’est important que je t’écrive aujourd’hui.

Parce que c’était la dernière journée de mon internat, alors j’en ai pas mal fini avec toi.

 

Ça fait un bout de temps qu’on se connaît, toi et moi.

Avant même qu’on soit officiellement en relation, j’ai pensé à toi longtemps.

J’ai essayé d’accumuler des ostis de A+ pour te séduire.

Pendant beaucoup trop longtemps.

Parce que je croyais que j’avais besoin de toi pour faire ce que j’aime dans la vie.

C’était vrai et pas vrai en même temps, mais ce serait un peu long de t’expliquer pourquoi.

De toute façon, c’est pas de ça dont je veux te parler.

Je veux juste te dire, doctorat, que j’ai écrit un texte sur la honte il y a quelques semaines.

Et que j’y parlais de toi par la bande. Un peu.

Pas mal.

Parce que je pense que, de bien des manières, t’es une sorte de machine à honte.

C’est tellement facile à produire, c’est du cheap labor émotif. T’as aucun mérite.

Mais c’est pas de ça non plus dont je veux te parler, doctorat.

Je veux te parler de la fierté, qui est le seul remède contre la honte.

Et qu’on met aux vidanges tellement souvent.

On met la fierté aux vidanges parce qu’on imagine que c’est de la vantardise, de la condescendance ou du narcissisme.

On intimide la fierté comme on intimide un kid trop petit, trop bon en maths et/ou trop roux à l’école.

On la ridiculise en se disant qu’elle ne mérite pas sa place au panthéon des sentiments.

On met aussi la fierté aux vidanges pour se montrer, se faire shiner dans tous les moments insignifiants de notre existence.

Pour se mettre en scène et prouver à l’univers que notre vie vaut la peine d’être vécue.

La fierté, doctorat, elle n’a souvent rien à voir avec ton profil Facebook.

Un peu, des fois, mais pas tant que ça.

La fierté n’est pas une image, une glorification ou une opération de marketing.

C’est plutôt un partage, un chemin à parcourir et un état d’âme.

La fierté part de ce que l’on fait pour se transformer en ce que l’on est.

Doctorat, je pense que c’est ça qui est arrivé depuis que je te connais.

Ce que j’ai fait s’est transformé en ce que je suis, et je suis pas mal fier de ça.

J’ai le droit, ok?

Alors maintenant que je t’ai terminé, je veux prendre quelques lignes de mon blog pour la partager, ma fierté.

Ça aussi, j’ai le droit.

Depuis 4 ans, je te côtoie chaque jour sans trop m’en rendre compte.

Je me suis séparé et j’ai vécu à quatre endroits différents pendant notre relation, doctorat.

J’ai passé à travers chacun de mes stages en essayant d’être le plus près possible de moi-même et en faisant tout ce que je pouvais pour m’améliorer.

Je suis devenu entraîneur de Basketball juvénile division 1.

J’ai publié un roman.

J’ai atteint le sommet du Kilimandjaro pour la Société canadienne du cancer.

Tout ça en complétant un doctorat en psychologie.

J’ai bin peur de péter de la broue en te disant ça, doctorat.

Parce que la fierté fait peur, autant que la honte.

Mais je le dis quand même, parce que je crois que c’est la seule façon de la combattre, justement, la honte.

Et que c’est en la combattant qu’on accomplit des choses qui ont vraiment de la valeur.

Alors ce soir, je te remercie de m’avoir fait autant suer, de m’avoir endetté, de m’avoir réveillé la nuit, de m’avoir fait croire que je ne viendrais jamais à bout de toi.

Parce que je suis là, aujourd’hui. Je suis assez. J’ai terminé.

Et je suis fier de moi.

 

 

 

 

 

 

À propos de la honte

June 18, 2014

Samedi dernier, je me suis levé avec l’esprit tranquille pour la première fois en 4 ans.

J’ai remis mon essai (un essai, c’est comme une thèse en plus petit mais pas en moins chiant).

Depuis 4 ans, chaque fois que je décide de ne rien faire de productif, je suis saisi d’un sentiment diffus, un malaise toxique qui me consume lentement.

Je suis envahi par la honte.

La honte, c’est la constante impression de n’être pas assez.

Pas assez bon.

Pas assez performant.

Pas assez rapide.

Pas assez discipliné.

C’est la conscience aiguë que d’autres font mieux que moi, sont plus beaux, plus grands, plus forts et plus engagés. C’est le discours intérieur défaitiste, la peur d’être jugé et l’impression qu’on ne s’en sortira jamais.

C’est la honte qui me réveillait parfois la nuit. C’est la honte qui me poussait à procrastiner. C’est la honte qui a crée une anxiété insidieuse et mesquine dans chaque particule de mon être.

C’est la honte qui donnait un goût amer à mon café du samedi matin.

Bon, disons encore plus amer.

Et c’est aussi la honte, ou du moins le combat que j’ai mené contre elle, qui m’a permis de finalement déposer ce foutu papier.

J’ai accepté de ne pas être assez. En fait, j’ai décidé que je serais assez.

J’ai accepté de subir l’évaluation et le jugement en sachant que ce que j’offre à l’univers (et surtout à mes superviseurs) n’est pas parfait mais que ce sera suffisant.

Notre monde combat la honte par la grandeur et la perfection. Par la meilleure photo sur Facebook et le portrait le mieux filtré sur Instagram. Par la performance au travail et l’efficacité dans les rôles sociaux.  Notre monde combat la honte de la pire manière qui soit, en se repliant sur lui-même autour d’une image givrée et puissante qui ne dit pas “je suis assez” mais plutôt “je suis davantage que toi”.

Notre monde génère la honte en essayant de la combattre, édifiant au passage des montagnes d’isolation et de solitude. Parce que pour se lier aux gens et créer des connexions entre les humains, il faut accepter d’être imparfait et ne pas se réfugier derrière la plastique brillante de ce que l’on ne sera jamais.

Alors j’ai accepté de remettre un travail imparfait. Il constitue la meilleure version de moi-même. J’ai fait de mon mieux, vraiment.

Ce n’est pas parfait.

Mais c’est assez.

Ça fait du bien en crisse.

Il m’arrive la même chose dans ma vie de tous les jours. Je fais des erreurs, je ne suis pas toujours celui que j’aimerais être, je me couvre parfois de ridicule et je n’ai pas toutes les réponses.

Pas trop souvent, parce que ça fait mal.

Mais des fois, quand même.

Et c’est toujours dans ces moments-là que les plus belles choses m’arrivent. Que je fais des découvertes imprévues. Que je rencontre des gens magnifiques. Que je donne du sens à ma vie.

Ce qu’il y a de plus terrible à propos de la honte, c’est qu’elle est l’ennemi principal de la vulnérabilité. Et que c’est précisément cette capacité à prendre des risques, à tendre la main et à se montrer sous notre vrai jour qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.

Depuis samedi dernier, la honte a quitté les cellules de mon corps. J’ai remis mon essai. Je suis presque un psychologue.

Je me sens bien.

Et mon café goûte juste assez amer, le samedi matin.

Les sacs d’épicerie

May 11, 2014

C’est la fête des Mères.

Ma maman est en voyage. Elle réalise un rêve.

Je lui souhaite bonne fête des Mères en espérant qu’elle ait 1000 choses plus intéressantes à faire que de recevoir ce souhait.

Je sais que c’est le cas, alors c’est à vous que je vais parler, à la place.

Que vous soyez des mamans ou non.

J’ai fait mon épicerie cette semaine.

Je sais, vous ne voyez pas le rapport. Un peu de patience.

J’ai fait mon épicerie pour trois semaines. Je fais toujours ça.

Je me dis: “Bon, une petite visite au supermarché, pour quelques jours seulement”.

Je ressors avec une cargaison alimentaire digne d’une famille de huit.

Je vis seul. Ça manque de logique, vous avez raison. Mais les steaks étaient en spécial.

Le stationnement de mon appartement est à environ 100 mètres de mon bloc.

Je vis au troisième étage.

J’ai trois portes à ouvrir jusqu’à destination.

Mes sacs  font concurrence à mon propre poids et réquisitionnent chacun de mes membres.

Bref, le retour de l’épicerie, pour moi, c’est un parcours du combattant.

Étrangement, c’est le moment de ma vie où je me sens le plus seul.

Je dois me contorsionner pour attraper chacun de mes sacs, prendre mes clés dans ma bouche, élaborer de nouvelles techniques de gestion de la marchandise.

Deux voyages? Pas question. Je suis un mâle, un vrai. Je vais me débrouiller.

La vérité, c’est qu’il n’y a personne pour m’aider, et ça me fait de la peine. Je me sens seul.

C’est là qu’elle intervient, ma maman. Même à l’autre bout du monde.

Je ne suis jamais vraiment seul.

Je sais qu’elle se précipiterait pour m’aider si elle était là. Comme tant de mamans attentionnées, douces et remplies d’un amour inconditionnel pour leur enfant.

Je sais qu’elle sera toujours dans un coin de ma tête et de mon coeur pour prendre quelques-uns de mes sacs d’épicerie quand j’en aurai besoin.

Mon fardeau alimentaire s’allège, quand j’y pense.

Pourtant, je crois que ce n’est pas son plus grand exploit.

Je suis convaincu que ma maman savait que j’aurais à porter mes sacs d’épicerie seul, un jour.

Qu’elle a eu le courage de ne pas me protéger en tout temps. De me laisser avoir mal, avoir de la peine et avoir peur.

Pas super mal, super triste ou super peur. Juste assez. En se tenant pas loin, comme un phare, comme un repère.

En me faisant assez confiance pour me laisser me casser la gueule, des fois.

En me laissant porter mes sacs d’épicerie sans les prendre à ma place, des fois.

Quel incroyable cadeau.

 

Je vais tout de même terminer en lui parlant à elle, si vous le permettez.

“Mom, j’espère que tu as les pieds dans l’eau.

Que tu profites des moments comme toi seule sait le faire.

Je sais que tu vas pleurer quand tu vas lire ce texte.

Je te connais. Je sais même que tu vas aimer ça, pleurer en lisant ce que je t’écris.

J’aurais pu t’écrire juste à toi, mais t’es au courant, des fois j’aime ça quand les autres savent comment je me sens.

Alors j’avais envie de le dire à plein de gens aujourd’hui.

De leur dire quelle maman extraordinaire tu es.

De leur dire à quel point je suis chanceux d’être ton fils.

De te dire que mes sacs d’épicerie, je les porte un peu seul, un peu avec toi.

Et que pour ça, je ne te remercierai jamais assez.

Je t’aime.”

Fils xxx

 

Je n’ai pas voté

April 9, 2014

Je n’ai pas voté.

Et je l’assume. Je suis même convaincu d’avoir raison de ne pas l’avoir fait.

Je vous entends rugir d’ici.

Vous rugissez la même chose chaque fois que je le dis, c’est pour ça que je ne le dis pas trop fort, d’habitude.

Mais pas cette fois.

Vous me rugissez que le vote est un devoir citoyen et que c’est le pouvoir que nous avons sur la démocratie.

Je crois que vous vous racontez des histoires.

Je crois que rien n’a changé, hier. Que les façades de marbre sont différentes, mais que les véritables maîtres du temple demeurent.

Ceux qui avaient du cash hier en ont encore aujourd’hui, et ils se réjouissent de nous voir nous complaire dans une illusion de contrôle. Ils se frottent les mains derrière un écran de fumée.

Vous me rugissez aussi que certains pays du monde n’ont pas ce droit et que beaucoup de gens sont morts au cours de l’Histoire pour que nous puissions nous exprimer.

Je crois que vous avez raison en partie mais que, là encore, vous vous racontez des histoires.

Je crois que la démocratie meurt chaque jour. Elle meurt chaque fois que nous acceptons que des étrangers entrent dans notre maison, notre écran ou notre compte en banque et nous disent ce que nous devons acheter, aimer ou croire. Aller voter ou non n’a rien à voir dans cette mort, arrêtez de me raconter le contraire.

Alors, je n’ai pas voté.

Et je l’assume.

Je préfère poser des gestes politiques.

Chaque jour.

Je crois que les menaces réelles à la démocratie et à la justice sont l’indifférence et l’argent.

Nous sommes indifférents les uns aux autres. We don’t care. Nous sommes prisonniers de nos solitudes. Nous nous laissons mener par des impératifs invisibles et nous diluons nos valeurs dans un rythme de vie qui n’a rien à voir avec notre nature profonde.

Ne nous étonnons pas que la politique reflète cette dérive.

Je crois que je pose un geste politique chaque fois que je salue un inconnu dans la rue, que je choisis de mettre des heures dans un gymnase avec des adolescents plutôt que dans n’importe quel endroit qui me rapporterait davantage d’argent. Je crois que mon métier de psychologue est profondément politique dans son idéologie et ses valeurs.

Je crois que je pose un geste politique chaque fois que je me préoccupe davantage des gens que du cash, chaque fois que je combats l’indifférence au nom de l’être humain.

Je n’ai pas voté. Je ne voterai pas tant que je ne serai pas certain que mon vote sera pris en compte et pourra refléter mes valeurs, peu importe le gagnant. Je peux vous jurer que, le jour où le scrutin proportionnel sera mis en vigueur au Québec, je voterai.

D’ici là, je m’abstiens. L’absurdité abyssale de cette campagne électorale me confirme que j’ai raison de le faire.

Vous m’aimez quand même, je le sais.

 

Journal d’un psy, chapitre 2 – Je vois des processus partout!

March 18, 2014

À l’instar de Haley Joel Osment, qui voyait des gens morts partout dans le Sixième Sens, et bin moi…

Je vois des processus partout!

Processus, c’est un mot à la mode, chez les psys. C’est souvent une sorte de fourre-tout dans lequel nous plaçons tout ce que nous ne comprenons pas vraiment.

C’est-à-dire, pas mal de choses.

J’essaie de vous expliquer, mais ce n’est pas facile. Un peu comme vous détailler des fantômes que je suis le seul à voir.

Des plans pour qu’on m’interne.

Le processus, c’est ce qui se passe en filigrane de l’action et des mots. C’est ce qu’on ne peut pas voir ou nommer du premier coup d’oeil, c’est ce qui émerge lorsqu’on s’éloigne des conventions sociales et c’est souvent ce qui provoque le malaise sans que l’on sache vraiment pourquoi. En psychologie, on distingue souvent le processus du contenu.

Exemple 1.

Tu viens de dire à ta blonde que tu vas aller voir le match de hockey avec les boys. Tu lui demandes si c’est correct. Elle te répond: “Oui oui, pas de problème”.

Contenu: “Oui oui, pas de problème”.

Sur le chemin du match, tu te sens vaguement mal à l’aise. Tu penses à ses sourcils froncés, au long soupir qui a précédé ton départ et à sa position foetus renfrogné enroulé dans une couverture au moment où tu l’as embrassée avant de sortir.

Processus. “J’aurais préféré que tu restes avec moi”.

Plutôt simple, jusqu’à maintenant. Le processus serait une simple distinction entre les mots et le fameux non-verbal-que-c’est-tellement-important dont nous parlent tous les pop-psys de la planète.

Amen.

Mais c’est plus que ça.

Exemple 2.

Dans une réunion de travail, les employés sont invités à exprimer leur opinion à propos d’un problème. Disons, à propos de l’horaire. Alors voilà, émission d’opinions, mains levées, échanges de points de vue.

Contenu: Discutons de l’horaire de travail

Et soudainement, tu te sens mal. Tu ne sais pas pourquoi. Tu as des sueurs froides, tu ris nerveusement, tu fais une blague pour diminuer la tension. Quelqu’un fait dévier le sujet. Quelqu’un d’autre exprime son incompréhension ou son insatisfaction. Et tout le monde a l’air de retraiter dans son coin.

Processus: Il y a quelque chose qui cloche. La situation fondamentale et les émotions associées ne sont pas nommées. Les employés sont en colère ou en détresse et personne ne le dit. Un tremblement de terre est en train de se produire, mais nous ignorons les vases qui se fracassent au sol et les maisons qui s’effondrent autour de nous.

Nous préférons passer le malaise sous silence et nous enfuir vers la sécurité.

Un grand classique de l’Humanité.

À mon grand désespoir, je vois des processus partout. Avec des amis et des inconnus. Sur l’heure du lunch et dans la file d’attente. Je fais de moins en moins attention au contenu, à l’action et aux mots. J’observe ce qui se passe dans les coulisses de nos esprits et de nos coeurs. Parfois je ris, souvent je pleure.

Ça fait de moi un public attentif mais un peu détaché. J’oublie de répondre aux questions, je me retire et j’observe. J’aime encore être au milieu de l’action, mais c’est de moins en moins une nécessité.

Et parfois, juste de temps en temps, je parle de ce que je sens bouillir par en-dessous. Je vais à la pêche au non-dit. Je nomme le processus.

Oh. Shit.

Malaise assuré. Essayez pour voir. Une bombe au napalm sociale.

Sauf que c’est un pas vers la vérité et l’authenticité. C’est une mise à nu et un coup de fragilité, mais c’est tellement plus beau et utile que les réactions robotiques dans lesquelles nous nous empêtrons sans cesse.

Il suffit d’apprendre à dire. Et pour ça, je vous le jure, il faut d’abord apprendre à écouter.

Gros programme. Je m’y mets tout de suite.

On se voit au chapitre 3.

 

Journal d’un psy, chapitre 1 – Je ne suis pas si bon que ça, finalement.

March 4, 2014

Je n’ai pas écrit depuis longtemps.

Je suis occupé à devenir un psy.

Ça fait longtemps que je suis occupé à devenir un psy.

Et là, ça achève. Enfin, je crois.

Je vous écrit parce que devenir un psy, ça revire plein de choses à l’intérieur. Parce que je me fais des commentaires à moi-même sans arrêt et qu’aujourd’hui c’est à vous que j’ai envie de les faire.

Qui que vous soyez.

Alors – spoiler alert – je vais parler de moi. Je n’aime pas beaucoup ça, mais je n’ai pas le choix. Vous savez quoi faire si ça ne vous plaît pas.

Voici donc le  journal d’un psy, avec sa première réflexion à propos de ce drôle de métier.

 

#1 Je ne suis pas si bon que ça, finalement.

J’ai travaillé sur moi. J’ai essayé, en tout cas. J’ai passé pas mal de temps à gratter là où ça fait mal et à m’assaisonner les enjeux personnels avec du gros sel et du jus de citron.

On dit que c’est essentiel pour ce job.

Les résultats sont mitigés.

Je crois que je suis plus près de qui je suis vraiment. C’est déjà ça de gagné.

J’ai arrêté de m’inventer des histoires (je m’en raconte encore, vous en faites pas), je suis plus près de mes sentiments (tant que je n’ai pas l’air trop faible) et j’essaie de m’en tenir à l’essentiel (avec une nouvelle machine à café, quand même). Vous voyez, j’ai progressé.

Mais là où j’étais convaincu que j’étais bon, grand et fort (on appelle ça des défenses narcissiques, c’est plus cool), je suis maintenant obligé de voir la réalité en face.

Hey, je ne suis pas si bon que ça, finalement.

Dans plein de choses différentes, je ne suis pas si bon que ça. Je suis même très ordinaire.

Je ne suis pas si bon que ça en psychologie. Je ne suis pas si bon que ça en relations interpersonnelles, je ne suis pas si bon que ça dans les sports, je ne suis pas si bon que ça en auto-discipline, en amour et en amitié.

Je l’assume. Mais ça fait encore mal, à trois heures du matin.

Je n’ai pas dit que j’étais mauvais. Ce que je fais n’a rien à voir avec le coup de marteau sur la tête. Des forces, j’en ai, ne vous inquiétez pas pour moi.

Je ne me troudecuse pas.

Mais je constate qu’à un paquet d’endroits, dans un paquet de domaines où je devais jadis me comparer avantageusement aux autres pour maintenir mon ego…

Eh bin, je ne peux plus le faire.

Parce que je sais que ce serait de la frime. Du vent. Un écran de fumée.

Merci, connaissance de Soi!

Mon ego est un peu flétri, bien sûr, mais il me remercie chaque jour de ne pas lui infliger cette chirurgie plastique psychique qui ne rime à rien d’autre qu’avec la peur de me montrer tel que je suis.

Je ne suis pas si bon que ça, et c’est plutôt agréable.

Vous devriez essayer.

 

 

La force de la vulnérabilité

October 7, 2013

C’est un mot terrible.

Vulnérable. Ouch.

Se rendre vulnérable, c’est mettre à bas les défenses, les châteaux-forts que nous construisons à l’intérieur de nous-mêmes. C’est accepter de révéler les blessures que nous avons tous. C’est partager avec autrui ce qui nous fait sentir petits et honteux.

Vous savez de quoi je parle.

Vous savez aussi que la vulnérabilité est associée à la faiblesse. Que lorsqu’on l’on parle de s’ouvrir sans se défendre, l’on se place consciemment ou non en position d’être blessé, en situation de soumission. Vous savez que c’est la raison principale pour laquelle vous hésitez à vous rendre vulnérable.

Vous avez peur que ça fasse mal. Vous craignez de passer pour une personne faible.

J’ai un secret à vous révéler:

Vous avez tort.

La vulnérabilité est la forme de force la plus extraordinaire qui soit. Celle qui nous permet de rejoindre d’autres êtres humains, qui nous connecte vraiment avec eux d’une manière plus fondamentale et plus universelle que n’importe quelle tablette électronique.

La vulnérabilité est à la base de la créativité puisqu’elle implique de faire quelque chose de nouveau pour la première fois. Créer, c’est prendre une partie de soi et l’offrir à l’univers.

La vulnérabilité, à mon avis, suppose que l’on ait le courage de regarder nos démons en face et de les affronter sans garantie de victoire. Elle m’apparaît comme la voie royale vers un bonheur authentique et pur qui ne s’enlise plus dans tous les moyens que nous empruntons pour paraître solides et implacables.

Pourtant, notre monde n’est pas fait ainsi.

Nous vivons dans un monde où les erreurs sont pointées du doigt, où les idées acquises le sont trop pour être contestées et où les moments de fragilité sont engourdis à coups de médicaments.

Alors que tous les moments magiques de l’Histoire de l’Humanité ont été engendrés par les trois éléments que je viens de mentionner:

-Les grandes inventions et les grandes découvertes proviennent de personnes qui n’avaient pas peur de se tromper, d’avoir tort et de réessayer.

-Les grandes révolutions sociales ont été amorcées par la remise en question d’une ou plusieurs idées acquises.

-Et les plus grands esprits humains sont tous passés par des périodes de fragilité, d’incertitude et de peur. Tous, sans exception.

Nous allons dans la mauvaise direction.

Notre modèle d’éducation industriel nous apprend qu’il faut réussir pour réussir, être sans faille pour être fort, dominer pour vaincre.

Je crois plutôt qu’il faut échouer pour réussir, accepter d’être faible pour être fort, être vulnérable pour vaincre.

C’est un discours qui ne colle avec rien de ce qu’on m’apprend depuis près de 20 ans. À l’école du moins.

Pourtant, je suis convaincu qu’il s’agit de la seule véritable manière d’être en vie pour de vrai, de mener une existence riche et d’avoir de la valeur aux yeux des gens que nous aimons.

Maintenant, la question que vous vous posez: Comment?

Allez, je concocte un guide en trois étapes et je vous reviens avec ça!

 

 

N.B. Ce texte est inspiré de la conférence TED de Brene Brown qui étudie les émotions humaines à l’université de Houston. Sa présentation a été visionnée plus de 11 millions de fois!

http://www.ted.com/talks/brene_brown_on_vulnerability.html

 

 

Un coeur à l’eau et autres poèmes!

September 15, 2013

Mon collègue et ami Martin Joly écrit des poèmes qui me semblent particulièrement artistiques et inspirés. Je lui ai proposé d’en publier quelques-uns. J’espère que vous les apprécierez autant que moi!

Un cœur à l’eau


Mon cœur est une ville fantôme
C’est un phare aux étrangers blottis
Où les mutins s’en vont réunis
Une invitation, un naufrage dans mon lit
Ils réchauffent d’un souffle cette tombe

Alexandrins d’après-guerre

L’amour n’est pas sur mesure, c’est un casque sur la peau

C’est l’idée solitaire, qu’on partage poings fermés
Deux guillemets esseulés, deux soldats sanguinaires

L’amour ce n’est pas pur, c’est un masque au repos

 

P’tête inspirée là-bas

Ma tête une zone cafouillarde, je me déconstruis
J’ai besoin de ces silences, d’un peu de bruit
De ce mélange, d’une alternance
J’exige des pauses et des proses!
Des proses et des pauses!

Et…

Je m’abreuve d’images et bois cette poésie,
Que d’images poétiques et de poésies en images.
Je suis ivre de ces ailleurs
Ces ailleurs. Les tiens. Que je veux miens.

Miens!!!

Ma tête est une manifestation sans cause
Une marche sans arrêt, elle marche sans arrêt
Elle n’a pas de cause. De la prose. Pas de mots.
Aucune issue.

Ma tête sans issue…

Et quand tu t’opposes cesses la marche sans arrêts.
Je prends un crayon. Je m’arrête de marcher.
Je dépose. Je dé-pause. Sans vont les proses.
Se verse de la poésie. En des vers pleins de silences, sans bruits.
Et je cafouille, ma tête qui est ivre.
Je me trouve, je-me-trouve

Ailleurs.

Nudité

Je suis nu dans mon lit
Nu, sans pudeur
Ni personne
Nu.

Si j’écris c’est pour ne plus être nu
C’est m’habiller de mes mots
C’est m’habiller devant vous
De mes mots
Un peu plus nu
Devant vous
Juste vous
Je suis nu

Je vous déshabille de mes mots
Devant moi pour vous voir
Nus, sans pudeur
Ni personne
Nus

Déhabillés,
Juste nus